"Il ne faut pas changer pour changer, aucun job n'est parfait"
Les travailleurs veulent plus de sens et un meilleur équilibre de vie.

- Publié le 19-02-2022 à 14h55
- Mis à jour le 19-02-2022 à 14h56

Libre Eco week-end |
Près d'un candidat à l'emploi sur deux a déjà effectué un changement de secteur dans sa carrière, selon une enquête européenne menée par Michael Page, dont la Libre a pu prendre connaissance en primeur. Ce qui les motive ? Sur les 1 529 candidats sondés par le cabinet de recrutement, 33 % cherchaient un meilleur équilibre de vie, 30 % souhaitaient travailler pour une entreprise qui a un but précis, et 30 % étaient à la recherche d'une carrière qui correspondait mieux à leurs valeurs personnelles.
"Les personnes qui décident de se reconvertir, en changeant de secteur ou de métier, sont plus nombreuses qu'avant", estime Grégory Renardy, executive director de Michael Page Belgique. "À une époque, il était plus compliqué de quitter un secteur car un travailleur était souvent lié à la connaissance qu'il avait de ce secteur." Aujourd'hui, les choses ont changé. Pour Grégory Renardy, cela s'explique par deux facteurs. Le premier est l'effet de marché : "Il y a une pénurie importante de talents. Comme il y a moins de candidats, les entreprises doivent pouvoir s'ouvrir à l'idée de recruter des personnes qui viennent d'autres secteurs que le leur. Elles doivent aussi favoriser la reconversion en interne, en formant les éléments motivés. La rétention du personnel est aussi un enjeu majeur." Autre élément : la motivation des candidats : "Les millennials et les travailleurs en fin de carrière sont à la recherche de sens et de diversité de contenu dans leur fonction."
Impact de la crise sanitaire
Le Covid a aussi eu un rôle. "On constate une prise de distance par rapport à l'employeur. Les nouveaux fonctionnements de l'entreprise ont eu un impact. Je vois des candidats quitter leur employeur car celui-ci impose le télétravail à 100 % ou au contraire n'en veut pas", note Grégory Renardy. "De nombreux travailleurs ont aussi eu le temps de réfléchir pendant les confinements."
"Autour de moi, je vois de plus en plus de personnes qui se posent des questions sur le sens de leur travail. Et de plus en plus jeunes. Avant, on avait surtout la crise de la quarantaine où l'on se remettait en question. De plus, avec la pandémie, certains aspects du travail ont été modifiés. Ceux pour qui la relation avec les collègues était importante estiment dorénavant que leur travail a perdu du sens. On a aussi eu de nombreux burn-out depuis deux ans", constate Victoria De Bauw, qui a créé il y a un peu moins d'un an l'ASBL Job&Sense. Celle-ci a pour objectif de rassembler l'information pour faciliter la transition professionnelle. Elle propose une "boîte à outils" pour faire le bilan de sa situation actuelle, mieux se connaître, s'inspirer, découvrir de nouveaux métiers, se former, construire son projet de changement… "On peut parfois redonner du sens à son travail sans opérer un virage à 180°. Simplement en se connaissant mieux soi-même et en prenant conscience de choses qui sont sous notre contrôle dans le poste qu'on occupe", estime Victoria De Bauw, qui a également organisé la première édition du Salon de la transition professionnelle en octobre dernier.
Les besoins à un moment donné
Victoria de Bauw parle de sens. "Mais la notion est très large et peut être différente selon chacun. Le sens est unique en fonction de la situation familiale, l'étape dans la vie… C'est ce dont j'ai besoin à un moment. Pour certains, c'est travailler dans une entreprise qui a une finalité sociale ; pour d'autres, c'est un environnement de travail agréable et des collègues qu'on apprécie ; pour d'autres encore cela peut être gagner plus d'argent pour pouvoir se consacrer à une passion durant ses temps libres… Il n'y a que du bénéfice à apprendre à mieux se connaître. Cela permet parfois de se rendre compte que la situation qu'on vit correspond peut-être le mieux à ce dont on a besoin à ce moment-là. Il ne faut pas changer pour changer en se disant que cela sera mieux ailleurs. On ne peut de toute façon pas tout avoir et aucun job n'est parfait. Il faut définir ses priorités et faire des choix, des sacrifices. Sinon on cherche le mouton à cinq pattes."
"Les Miches de Lola"
Économiste de formation, Laurence Siquet a travaillé dans la coopération au développement et puis dans le privé jusqu'à ce qu'elle fasse un burn-out. "
Celui-ci a été le déclencheur de ma réflexion sur un changement de métier. Je me suis posé des questions sur le sens de mon travail et sur ce qui me procurait du plaisir. Il était clair que ce n'était pas le métier que je faisais à l'époque"
, raconte la jeune femme qui choisit de devenir boulangère.
"Je suivais déjà, à côté de mon travail, une formation en boulangerie en cours du soir. Et je m'étais déjà dit que si un jour je devais changer de métier, je choisirais cette voie-là. Je voulais un métier qui avait du sens pour moi, avec un résultat immédiat et qui était manuel et physique. Toutes des choses que j'avais en fait ignorées." Pour se lancer, elle complète sa formation par un stage de six mois dans une boulangerie de Saint-Nazaire qui l'avait séduite lors d'un séjour en Bretagne. Après avoir passé un jury central pour un accès à la profession, elle ouvre son atelier en février 2020 dans sa maison à Ottignies, Les Miches de Lola. "C'est une boulangerie de quartier. Beaucoup de mes voisins achètent mon pain. C'est chouette de me dire que je les nourris", souligne Laurence Siquet. Son travail est "un plaisir quotidien" même "s'il faut se lever tôt". "J'ai des retours positifs, ce qui est toujours très agréable. Mais pendant mon burn-out, j'avais appris à me féliciter pour ce que je faisais et à ne pas attendre un compliment des autres. C'est en partie ce qui m'avait conduite au burn-out. Aujourd'hui, je fais un métier qui me rend fière." Le plus difficile pour elle : se mettre des limites. "Voilà un autre point qui a joué dans mon burn-out. Je n'arrivais pas à dire non. J'ai décidé de limiter ma production de pains. Je vends deux jours par semaine. Comme c'est un commerce en ligne, je peux plus facilement définir mon stock. C'est plus confortable pour moi et cela me permet de me préserver." Son métier lui procure un salaire suffisant "pour l'estime de soi" et pour en vivre. "Évidemment, c'est un point personnel. Tout dépend de son écosystème familial. Mais le but ici n'est pas de devenir riche."
