Les échecs de Poutine et l'effondrement de la Russie

Poutine restera dans l'Histoire comme celui qui a déclenché la plus grande guerre en Europe depuis la fin de la deuxième guerre mondiale il y a 80 ans. On retiendra que cette guerre n'aura pas eu de réel vainqueur et n'a fait que des perdants.

Les échecs de Poutine et l'effondrement de la Russie

Une carte blanche de Bernard Adam, directeur du Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (Grip) de 1979 à 2010

Après avoir attaqué l'Ukraine, Vladimir Poutine restera dans l'Histoire comme celui qui a déclenché la plus grande guerre en Europe depuis la fin de la deuxième guerre mondiale il y a 80 ans. On retiendra que cette guerre n'aura pas eu de réel vainqueur et n'a fait que des perdants. On se souviendra aussi que le président Poutine a accumulé de nombreux échecs et a contribué à l'effondrement de son propre pays.

Un déclassement géostratégique

Vladimir Poutine avait fixé trois objectifs principaux à ce qu'il a appelé une "opération spéciale". D'abord, envahir l'Ukraine avec l'assaut des troupes russes qui auraient dû atteindre Kiev, la capitale, en quelques jours sans résistance ukrainienne. Ensuite, "dénazifier" l'Ukraine en remplaçant le président Volodymyr Zelensky et son gouvernement par des dirigeants pro-russes. Enfin, empêcher l'Ukraine de se rapprocher de l'Union européenne et de l'Otan. Aucun de ces objectifs n'a pu être atteint.

Bien qu'elle ait pu occuper progressivement des territoires ukrainiens au cours de ces trois années de guerre, l'armée russe a eu beaucoup de difficultés à progresser et a montré ses grandes faiblesses. Elle a notamment dû recourir à l'acquisition d'armements en Iran et en Corée du Nord.

Quand Vladimir Poutine s'adresse à son peuple : "N'importe quel chef d'entreprise pourrait dire la même chose pour remercier ses collaborateurs"

En Europe, l'objectif de Vladimir Poutine était de restreindre la puissance de l'Otan. Il a obtenu l'effet inverse avec l'adhésion à l'Alliance atlantique de deux pays neutres, la Finlande et la Suède. C'est ainsi que toute la mer Baltique est dorénavant bordée entièrement de pays membres de l'Otan. De plus, tous les pays membres de l'Otan sont en train d'augmenter leurs budgets militaires.

Fin 2024, la Russie a été incapable de mobiliser ses forces armées (prioritairement mobilisées en Ukraine) afin d'empêcher la chute de son allié, le président syrien Bachar el-Assad. Elle a ainsi perdu ses bases en Syrie qui étaient très importantes comme relais vers ses nouveaux alliés en Afrique. Ceux-ci, notamment le Mali, le Burkina et le Niger doivent dorénavant bien s'inquiéter d'avoir choisi comme nouveau protecteur un Etat russe beaucoup moins puissant qu'ils ne le pensaient.

D'énormes pertes humaines militaires

Il n'existe pas de chiffres officiels sur les pertes réelles sur le front ukrainien. Il est vraisemblable que les Russes ont eu jusqu'à présent environ 400 000 "pertes irrémédiables" : 130 000 morts et 270 000 blessés lourds inaptes à retourner sur le front. Or, le nombre total de soldats de la Fédération de Russie, s'élève à 1,35 million d'hommes (déployés sur le front ukrainien et sur l'ensemble du territoire russe). Cela signifierait que l'ensemble de l'armée russe a eu des "pertes irrémédiables" de l'ordre de 30 % de ses effectifs. Et près de 10 % de ses soldats ont été tués.

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Pour l'instant, la population russe n'est pas au courant du nombre de morts russes en Ukraine puisque les autorités veillent à lui cacher cette réalité. Lorsqu'elle découvrira le bilan de ce carnage, on peut s'attendre à une montée de la contestation qui risque bien de déstabiliser le pouvoir de Vladimir Poutine.

