La coalition des foires d'empoigne
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 07-01-2025 à 22h57
Personne ne mettrait sa main à couper sur l'éclosion prochaine du gouvernement Bart De Wever. Et bien téméraire serait celui qui lui prédirait une certaine espérance de vie. Délestée du PS francophone et des écologistes, cette coalition de centre et de droite semblait pourtant s'imposer à la sortie des urnes. Elle avait un boulevard devant elle, avec cinq années pleines pour réformer en profondeur le marché du travail, alléger la charge fiscale des citoyens et des entreprises belges, attirer les investisseurs, harmoniser nos systèmes de retraites et rendre plus efficace la lutte contre l'immigration illégale et le narcotrafic. Le tout avec une volonté de mieux récompenser celles et ceux qui travaillent et réactiver les personnes sans emploi. Vu de Flandre, ce scénario "rêvé" semblait totalement improbable il y a encore six mois…
Mais tout cela, c'était avant de réunir les présidents de la N-VA, du CD&V, de Vooruit, du MR et des Engagés autour d'une même table pour, notamment, trouver plus de 23 milliards d'euros d'économies. Une montagne budgétaire et un effort inédit, vertigineux. Leurs relations interpersonnelles sont fort abîmées. Et le fait que leurs positions varient d'un jour à l'autre, selon les sujets abordés, les projets de textes à parcourir, les nœuds gordiens à démêler, les trophées à partager et les nombreuses couleuvres à avaler, n'arrange évidemment pas les choses. La grande absente de ces discussions n'est autre que la confiance. Elle est nulle. Totalement inexistante. Entre Conner Rousseau et Georges-Louis Bouchez, en particulier, il n'y a pas que de profondes divergences idéologiques, il y a une réelle méfiance. Résultat, presque chaque mesure de la "super-note" socio-économique est lue, relue, contestée, amendée et remise en cause. Certes, tant qu'il n'y a d'accords sur tout, il n'y a d'accord sur rien, mais cette ambiance n'annonce rien de bon pour la suite, et fait d'ores et déjà un peu penser à la Vivaldi.
Dès à présent, il est évident que l'Arizona sera un terrain miné où les coups bas, les désaccords, les critiques et les oukases l'emporteront sur les réformes nécessaires. Que les présidents de parti en fassent partie ou pas, tant que la méfiance règne, ce gouvernement manquera son objectif, et donc son ambition.