Les constructeurs japonais peuvent-ils rattraper leur retard face à l'ascension des voitures électriques chinoises ?
Ils ont trop longtemps misé sur les voitures thermiques, en totale perte de vitesse.

- Publié le 07-11-2024 à 08h06
- Mis à jour le 07-11-2024 à 08h08

Les constructeurs européens ne sont pas les seuls à souffrir de la concurrence des voitures électriques chinoises : leurs homologues japonais sont également confrontés à la montée en puissance des BYD et autre SAIC que ce soit en Chine ou dans le reste de l'Asie.
Les Toyota, Nissan et autre Mazda sont de longue date installés en Chine, où ils produisent des voitures dans le cadre d'accords de coentreprise avec des constructeurs locaux. Le vent a commencé à tourner voilà quelques années, déjà.
En 2022, Suzuki mettait la clé sous la porte en raison d'une forte baisse de son volume de vente. En cause : ses petits modèles n'étaient plus très prisés par des acheteurs chinois devenus plus friands de SUV. L'an dernier, c'était au tour de Mitsubishi de se retirer du marché chinois.
Les constructeurs japonais restés en Chine ont aussi vu leurs ventes de modèles thermiques s'effriter d'année en année. En 2020, une voiture sur quatre vendues dans l'Empire du Milieu était une marque japonaise, Toyota en tête.
Glissade
La glissade s'est encore poursuivie. Au premier semestre de 2024, les ventes de voitures japonaises ont encore chuté de 19,9 % supplémentaires pour passer sous la barre des 18 % de parts de marché. C'est la plus forte baisse enregistrée depuis 2012, quand les Chinois avaient boycotté les produits japonais en raison d'une passe d'armes entre les deux pays pour la propriété de deux îles. C'est dire l'importance de la claque pour des constructeurs qui ont écoulé quelque 1,71 million de véhicules thermiques au cours de ces six mois.
Les chiffres sont éloquents. Le volume de production de Honda en Chine a chuté de 60 % par rapport à l'année record de 2020, lorsque l'entreprise avait fabriqué 950 000 véhicules. La production chinoise de Nissan est elle en baisse de 62 % par rapport à son pic d'avril-septembre 2020. Le volume de Toyota a quant à lui diminué de 17 % à 734 854 unités, le chiffre le plus bas sur six mois depuis 2019.
Explosion des ventes
Là est le problème. Les constructeurs japonais ont tardé à se tourner vers une gamme électrique, alors que leurs concurrents le faisaient à marche forcée, soutenus il est vrai par des aides d'État dénoncées par l'Union européenne, qui a instauré voilà quelques jours des surtaxes pour concurrence déloyale.
Or, le marché chinois s'est totalement retourné en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Début 2020, la part de marché des voitures thermiques flirtait encore avec les 100 %. Elle est passée sous la barre des 50 % en juillet dernier, au profit des modèles électriques et hybrides rechargeables. Elle était légèrement inférieure à 32 % fin 2023…
Sur les 828 000 "véhicules à nouvelle énergie" (NEV), selon la terminologie locale, 55 % étaient des voitures électriques. Les statistiques mensuelles du constructeur BYD montrent bien l'essor des véhicules "NEV" pour particuliers : elle a été de 534 003 en octobre, contre 306 276 un an plus tôt.
Concurrence en Thaïlande
La préférence croissante des Chinois pour les véhicules électriques est considérée comme l'un des principaux facteurs de la chute des ventes de véhicules japonais. Dans les grandes villes comme Pékin et Shanghai, il est de plus en plus difficile d'obtenir des plaques d'immatriculation pour les véhicules à essence.
Des constructeurs japonais en ont tiré les conséquences. Honda a réduit sa capacité annuelle de production de véhicules à essence de 500 000 unités, contre 1,49 million auparavant. En juin, Nissan a fermé son usine de véhicules pour particuliers dans la province du Jiangsu.
La concurrence se joue en fait dans toute l'Asie, et notamment en Thaïlande, où les constructeurs chinois ont pris pied avec leur propre usine, comme BYD et MG. L'an dernier, les ventes des constructeurs japonais en Thaïlande ont chuté de 25 %, contre une baisse de 9 % pour l'ensemble du marché, même s'ils détiennent encore 75 % du marché. Toyota, Honda, Isuzu et Mitsubishi ont toutefois récemment annoncé des investissements de 4,3 milliards de dollars sur cinq ans pour convertir leurs usines thaïlandaises à la construction de véhicules électriques.
Il est temps de mettre les bouchées doubles. Nissan, Honda et Mitsubishi ont par ailleurs signé un accord en août dernier pour joindre leurs efforts afin de développer des véhicules électriques alors que les ventes globales des huit constructeurs japonais ont baissé de 6 %, et même de 7 % pour Toyota, de mars à septembre. C'est une première depuis 4 ans.