Cette guerre en Ukraine est la plus meurtrière pour les Russes depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Au temps de l'URSS, la guerre en Afghanistan (1979-1989) a coûté la vie à 50 000 soldats soviétiques. En Tchétchénie, au cours des deux guerres menées par la Russie (1994-1996 et 1999-2000) les estimations font état de 22 000 à 26 000 morts parmi les soldats russes.

Au temps des guerres d'Afghanistan et de Tchétchénie, les dirigeants politiques soviétiques puis russes ont connu de nombreuses contestations. Pour l'instant, la population russe n'est pas au courant du nombre de morts russes en Ukraine puisque les autorités veillent à lui cacher cette réalité. Lorsqu'elle découvrira le bilan de ce carnage, on peut s'attendre à une montée de la contestation qui risque bien de déstabiliser le pouvoir de Vladimir Poutine.

Une économie au bord du gouffre

Certains ont estimé que les sanctions occidentales n'avaient pas trop déstabilisé l'économie russe. Il faut rappeler que des sanctions économiques ne produisent leur effet qu'à long terme et de manière progressive. De plus, elles sont souvent cumulatives et structurellement de plus en plus déstabilisantes.

Plusieurs données récentes indiquent qu'une brusque dégradation de l'économie russe est en train de se produire. Malgré un discours triomphaliste ("tout ira bien, nous irons de l'avant"), Vladimir Poutine a déclaré le 19 décembre 2024 que l'inflation, qui est officiellement de plus de 9 %, est "un signal alarmant" et que "les sanctions ont un impact". Connaissant les méthodes habituelles de dissimulation de la vérité des dirigeants russes, on peut raisonnablement penser que si Poutine dit ce genre de constat, c'est que la situation est vraiment catastrophique. Certains se demandent si le taux d'inflation réel ne serait pas le double des 9 % annoncés.

Comment décrypter le langage du Kremlin ?

À la fin de l'année 2024, la banque centrale russe (BCR) a relevé son taux directeur à 21 %. Les hausses récentes successives de ce taux indiquent que la BCR ne parvient pas à freiner la hausse des prix. Par ailleurs, un taux directeur de 21 % entraîne les crédits accordés par les banques vers des taux de 30 %. Conséquence : énormes difficultés d'emprunt pour les entreprises qui ne peuvent plus réaliser d'investissements, et quasi-impossibilité de recourir aux crédits hypothécaires pour les particuliers.

Aux effets négatifs des sanctions occidentales s'ajoute la très forte augmentation des dépenses militaires qui atteignent maintenant 40 % du budget de l'État, soit davantage que le total des dépenses réunies pour l'éducation, l'économie, le social et la santé. Il faut rappeler que les dépenses militaires sont globalement improductives au plan socio-économique puisqu'elles détournent des budgets qui ne sont plus destinés au développement de l'économie "civile".

Poutine aura détruit son propre Etat

Des dirigeants de grandes entreprises russes tirent la sonnette d'alarme. Le journal Le Monde a indiqué début janvier 2025 que German Gref, patron de la Sherbank, première banque de Russie, a déclaré : "La situation est difficile. L'économie ne durera pas longtemps comme ça". Sergueï Tchemezov, ami de Vladimir Poutine et directeur général de Rostec, holding d'État au sein de l'industrie de l'armement, a prévenu : "Si nous continuons de cette façon, alors pratiquement la majorité de nos entreprises feront faillite".

Après la décision d'envahir et de détruire l'Ukraine, Poutine aura aussi réussi à amener son propre pays dans une situation catastrophique aux plans géostratégique, humain et économique. Il semble que tant qu'il sera au pouvoir, il ne faut pas espérer un avenir meilleur pour les Russes et les Européens. Les nouveaux dirigeants russes qui, espérons-le, devraient arriver au plus vite au pouvoir, devront accomplir un travail considérable pour restaurer un pays, améliorant la situation sociale et économique de sa population, et devenu plus pacifique dans son environnement international.

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