Poutine s'empare d'importants gisements de lithium en Ukraine: "C'est un nouveau coup dur pour Zelensky"
La Russie s'est emparée de gisements de lithium en Ukraine. Des gisements encore inexploités qui constituaient un atout non négligeable pour le président ukrainien.

- Publié le 15-01-2025 à 09h02
- Mis à jour le 16-01-2025 à 11h22

L'or blanc". La découverte récente (dont en partie en 2023) du lithium en Ukraine faisait les affaires du président Zelensky, qui tenait là une monnaie d'échange potentielle avec les pays occidentaux afin de maintenir leur soutien militaire face à l'envahisseur russe, alors que l'Europe fonce vers la mobilité électrique très dépendante à cette matière première.
Mais la donne a peut-être changé. Le 11 janvier dernier, selon plusieurs médias ukrainiens, la Russie a affirmé s'être emparée de Schevchenko, une localité de l'est du pays où figure un important gisement de lithium et détiendrait deux sites majeurs dans le domaine en Ukraine. Mais le potentiel économique est-il important ? Peuvent-ils être rentables ?
"Ce sont des gisements potentiellement significatifs car les réserves ukrainiennes seraient plus importantes que les réserves du Portugal", commente Emmanuel Hache, économiste à l'IFP Énergies Nouvelles et membre de l'Iris, qui indique que le Portugal fait pourtant partie des plus grandes réserves d'Europe.
"Ce qui est sûr c'est que le moindre gisement de métaux est considéré aujourd'hui comme un actif stratégique face à l'augmentation prévisible des besoin."
"Mais le lithium n'est pas encore extrait en Ukraine donc de nombreuses incertitudes demeurent sur le niveau réel des réserves…. Ce qui est sûr c'est que le moindre gisement de métaux est considéré aujourd'hui comme un actif stratégique face à l'augmentation prévisible des besoins", poursuit-il. En particulier les besoins en batteries liées à l'électrification de la mobilité.

Dépendance européenne "totale"
Un avis partagé par Jean-Marc Baele, professeur en géologie à l'UMons, qui prend des pincettes quant aux chiffres parfois annoncés, donc celui de 500 000 tonnes de lithium, ce qui ferait de l'Ukraine la 5e réserve de lithium d'Europe (et 16e mondiale, loin derrière la Bolivie, l'Argentine ou le Chili). La Russie, quant à elle, en détiendrait actuellement le double de l'Ukraine.
"Il y a une frénésie totale pour le moment sur le lithium. Ça se comprend, l'Europe dépend totalement des importations."
"Il y a une frénésie totale pour le moment sur le lithium, donc les chiffres peuvent changer. Ça se comprend, l'Europe dépend totalement des importations et certains peuvent faire gonfler les chiffres pour attirer des investisseurs", avance-t-il. "Il y aura un enjeu crucial pour approvisionner l'industrie de voitures électriques. Ces gisements ukrainiens pourraient donc être intéressants car pas mal de projets ont été stoppés ou freinés en Europe", poursuit-il. La raison ? Le fameux effet "Nimby" ("not in my backyard"), soit les réticences de riverains freinant le développement de l'activité minière relativement polluante ou salissante plus ou moins proche de leurs lieux de vie.
" Mais on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs. On a besoin de ces mines. L'Europe restera un petit acteur au niveau des gisements, mais c'est dans tous les cas bien de développer une industrie minière "de terroir". Même si on ne se libère que de 15 ou 20 % des importations, c'est déjà ça de gagné en autonomie", poursuit-il.
"On ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs. On a besoin de ces mines."
"On ne pourra pas être autonome, aucun spécialiste oserait dire cela. Mais c'est un avantage. Et comme pour chaque conflit dans le monde, ces enjeux de ressources sont primordiaux", rappelle-t-il. "Pourtant la Russie a d'énormes ressources minières, c'est effrayant. Mais c'est aussi pour priver l'Europe. Mais restons méfiants sur ces chiffres souvent manipulés pour des raisons géopolitiques", renchérit-il. "Les réserves évoluent aussi au fil des découvertes. Elles sont passées de 22 à 28 millions de tonnes de lithium identifiées en 2023", affirme-t-il.
"Mais il va falloir forer, dépenser, pour pouvoir véritablement chiffrer ces réserves", poursuit-il.

Monnaie d'échange
Revenons sur l'aspect "monnaie d'échange". Pour Sébastien Gobert, journaliste indépendant basé en Ukraine, c'est "un nouveau coup dur pour Zelensky". Pourquoi ? "Car ce n'est pas la première ressource dont se voit spolier l'Ukraine. Terres arables et mines de charbon volées, réserves sous-marines inaccessibles en Mer noire… L'Ukraine souffre. Ça obère les perspectives de reconstruction et ça fait mal", enchaîne-t-il.
"L'Ukraine est dans une position défavorable. Elle n'est pas en train de perdre mais pas en train de gagner non plus. Et Zelensky tente ce qu'il peut pour s'attirer du soutien."
"Difficile de chiffrer les retombées économiques du lithium mais c'est un coup dur politiquement. Car contrairement à l'administration Biden, celle de Trump exigera des contreparties pour l'aide pour la guerre face à la Russie. Zelensky peut espérer convaincre Trump avec le lithium par exemple et les Occidentaux pourraient en avoir un accès préférentiel. Mais sans faire main basse sur ces ressources, rien n'est moins sûr", explique-t-il. "L'Ukraine est dans une position défavorable. Elle n'est pas en train de perdre mais pas en train de gagner non plus. Et Zelensky tente ce qu'il peut pour s'attirer du soutien", renchérit-il.
Cette prise russe des gisements de lithium ukrainiens serait donc avant tout une carte en moins dans le jeu de Zelensky, plutôt qu'une carte en plus dans celui de Poutine, qui a de quoi voir venir. Mais une carte que certains évaluent à plusieurs milliers de milliards d'euros de valeur sur le long terme.