Les coulisses nocturnes de la mission princière: "Il faut poursuivre, ça génère des contrats et beaucoup d'argent"
La mission économique princière s'est clôturée ce week-end, après six jours de visite officielle au Brésil, menée par la princesse Astrid. Mené au pas de charge, le dernier jour permet de relâcher la pression, et de libérer les paroles. Coulisses.

- Publié le 01-12-2024 à 09h23
- Mis à jour le 02-10-2025 à 09h28

"C'est quand même dingue, la Belgique n'a plus les moyens", souffle une personne présente lors du sixième et dernier jour de la mission, vendredi, à Rio. "Le ministre Jeholet est à peine reparti de la mission économique, après les beaux discours, qu'il parle de coupes budgétaires", entend-on encore. Si la mission économique princière chapeautée par la princesse Astrid au Brésil, qui s'est clôturée ce week-end, est un succès, on peut effectivement dire que les discours des coupes budgétaires à plusieurs niveaux, dont au niveau des agences régionales au commerce extérieur, étaient dans la liste des principales préoccupations, et pas qu'en Wallonie.
Passages express des ministres ?
L'autre surprise, c'est le côté "à la carte" de la présence des ministres. La ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib (MR) est repartie dès le deuxième jour de mission, le lundi 25 novembre. Précisons qu'elle devient commissaire européenne début décembre et que son agenda pour sa fin de mandat était très chargé. Mais cela en a surpris quelques-uns. Le ministre-Président Rudi Vervoort (PS) est quant à lui arrivé en cours de mission, le mardi, et le ministre wallon de l'Économie, Pierre-Yves Jeholet (MR), a quitté Sao Paulo dès le mercredi, laissant l'Awex représenter la Wallonie pour la suite à Rio de Janeiro. Finalement, seul le ministre flamand de l'Économie Matthias Diependale (N-VA) aura été présent aux côtés de la princesse Astrid du début à la fin. Mais hub.brussels, l'Awex et Flanders Investment&Trade (FIT), qui coorganisent la mission, avec un soutien logistique de l'Agence pour le commerce extérieur, ne veulent pas polémiquer. L'important, c'est que le business se développe. D'où l'importance de cette mission économique, véritable outil de soft power pour la Belgique, en parallèle des négociations autour du traité de libre-échange UE-Mercosur.
"Ah, je vois qu'on ramène les boissons fortes"
"Nous avons besoin du commerce. Il doit pouvoir se poursuivre. Nous ne mesurons pas suffisamment cet intérêt, mais les entreprises, oui", lâche Rudi Vervoort vendredi soir, peu de temps après les propos de son homologue wallon annonçant des réductions budgétaires. "Heureusement, les entreprises mesurent cet intérêt. Elles ne viennent d'ailleurs pas pour nos beaux yeux, en tout cas pas les miens, mais bien pour le commerce sur le long terme. Isabelle Grippa connaît les chiffres", glisse-t-il, en lançant un coup d'œil amical vers la directrice de hub.brussels. "Bruxelles reste le poumon… pardon, est un des poumons économiques du pays… ", s'amuse-t-il, sous le regard attentif du ministre de l'Économie flamand. "Ah, je vois qu'on ramène les boissons fortes", mime-t-il de botter en touche, alors qu'un plateau complet de caïpirinhas s'avance vers la princesse, les ministres et la directrice de l'Awex, Pascale Delcomminette.
"Ça la fout mal, électoralement, d'assumer cela…"
Mais il continue tout de même. "Plus de 60 % des richesses de Bruxelles sont générées par les exportations (majoritairement dans les pays voisins de la Belgique, NdlR). Être présent au Brésil, qui a un taux de croissance relativement important, c'est positif pour notre pays", enchaîne-t-il.
Est-ce nécessaire, ces missions ? "Bien sûr que oui. Il faut poursuivre, ça génère des contrats et beaucoup d'argent. Je ne serai peut-être pas là lors de la suivante (en Inde, au mois de mars, NdlR)… On sait que c'est compliqué à Bruxelles… Mais santé !", plaisante-t-il avant de trinquer, alors que la formation d'un gouvernement bruxellois est toujours en cours. Pendant ce temps, le ministre-Président socialiste reste en fonction, tout en sachant que son mandat touche à sa fin sans en connaître la date précise.
"Il y a encore ces fichus Français devant nous… Mais on est devant les Britanniques !"
"Personne n'ose réellement parler des avantages de la Belgique. Car politiquement, ça ne passerait pas. Par exemple, il n'y a pas de capital gain tax (taxe sur les plus-values lors de la revente d'actions, NdlR). Et ça, je n'ai pas entendu la Princesse en parler. Bon, ce n'est pas son rôle. Mais les politiques pourraient. Mais ça la fout mal, électoralement, d'assumer cela… ", nous glisse, en off, une personnalité connue de la délégation, qui préfère discuter à bâtons rompus sans être citée nommément. Les quelques verres visiblement digérés libèrent un peu la parole, mais la prudence reste de mise.
"Quand on est la 'Suisse' de la taxation de capital (la Belgique est le seul pays à ne pas taxer les plus-values sur actions, sauf exceptions, NdlR), il faut en profiter ! Mais non, on préfère rester discrets", explique cette personne. "Après, ça ne fait pas de mal aussi d'être discret, c'est ce qui fait que certaines entreprises ou pays aiment travailler avec la Belgique. On vend partout. Commercer avec la Belgique, ça ne froisse personne. C'est parfait… ", explique-t-il.
"Regardez René Branders (président de la FEB mais aussi patron de FIB Belgium), il vend ses machines, ses fours industriels, partout, sans faire de bruit. C'est ça, la Belgique ! On est 12e pays exportateur mondial, en termes de valeur exportée. Devant le Royaume-Uni ! Devant l'Inde ! C'est dingue ! Personne n'insiste là-dessus", glisse-t-il, alors qu'on jette un œil sur les statistiques en ligne sur le sujet. "Il y a encore ces fichus Français devant nous… Mais on peut être fier. Mais on est incapable de le vanter. On est trop régional pour s'en rendre compte", poursuit-il. Le commerce extérieur étant effectivement, au niveau politique, une compétence régionalisée. D'où la présence de hub.brussels, l'Awex et Flanders Investment&Trade, qui organisent la mission.
"Par contre, attirer les investisseurs en Belgique, c'est compliqué, il faut se l'avouer. Allez dire à des Brésiliens de venir investir en Belgique, alors que la main-d'œuvre est beaucoup plus chère que chez eux… Non, l'intérêt chez nous, c'est de créer une boîte, lui faire prendre de la valeur, et la revendre, grâce à l'absence de taxe sur le capital gagné. Mais ça, encore une fois, c'est difficile à assumer politiquement", lance-t-il, alors que la nuit, tombée depuis déjà de nombreuses heures, ne laisse plus qu'entendre les vagues de la plage de Copacabana et les bruits nocturnes d'une ville de plus de six millions d'habitants.
