Edito: Nouvelle pratique politique? Non, un coup bas, médiocre
Tout le monde a le droit de changer d'avis, voire de parti. Mais la décence eut été que l'élue, tombée par hasard dans l'hémicycle, abandonne son mandat.

- Publié le 19-03-2019 à 15h52
- Mis à jour le 19-03-2019 à 16h26

Un édito de Francis Van de Woestyne.
Tout le monde a le droit de changer d'avis, voire de parti. Mais la décence eut été que l'élue, tombée par hasard dans l'hémicycle, abandonne son mandat.
La politique, les grands projets, les belles idées, les visions d'avenir, les alliances positives, les joutes oratoires, les débats constructifs, les participations citoyennes… Dans ce monde politique, dur mais inspirant, on débat, on se bat pour des idées. Cette politique-là est source d'inspiration, de progrès. Puis il y l'autre politique, faite de petits jeux, de langue de bois, de rancunes et de rancœurs dans laquelle la fin justifie tous les moyens : cette politique a provoqué le lent désamour, le désenchantement, la perte de crédibilité et de confiance des citoyens envers les élus. C'est le triste spectacle que nous offre aujourd'hui une députée au Parlement wallon : elle a choisi de quitter la majorité, fragile, et de compromettre le vote des derniers projets.
Quand on choisit de gouverner avec une majorité qui ne tient qu'à un fil, on s'expose évidemment à des difficultés. Depuis près de deux ans, l'attelage MR-CDH a tenu le coup mais les votes ont toujours été acquis à l'arraché. Malgré cette fragilité congénitale, le gouvernement n'a pas trop mal travaillé et a tenu un cap.
La défection de cette parlementaire, jusqu'il y a peu libérale, passée avec armes et mandat sur les listes Destexhe, pourrait avoir d'étranges conséquences. Elle, qui juge son parti trop à gauche, pourrait empêcher la majorité de voter deux projets importants : la réforme des aides à la promotion de l'emploi et l'assurance autonomie. Destexhe et sa nouvelle recrue deviendraient ainsi les alliés objectifs de la gauche wallonne qui combat ces textes. Comprenne qui pourra.
Tout le monde a le droit de changer d'avis, voire de parti. Mais la décence eut été que l'élue, tombée par hasard dans l'hémicycle – elle a succédé à Véronique Cornet, décédée en 2015 – abandonne ce mandat qui ne lui appartient pas. En 2003, Alain Destexhe, Alain Eraly et Eric Gillet avaient signé un essai très intéressant "Démocratie ou particratie ?" dans lequel les auteurs estimaient qu'il fallait mettre fin aux pratiques particratiques et promouvoir une nouvelle culture politique. Bloquer le fonctionnement d'un gouvernement en débauchant une députée dont on n'a pas entendu la voix, ou presque, depuis qu'elle siège là par accident, relève des petits jeux que M. Destexhe condamnait alors.
Nouvelle pratique politique? Non, un coup bas, médiocre.