La Belgique, une destination touristique enfin reconnue... grâce au Covid ?
Libre Eco week-end | Le dossier. Les statistiques de fréquentation de la Côte comme de l'Ardenne sont dans la ligne de celles de 2021 et 2022, voire supérieures. Les Belges se sont montrés plus fidèles à leur contrée que les opérateurs touristiques n'osaient l'espérer.

- Publié le 23-06-2023 à 12h58

Chambres d'hôtes et d'hôtels prises d'assaut, appartements de location et gîtes réservés des semaines à l'avance, rush incroyable sur le marché immobilier des secondes résidences… Au plus fort de la crise sanitaire, la Belgique s'est prise pour une destination de vacances de haut vol, catapultant les multiples opérateurs touristiques sur de petits nuages. La chute n'en sera que plus dure, craignaient certains observateurs, jugeant qu'au lieu d'anticiper un retour à la normale, certains avaient attisé les flammes en créant une offre qui risquait rapidement de prendre des allures de suroffre.
À regarder les statistiques des deux grands réservoirs touristiques belges que sont la Côte et l'Ardenne, il n'en est rien. Dans le sud du pays, selon les chiffres de Statbel, l'office belge de statistique, le nombre de nuitées était l'an dernier en hausse de 6 % par rapport à 2019 et de 33 % par rapport à 2021 (lire en page 4). Sur la Côte, où 2021 a été un cru exceptionnel, les chiffres (provisoires) de 2022 sont stables : quasiment 29 millions de nuitées, ce qui représente une légère baisse (- 4 %) si on les compare avec celles de 2021 mais une légère hausse (+ 3 %) par rapport à 2019.
"Arrêtons de toujours prendre le Covid pour étalon"
De quoi les autoriser à jeter un œil confiant sur l'été 2023 qui s'amorce ? Tous en sont convaincus.
"Le coronavirus a permis aux Belges de redécouvrir leur propre pays, insiste Ellen Bruynoghe, manager de la Côte chez Westtoer. Cette envie est restée, même après la suppression des mesures restrictives. La Côte belge est toujours une destination populaire et proche." Ce qui est dans l'air du temps en période d'inflation et de hausse des prix de l'énergie.

"Arrêtons de toujours prendre le Covid pour étalon, renchérit Bram Degrieck, bourgmestre de La Panne. D'autant que les statistiques ne le permettent pas toujours. La crainte de voir trop de monde s'agglutiner sur les mêmes plages, les mêmes digues, a en effet incité Westtoer à mettre en place, dès l'été 2020, un système de comptage des passants bien plus pointu qu'avant. Ce qui rend les comparaisons peu fiables."
"Si le Covid a changé quelque chose, c'est surtout sur le marché immobilier que cela s'est vu, sourit-il, les confinements et autres restrictions ayant incité les Belges à investir davantage près de chez eux plutôt qu'en Espagne ou au Portugal."
"Les vacances scolaires décalées ont donné de bons résultats"
"Personnellement, je n'ai pas le sentiment qu'il y a moins de touristes dans ma commune que l'an dernier ou en 2021, poursuit Bram Degrieck. Au contraire même, les vacances scolaires décalées, que nous expérimentons pour la première fois cette année, ont plutôt donné de bons résultats." "Le bilan des vacances de Pâques comme des vacances de mai, malgré le mauvais temps, est légèrement positif par rapport à 2022", confirme d'ailleurs Ellen Bruynoghe.
Pour Bram Degrieck, s'il y a un élément qui peut faire la différence, c'est peut-être la météo. "Pour peu qu'il fasse beau, les courts séjours se multiplient", dit-il.

