La Chocolaterie Galler touchée par les inondations : "J'estime, dans le meilleur des cas, à 2 millions les frais non couverts par l'assurance"
Le site de production de Vaux-sous-Chèvremont a été fortement touché par les inondations. Salvatore Iannello, le CEO de Galler, cherche auprès de ses collègues des capacités de production. En attendant...

- Publié le 29-07-2021 à 08h23
- Mis à jour le 29-07-2021 à 09h03

Suite aux inondations d'il y a quinze jours, les dégâts sont énormes à la Chocolaterie Galler, située à Vaux-sous-Chèvremont (commune de Chaudfontaine), tout près de la Vesdre. "L'eau est montée jusqu'à près de deux mètres dans tout le bâtiment, inondant les machines et les ingrédients, racontait mercredi Savatore Iannello, CEO de la Chocolaterie (production : 1 700 tonnes de chocolat par an). Le bâtiment est endommagé, une partie de mur s'est effondrée. Un container de plusieurs tonnes a été emporté par les flots, on ne l'a pas encore retrouvé. Il y avait des voitures sur le toit devant le magasin de l'atelier. C'était une vision incroyable, apocalyptique."
Depuis, l'équipe est passée à l'action. "La stabilité du bâtiment a été contrôlée, il n'y a pas de problème. Le mur qui était tombé n'était pas porteur, précise le patron. Nous avons fini de déblayer. Maintenant, nous nettoyons pour pouvoir commencer à estimer les dommages techniques. Toute l'électronique et tout le système électrique des machines ont baigné dans l'eau."
Les machines d'emballage ont été envoyées en Italie pour inspection et réparation. "Elles sont réparables et nous espérons les retrouver fin novembre, début décembre."
Et des spécialistes sont arrivés mercredi pour évaluer, avec les techniciens de Galler, l'ampleur des dégâts occasionnés sur les lignes de production. "D'après notre expertise, nous pensons que les machines sont réparables mais les experts doivent le confirmer", dit le patron.
Produire ailleurs en attendant
"Nous ne nous attendons pas à relancer notre atelier avant, au plus tôt, fin décembre et au plus tard, fin mars 2022. Le 1er avril, dans tous les cas, l'atelier doit avoir démarré, indique Salvatore Iannello, en route vers Anvers ce mercredi. Si je vais à Anvers, c'est parce que depuis la semaine dernière, nous négocions avec des collègues pour pouvoir utiliser leur outil de production. Avec notre chocolat, nos recettes et nos hommes évidemment. La solidarité est très présente. Nous parlons à des collègues, pas à des concurrents. D'ici vendredi, nous devrions avoir trouvé où produire les 600 tonnes dont nous avons besoin de septembre à décembre, en adaptant, dans certains cas, nos moules aux lignes de nos confrères. Et nous pourrions poursuivre les opérations, si nécessaire, jusque fin mars, déclare le CEO. Nous aurons accès aux installations en fonction des disponibilités de nos confrères qui rentrent eux aussi en haute saison (en prévision des fêtes) à partir de septembre."
Et d'ajouter : "Nous affréterons des bus pour envoyer nos collaborateurs sur les sites pour assurer la production avec l'aide du personnel local. Actuellement, 50 % de nos 170 collaborateurs travaillent toujours pour le département commercial et les boutiques, et l'autre moitié, en charge de l'atelier et la production, est en chômage économique pour cause de force majeure. On devrait arriver à 60-65 % qui travailleront de septembre à décembre. Et nous couvrirons jusqu'en décembre la moitié du manque à gagner pour les collaborateurs restant au chômage."
Encore faudra-t-il financer cette crise. "Nous avons une assurance qui couvre matériel et bâtiments en cas d'incendie ou de dégâts des eaux à hauteur de 14 millions. Malheureusement, on nous a expliqué que c'était vrai sauf en cas de catastrophe naturelle. Dans ce cas-là, cela se limitait à 10 % de la valeur contractuelle, à savoir 1,4 million. Nous serons au-delà. À la grosse louche, j'estime, dans le meilleur des cas, à 2 millions les frais non couverts par l'assurance (en plus du 1,4 million donc), et à 3 millions dans le pire."
Le patron est occupé à réunir divers partenaires pour boucler le financement. "Heureusement, il y a une envie que l'on s'en sorte le plus vite possible, que ce soit de la part de nos actionnaires (l'actionnaire qatari à hauteur de 75 %, le groupe d'investisseurs belges dont le CEO lui-même, et deux institutionnels, Noshaq et Invest for Jobs, NdlR), de nos partenaires bancaires ou même de la Région wallonne via la Sogepa avec laquelle nous allons discuter", signale encore Salvatore Iannello.
Pour l'heure, la Chocolaterie peut approvisionner les marchés grâce à son stock de produits finis conservé à Herstal, "théoriquement jusque fin août, pratiquement un peu plus, car nous avons demandé à nos commerciaux de travailler en flux tendu. Et d'ici fin août, nous devrions relancer la production ailleurs."
"On déménagera plus tard"
Quant à un éventuel déménagement du site, il en était déjà question avant les inondations, souligne le patron : "Nous voulions déjà déménager dans 5 ans. Mais tout est une question de moment. D'un point de vue opérationnel, nous ne relancerons l'atelier que fin décembre au plus tôt. Si on veut déménager dans un bâtiment existant, il faut ajouter 6 mois. Et 6 mois de plus s'il faut construire. D'autre part, nous avons fait pivoter le projet d'entreprise vers une entreprise 'à raison d'être' qui met la planète et l'humain au centre de ses préoccupations, c'était déjà un défi. Le Covid s'est ajouté. Depuis mars, notre chiffre d'affaires montait en puissance. En juillet, il dépassait de 6 % celui de juillet 2019. Mais cela reste un défi car on ne sait pas ce que le Covid nous réserve, avec une vraie incertitude sur le niveau d'activité. J'estime que cumuler l'incertitude Covid avec le financement d'un déménagement n'est pas prudent. Et ce n'est pas prudent non plus de rester à long terme là où on est. On déménagera plus tard. Mais je ne suis pas le seul à décider, nous devons en discuter avec le conseil d'administration", conclut le patron.
