Les banques cartonnent en Bourse : un bon signe pour l'avenir ?
Au vu de la hausse des cours, la crise de 2008 paraît bien oubliée. De là à se montrer tout à fait confiant pour l'avenir ? À voir.

- Publié le 07-08-2025 à 17h12
- Mis à jour le 07-08-2025 à 17h28
Ceux qui ont investi dans le secteur bancaire européen ces derniers mois auront été bien inspirés : l'indice Stoxx600 a gagné 46,5 % depuis le début de l'année et 68 % depuis un an. C'est l'indice sectoriel qui affiche la meilleure performance devant l'assurance et les utilities (services aux collectivités). L'action Deutsche Bank qui, il est vrai, venait de loin s'est particulièrement distinguée, gagnant jusqu'à 84 %. La progression est de 30 % pour KBC qui grappillait encore quelques pourcents ce jeudi après la publication de résultats meilleurs que prévu (lire ci-dessous).
"Le secteur bancaire reste une boîte noire qui peut réserver des mauvaises surprises"
"Situation assainie"
Les raisons de cette bonne tenue boursière sont multiples. Depuis la crise de 2008 qui aura été fatale à quelques grands noms, à commencer par Dexia ou dans une certaine mesure Fortis, "la situation a été assainie. Les fonds propres ont été renforcés et la rentabilité est de retour", explique Xavier Servais, administrateur délégué de la société de conseil en investissement Delande. Il relève aussi le recul des taux d'intérêt, qui a permis de "revaloriser les portefeuilles obligataires". La courbe des taux, qui a été pendant longtemps inversée (avec des taux courts plus élevés que des taux longs) est redevenue normale. "On revient à une rentabilité normale".
Autre élément qui pourrait jouer, selon l'analyste : le secteur bancaire est "à l'abri des tarifs douaniers" imposés par Donald Trump même s'il n'est "pas impossible" que le président des États-Unis impose certaines mesures du type exiger plus d'investissements aux États-Unis pour pouvoir utiliser le dollar.
Autre élément : le secteur financier affiche des "rendements appréciables" avec des dividendes qui augmentent. Les chiffres publiés ces derniers jours par des grands noms comme BNP Paribas ou ING le confirment. De plus, "les valorisations restent raisonnables". Le rapport cours/bénéfices est actuellement inférieur à 10 alors qu'il est de 24 pour l'indice Standard & Poor's. Et Xavier Servais de faire valoir que le secteur de l'assurance bénéficie aussi des valorisations raisonnables et peut dès lors, se présenter comme une alternative aux investisseurs qui veulent rester dans la finance mais prendre leurs bénéfices sur leurs actions bancaires.
Quant aux résultats des stress tests publiés la semaine dernière par l'ABE (Autorité bancaire européenne), ils ont de quoi rassurer sur la capacité des banques européennes à résister à une crise économique grave. Même si, comme le souligne Xavier Servais, le secteur bancaire reste une "boîte noire", qui peut réserver des mauvaises surprises. Actuellement, les provisions pour créances douteuses sont faibles, ce qui embellit les bénéfices. Mais certaines entreprises industrielles, notamment soumises aux mesures tarifaires, pourraient connaître des difficultés qui se traduiraient par des faillites. Autre risque : des turbulences sur le marché obligataire par exemple en cas de hausse des taux d'intérêt due à une perte de confiance dans la solvabilité des États ou à une remontée brutale de l'inflation sous l'effet des tarifs douaniers.
Autrement dit, le climat économique incertain qui prévaut actuellement représente un risque pour le secteur bancaire. Même s'il est mieux armé qu'il y a 20 ans.
Des résultats de KBC meilleurs que prévu
L'action KBC gagnait plus de 4 % jeudi après l'annonce de résultats meilleurs que prévu au deuxième trimestre. Le bancassureur flamand a engrangé un bénéfice net de 1,02 milliard d'euros au deuxième trimestre 2025, en hausse de 10 % sur base annuelle. Le CEO Johan Thijs a revu les prévisions à la hausse. Il s'attend à une croissance des revenus de 7 % au lieu de 5,5 % auparavant tandis que l'augmentation des coûts sera limitée à moins de 2,5 %. "La partie assurance et les filiales en Europe centrale ont particulièrement bien performé", note Xavier Servais, administrateur délégué de la société de conseil en investissement Delande.
À noter que le bancassureur a augmenté ses provisions de 40 millions à un total de 116 millions "pour incertitudes géopolitiques et macroéconomiques".