Pour le reste, ce sont des tendances de fond et des stratégies de longue haleine qui portent leurs fruits. "Certains ont cru à tort que c'était le Covid qui avait incité les stations balnéaires et Westtoer à mieux répartir la fréquentation touristique dans le temps et dans l'espace. Cela fait des années qu'on travaille sur cette stratégie tout simplement parce que la cohue, ce n'est pas confortable", ajoute le bourgmestre de La Panne, qui se félicite d'avoir à proposer une localisation excentrée ; de très grandes étendues de sable sans brise-lames ; une digue au niveau de la plage, au bord de laquelle prennent place les nombreuses terrasses de restaurants et, surtout, 800 hectares de réserves naturelles où s'égayent cyclistes et promeneurs. "Le Covid n'a pas changé notre point de vue, insiste-t-il. D'ailleurs, à peu de chose près, les visiteurs l'ont oublié." Tout au plus utilisent-ils davantage les blocs sanitaires mis à leur disposition depuis longtemps.
"L'arrière-pays est de plus en plus valorisé"
Westtoer, qui analyse quasi quotidiennement les statistiques de fréquentation, convient que cette dispersion du public dans le temps est un axe pratiqué de longue date. "La Côte est une destination quatre saisons, reprend Ellen Bruynoghe. Nos campagnes sont d'ailleurs spécifiquement lancées au printemps ou à l'automne pour élargir les saisons. Il en est de même des grands événements qui débutent en basse saison."
Et c'est pareil dans l'espace. "En priorité, on met en avant ce qui est à la base du succès de la Côte, à savoir… la mer. C'est parfois d'une telle évidence que l'on vient à l'oublier", ajoute-t-elle, évoquant les promenades sur la plage, les flâneries gourmandes le long de la digue, les tours en cuistax… "Où mieux reprendre son souffle qu'au bord de la mer, glisse-t-elle. Mais l'arrière-pays est de plus en plus valorisé."
Au temps et à l'espace s'ajoute un troisième vecteur de dispersion : les activités. "Outre les offres locales des communes côtières, Westtoer se concentre principalement sur les expériences actives, telles que le cyclisme et la marche, sur les découvertes culinaires, sur l'art et la culture", résume la manager Côte de Westtoer.

Avec chaque année des événements rassembleurs sans qu'un budget supplémentaire leur soit accordé. "Cette année, notre campagne s'articule autour des Lieux époustouflants, une exposition de photos signée par 47 photographes, la plus longue d'Europe puisqu'elle suit les rails du tram de la Côte (67 km), s'offrant même une petite incursion en France vers Dunkerque. Chaque photo suscite des 'excursions époustouflantes', souvent méconnues, dans un rayon de deux kilomètres, tantôt pour les familles, tantôt pour les sportifs, les amoureux de la nature, les amateurs de culture." Les arts sont d'ailleurs un des axes que la Côte veut renforcer dans les années à venir, avec quatre événements pour la seule année 2024 : la huitième édition de la triennale d'art Beaufort, le réaménagement du musée Paul Delvaux à Saint-Idesbald, la mise en lumière des œuvres d'Ensor et de Spilliaert à Ostende et une exposition des Maîtres flamands sur l'ensemble du littoral.
"Dans les années à venir, nous souhaitons également mettre davantage l'accent sur l'expérience des sports nautiques, conclut Ellen Bruynoghe. Trop peu de visiteurs (0,7 % seulement) trouvent en effet le chemin des nombreux clubs de voile, de chars à voile, de surf, de ski, de planches en tout genre."
Les hôtels voient grand
Les uns après les autres, les hôtels familiaux de la Côte ont disparu au profit d'une reconversion ou d'une reconstruction en appartements. Le mouvement, lancé début des années 80 s'est estompé à partir de 2012. Sans les aides corona, il aurait pu reprendre ces derniers mois. Ce qui ne signifie pas que les formules hôtelières ne fonctionnent pas. Pour preuve, le nombre de projets hôteliers de plusieurs dizaines de chambres qui essaiment, portés par des investisseurs professionnels : La Réserve et Mercure à Knokke, Silt dans le nouveau casino de Middelkerke, et d'autres projets à Nieuport, Ostende et La Panne. En 2012, les 204 hôtels survivants comptaient en moyenne 27 chambres. En 2021, les 186 hôtels côtiers en comptent quelque 34.