Voiture électrique : "Les batteries sont des objets complexes et cela rend leur recyclage complexe et très coûteux"
La voiture électrique pose la question de la revalorisation des batteries arrivées à bout de souffle.
- Publié le 15-01-2022 à 10h11
- Mis à jour le 04-05-2022 à 12h53

Libre Eco week-end | Le dossier
Attendu, le boum électrique automobile n'en est qu'à ses balbutiements et déjà se pose la question de la revalorisation des batteries arrivées à bout de souffle ; en moyenne, leur longévité est actuellement estimée à une dizaine d'années. C'est qu'avec la flambée du coût des matières premières, l'enjeu est désormais aussi environnemental qu'économique, les batteries étant bourrées de métaux rares dont l'approvisionnement est devenu un enjeu géopolitique majeur, notamment en Europe.
Seconde vie obligatoire
On ne s'étonnera donc pas que la Commission européenne ait jugé prioritaire la valorisation des batteries et de leurs composants dans le cadre de son vaste plan en faveur d'une économie plus circulaire et plus respectueuse de l'environnement, estimant que "toutes les batteries collectées doivent être recyclées et des niveaux élevés de valorisation doivent être atteints, notamment en ce qui concerne les matières valorisables telles que le cobalt, le lithium, le nickel et le plomb."
Cette "seconde vie" n'est pas une option, et, en Belgique comme ailleurs, les acteurs du secteur du recyclage affûtent leurs stratégies pour se positionner sur un marché qui s'annonce colossal… mais demeure, pour l'heure, coûteux. "Quand bien même on vit une pénurie de matières premières, au regard de la complexité et de la dangerosité des batteries, cela demande beaucoup de contrôle humain, c'est encore un travail très manuel qui a un coût important" , témoigne Pierre-François Bareel, CEO de Comet, une entreprise spécialisée dans la chaîne de valeur des objets en fin de vie. On parle là, principalement, des équipements électroniques, de ferraille au sens large et des véhicules hors d'usage, batteries comprises.
"Une fois qu'on a extrait ces batteries, il n'est pas rare que celles-ci sortent de nos filières à des prix négatifs" , poursuit M. Bareel. "C'est-à-dire qu'on doive payer pour qu'on s'occupe de ce déchet. Certes, on paie moins quand les métaux valent cher comme aujourd'hui mais on arrive parfois à la limite de la rentabilité. Ce sont des objets complexes et cela rend leur recyclage complexe et très coûteux." Et ce, même quand l'entreprise, comme c'est le cas de Comet, s'en tient à la mise en sécurité de la batterie (après extraction, celle-ci est renvoyée au fabricant).
À ce stade, deux voies s'ouvrent pour la batterie : un recyclage complet au terme d'un lourd processus industriel (broyage et chauffage à haute température afin de récupérer les différents métaux) ou le reconditionnement, qui pourrait bien se démocratiser dans les années à venir. D'abord parce qu'à ce jour, les acteurs industriels disposant de capacités suffisantes pour extraire efficacement les matières précieuses se comptent (en Europe) sur les doigts d'une main. Ensuite, parce que l'Union européenne entend définir "un cadre qui facilitera la réaffectation des batteries de véhicules électriques afin de leur donner une seconde vie ; par exemple, en tant que systèmes de stockage d'énergie par batterie stationnaire, ou par leur intégration dans les réseaux électriques en tant que ressources énergétiques."
"Un des enjeux du renouvelable, c'est le stockage d'énergie" , abonde Pierre-François Bareel qui défend, lui aussi, la piste du réassemblage des batteries, non sans qu'un diagnostic ait été réalisé au préalable. Un processus sur lequel planche justement Comet qui entend proposer des solutions d'automatisation pour alléger le coût de la main-d'œuvre. Tout l'enjeu étant de maîtriser le risque environnemental mais aussi le risque d'incendie , courant pour les batteries contenant notamment du lithium. Vu la croissance attendue du nombre de batteries à recycler ou revaloriser ces temps prochains, "il va y avoir beaucoup d'attention là-dessus au niveau des pouvoirs publics et fédérations" , prédit M. Bareel.
