Adrien Dolimont (MR) : "Les personnes très éloignées du marché de l'emploi doivent réapprendre les bases, apprendre à se lever, avoir un rythme…"
Pour supprimer les Provinces, le ministre-Président wallon n'enterre pas la consultation populaire. "Mais cela coûte cher", estime-t-il.

- Publié le 30-08-2025 à 06h54
- Mis à jour le 30-08-2025 à 14h01

Le ministre-Président wallon, Adrien Dolimont (MR), défend son bilan après une première année de travail. Il rejette toute accusation d'immobilisme. Il sait d'ailleurs que la tâche est grande.
Un des engagements de la Déclaration de politique régionale (DPR) est d'augmenter le taux d'emploi en Wallonie. Les chiffres actuels sont plutôt à la baisse. Comment allez-vous inverser la tendance ?
Avec toutes les réformes que nous allons mettre en place pour créer de l'activité économique, en cassant les barrières administratives, en réformant le Forem et le paysage de la formation professionnelle.
Mais le taux d'emploi est quand même à la baisse…
Tout à fait, même si les conclusions dépendent de l'indicateur qui est choisi. En prenant un indicateur de court terme oui, mais cela est différent si on en prend un qui évalue le temps long. Quoi qu'il en soit, on tirera le bilan à la fin de la législature.
De nombreuses personnes vont être exclues du chômage à partir de janvier 2026. Des personnes souvent peu qualifiées. Comment leur permettre d'accéder au marché de l'emploi ? Certaines entreprises se montrent sceptiques.
Il y aura différents profils. Par exemple, les personnes très éloignées du marché de l'emploi doivent réapprendre les bases, apprendre à se lever, avoir un rythme professionnel… On doit pouvoir les responsabiliser sur leur rôle sociétal. Ces personnes ne peuvent-elles pas aider les municipalités sur certains aspects ?
Mais comment vont-elles gagner leur vie ?
En bénéficiant du Revenus d'intégration sociale (RIS). Et si par après on n'arrive pas à les réinsérer, la procédure Article 60 peut être utile (NdlR : cette procédure permet à un bénéficiaire du revenu d'intégration de travailler grâce à un contrat d'insertion via le CPAS). Les communes qui auront une approche particulière sur cette question auront tout à y gagner à long terme. Il ne faudrait pas créer un cercle vicieux qui les renverrait vers l'inactivité.
Il y a quand même des grandes villes qui devront prendre en charge beaucoup plus de nouveaux bénéficiaires du RIS que les autres. Vous pouvez leur demander d'agir de la même manière ?
On sait qu'il y a des concentrations de pauvreté. Quand l'Onem aura envoyé ses courriers, on aura une meilleure vision des communes qui seront les plus touchées. Les moyens prévus par le fédéral pour aider les CPAS devront être cohérents.
Selon une étude, les personnes exclues du chômage ne se tournent pas directement vers les CPAS. Or les compensations financières pour les communes ne seront maximales qu'au cours des 6 premiers mois de la réforme. La temporalité de ces compensations financières est-elle adéquate ?
On a le temps de voir venir à l'échelle de la législature puisque pendant les quatre prochaines années, les moyens seront de plus en plus importants.
Et si la compensation financière des communes n'est pas suffisante, la Wallonie aura-t-elle les moyens de faire pression sur le fédéral pour augmenter les moyens alloués ?
Rie n'est prévu, mais on voit qu'en discutant on est arrivé à dégager des moyens. Nous avons pu expliquer la réalité des choses. Qui décide paie, quand on prend une décision on doit être responsable de celle-ci. C'est une bonne réforme que l'on attend depuis longtemps, c'était dans nos programmes. Si on veut changer les choses, il faut changer le modèle.
Le député provincial (PS) du Hainaut Eric Massin envisage de lever de nouvelles taxes, sur les entreprises notamment, pour compenser les efforts qui sont demandés par la Région aux provinces dans le cadre du financement à 100 % des zones de secours. Vous êtes d'accord ?
Il n'est pas tout seul, et je pense que les partis qui sont en majorité avec lui (NdlR : MR et Les Engagés) n'ont pas le même réflexe que la gauche qui veut tout de suite augmenter la fiscalité. Les provinces, on veut à terme les supprimer. Mais, pour l'instant, on veut qu'elles jouent un rôle central au niveau sécuritaire. Pour le reste, elles doivent réfléchir aux missions qu'elles exercent et se dire que peut-être ces missions sont déjà remplies par d'autres niveaux de pouvoir.
Si les provinces font le choix de supprimer certaines missions que vont devenir les fonctionnaires qui travaillent pour elles ?
Tout changement créé un élément de perturbation. À un moment donné on doit pouvoir se poser les bonnes questions. Il faut arrêter d'avoir des dizaines et des dizaines de structures qui font les mêmes choses. Le but sera de remettre les personnes qui travaillent au service des provinces dans une autre administration qui exerce la même mission. Nous sommes prêts à avoir cette discussion avec les provinces.
Vous comptez toujours organiser une consultation populaire pour déterminer si oui ou non il faut supprimer les provinces en Wallonie ?
Des constitutionnalistes ont dit que nous ne pouvions pas poser cette question de manière aussi directe. Il faut donc d'abord définir la question que l'on veut poser. Il faut aussi se demander si une consultation populaire apporte une réelle plus value. Son organisation coûterait 14 millions d'euros. C'est un fameux coût. De plus, les conditions de dépouillement exigent un nombre minimal de votants. Si on ne l'atteint pas, on ne peut pas dépouiller. Cela veut dire qu'on dépense 14 millions et qu'on ne peut même pas prendre connaissance du résultat. Il faut donc encore y réfléchir et peut-être envisager de consulter la population sur d'autres sujets au même moment. Mais je ne sais pas encore lesquels.