L'Arizona prévoit de ne plus indexer les allocations sociales pendant la prochaine législature
À bonnes sources, on nous confirme que les négociateurs de l'Arizona vont contenir les allocations sociales, qui avaient grimpé de 35 % en moyenne sous la précédente législature, en rattrapage du gel partiel décidé sous le gouvernement Michel.

- Publié le 20-01-2025 à 15h22
- Mis à jour le 20-01-2025 à 16h33

"Pour accroître l'écart entre le travail et l'inactivité et afin de compenser la hausse des dernières années, les revenus d'intégration sociale et les allocations de chômage de longue durée ne seront pas indexées pendant cette législature, sauf en cas d'inflation exceptionnellement haute (on présume un taux de 4 % d'inflation, NdlR)". Ces quelques lignes sont tirées de la nouvelle version de la super note socioéconomique discutée ces derniers jours entre partenaires de la coalition Arizona. Elles ne manqueront pas de faire débat.
"Le fait que, hors pensions, les allocations sociales ne soient pas indexées, contrairement aux salaires, trouve son origine dans ce qui s'est passé sous la précédente législature", explique l'une de nos sources.
Hausse moyenne de 35 % entre 2020 et 2024
Sous la Vivaldi, le gouvernement d'Alexander De Croo, qui a pris ses fonctions après les élections fédérales de 2019, a fait face à une situation complexe en matière de politique sociale, notamment à cause de la pandémie de Covid-19 et de ses conséquences économiques. De ce fait, et sous l'impulsion des socialistes, certaines allocations sociales ont été plus que largement indexées; ce qui a permis à leurs bénéficiaires de conserver un certain niveau de pouvoir d'achat. Entre le 1er septembre 2020 et le 1er avril 2024, soit près de quatre ans, la pension minimum pour les personnes isolées est ainsi passée de 1292 à 1737 euros (+ 34 %). Les pensions de survie pour les personnes avec charge de famille, sur la même période, sont passées de 1295 à 1784 euros (+ 38 % ; et de 959 à 1320 euros pour les isolés). Même constat pour les personnes pensionnées n'ayant pas de moyens de subsistance suffisants, l'allocation de revenu garanti a grimpé de 1154 à 1549 euros (+ 34 %). L'allocation de chômage (le minimum quand la personne a charge de famille), de 1230 à 1615 euros (+ 34 %). Et, enfin, l'indemnité de remplacement, en cas de handicap, est passée de 1296 à 1745 euros. Soit des hausses des allocations sociales situées aux alentours de 35 %.
Gel partiel sous le gouvernement Michel
Ces hausses des allocations ont été justifiées par la crise sanitaire puis par l'inflation brutale qui a suivi la guerre en Ukraine; on estime que l'inflation cumulée entre septembre 2020 et avril 2024 se situe entre 16 % à 18 %. Elles ont aussi servi de compensations à des mesures de modération prises avant le gouvernement De Croo. Entre 2015 et 2020, notamment sous le gouvernement de Charles Michel (libéral), un gel partiel de l'indexation des allocations sociales avait en effet été mis en place. Cela faisait partie d'un ensemble de mesures visant à contenir les dépenses publiques et à réduire le déficit budgétaire, conformément aux exigences de la Commission européenne et aux politiques d'austérité mises en œuvre après la crise financière de 2008.
Freiner les pièges à l'emploi
La réduction du déficit budgétaire, c'est aussi ce qui motive les négociateurs de l'Arizona dans ce gel de l'indexation des allocations sociales. Mais pas seulement. "La volonté de récompenser le travail est aussi un de nos objectifs, annoncé depuis longtemps", poursuit une autre de nos sources. C'est aussi une façon de concrétiser l'objectif d'obtenir une différence de 500 euros minimum entre les salaires et les allocations de chômage, afin d'inciter à la réintégration sur le marché de l'emploi. Quoi qu'il en soit, cette notification, qui va susciter le débat, est plus claire que celle figurant dans la note d'octobre révélée dans nos colonnes, qui disait qu'"au cours des années à venir, nous freinons la croissance des allocations pour les personnes en âge de travailler qui sont inactives tout en étant capables d'exercer un travail rémunéré, en vue de compenser l'augmentation rapide des allocations dans le passé."
Des changements aussi au niveau de l'indexation
Enfin, on nous confirme également que les négociateurs comptent limiter les allocations d'insertion, pour les jeunes ayant terminé leurs études mais ne trouvant pas de boulot, à un an maximum (au lieu de trois ans aujourd'hui, éventuellement prolongés de six mois supplémentaires). L'objectif de l'Arizona est aussi de freiner l'indexation des salaires (avec un lissage de l'indice santé de quatre à six mois, et non douze comme initialement escompté) et de faire appliquer cette indexation aux salaires au 1er janvier pour tous et une fois par an. Ce qui, objectivement, nécessite de trouver une voie juridique détournée pour aller contre les conventions collectives de travail, qui prévoient quasi toutes des indexations différentes, et à des moments différents en fonction des secteurs d'activité (une fois par an, une fois tous les deux mois, etc.).