La rentrée: la grande douloureuse après les excès de l'été ?
Après une inflation exceptionnelle en 2022, que peut-on espérer ou redouter en cette rentrée 2023 pour nos portefeuilles ?

- Publié le 04-09-2023 à 08h39

Rincés. Tondus. Épuisés. Pour certains, les vacances ne sont pas reposantes. En particulier pour les portefeuilles.
Et alors que la rentrée est amorcée, les vendeurs en tous genres qui ponctionnent votre budget vacances laissent place à d'autres professionnels du rabot. Car c'est le retour en force des dépenses et achats imprévus, des "ah oui ça coûte autant un ticket de bus ?", et c'est sans parler ici des fournitures scolaires. Si l'inflation s'était un peu calmée, les mauvaises surprises ne sont pas à exclure.
Le prix du diesel frôle encore les deux euros le litre, la guerre des télécoms n'a pas encore de répercussions positives pour les consommateurs et l'énergie reste chère, malgré de fortes diminutions par rapport à la période qui avait suivi l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Enfin, en août 2023, l'inflation s'établit donc à 4,09 %, contre 4,14 % au même mois de 2022 (année qui s'est terminée sur une hausse globale des prix de 10,3 %).
Donc tout n'est pas noir au tableau des prix. Mais comment appréhender la rentrée ? La Libre fait le point.
Guerre des télécoms : un seul perdant, le consommateur ?
Du côté des opérateurs télécoms, difficile de bousculer concrètement les trois plus gros acteurs du marché belge que sont Proximus, Telenet et Orange, même si les initiatives se multiplient , comme l'arrivée cet été de l'opérateur mobile virtuel (qui ne possède pas ses infrastructures réseaux) Undo ou l'élargissement de l'offre Youfone (qui propose désormais une offre pour l'Internet fixe). Même Orange, qui souhaite éjecter Proximus de sa position de leader, avait annoncé un doublement de son offre de data pour ses abonnements "Hey !", sa marque low cost. Mais cela après, rappelons-le, une hausse des prix en janvier.
Les grands opérateurs rechignent donc à baisser leurs tarifs. Confrontés à des investissements importants (déploiement de la fibre, de la 5G, l'inflation, etc.) et des actionnaires réticents, ils maintiennent leur politique tant que possible. "On constate des changements au niveau prix chez les petits opérateurs, mais les grands opérateurs comme Proximus et Telenet ne s'inquiètent pas beaucoup de ça. Juste avant l'été, Proximus et Telenet ont augmenté leurs prix de nouveau", commente à ce propos Julie Frère, porte-parole de Testachats. Notons d'ailleurs que Proximus a procédé à deux augmentations de prix en 2023.
Si le prix d'une connexion fixe seule reste autour de 27 euros en moyenne en Belgique, les packs TV + fixe + mobile avoisinent 80 euros et on constate des hausses entre 4 et 12 % selon les opérateurs par rapport à la même période l'année dernière. Une leçon donc : comparez ! Faites jouer la concurrence, avant de voir débarquer le "4e opérateur" tant attendu, Digi Belgium, mais ce ne sera pas avant 2024.
Alimentaire : "Le gouvernement n'a pas pris la mesure de la crise"
En juillet dernier, et se basant sur un panier de 3 000 produits dans 7 chaînes de supermarchés, l'organisation de défense des consommateurs Testachats estimait que les dépenses en supermarché pour un couple sans enfants s'élevaient à 531 euros par mois. Toute petite éclaircie : dans un rapport publié ce mercredi par l'Office national de statistique, l'inflation des produits alimentaires a diminué de 0,50 % en août par rapport à juillet.
Mais si l'on compare, toujours sur base de ce panier de Testachats, les prix de juillet 2023 (les derniers disponibles) avec ceux de septembre de l'an dernier, on constate des hausses de prix toujours très sensibles: + 13,41 % pour le panier en question. Plus en détail, les hausses sont parfois vertigineuses : + 29,6 % pour les légumes, + 20 % pour les lasagnes, + 19 % pour le pain, + 18 % pour les produits surgelés, + 13 % pour les fruits, + 11 % pour les produits de soin, + 10 % pour la charcuterie ou encore + 6 % pour la viande.
Bref, en l'espace d'un an, les prix ont pris sacrément de la hauteur. Et votre budget va s'en ressentir. "Dès le mois de mars, notre baromètre démontrait que l'inflation alimentaire dépassait les 20 %. Notre sentiment, c'est que le gouvernement n'a pas pris la mesure de cette crise. L'envolée des prix a changé les habitudes alimentaires d'une majorité des Belges qui ont opté pour des produits de moindre qualité. Outre l'impact sur le portefeuille, cela a aussi un impact sur la santé des consommateurs", explique Julie Frère, porte-parole de Testachats.
Le tarif de l'eau va encore augmenter à Bruxelles
L'année 2023 a marqué un tournant pour le prix de l'eau à Bruxelles en raison d'une hausse de 14,5 % au 1er janvier "correspondant à l'inflation observée en 2022 et prévue pour 2023", explique Saar Vanderplaetsen, responsable de la communication chez Vivaqua. Le régulateur bruxellois, Brugel, a également approuvé une augmentation de 4,1 % en 2024 et de 2 % en 2025 comme en 2026.
"Il n'y aura donc plus d'autre indexation/augmentation durant la période tarifaire en cours", poursuit-elle. En 2026, le tarif domestique (ménages) sera ainsi de 4,5175€/m³ HTVA. À l'heure actuelle, l'eau à Bruxelles reste la moins chère du pays. Ainsi par exemple, pour une famille de 2 personnes (avec une consommation moyenne de 35 m³ par personne et par an), la facture annuelle 2023 est de 343 euros à Bruxelles et de 398 euros en Wallonie (tarifs de l'intercommunale wallonne SWDE qui couvre 2,5 millions d'habitants) et de 428 euros en Flandre (moyenne pondérée).
Pour les clients de la SWDE, les prix avaient augmenté de 6 % au 1er janvier 2023 par rapport au tarif précédent qui, lui, avait été inchangé depuis 2014. "Il n'y a pas d'augmentation prévue à l'heure actuelle. La prochaine analyse de la trajectoire financière se fera en juin prochain", explique le porte-parole, Benoît Moulin. Et d'expliquer que "s'il y a une augmentation des prix, elle ne va jamais dépasser celle de l'inflation".
La rentrée énergétique sera moins salée qu'en 2022
Au niveau des prix à la pompe, les constats sont partagés. Ainsi, le prix maximum du Diesel s'est établi à 1,9270 euro ce vendredi, un niveau en deçà du prix maximum moyen de septembre 2022 (1,9961 euro).
Constat différent pour l'essence 95, dont le litre coûte actuellement 1,8850 euro maximum, contre 1,7235 euro il y a un an (moyenne du prix maximum de septembre 2022).
Au niveau du mazout 50S, une commande de 1 000 litres coûte actuellement un maximum de 1 044 euros, contre un maximum de 1 250 euros, en moyenne, en septembre 2022.
Le gaz et l'électricité en chute libre
Au niveau des factures de gaz et d'électricité, les différences sont gigantesques. C'est en effet en août 2022 que le prix du gaz avait atteint un niveau stratosphérique sur les marchés, après la fermeture des vannes russes.
Dans la foulée, les principaux indices servant à indexer les contrats de gaz et d'électricité avaient flambé. Ainsi, en septembre 2022, l'indice Endex 101, servant de base à l'indexation de nombreux contrats d'électricité, était monté à 471 euros par MWh, contre 84 euros par MWh en août 2023.
L'indice ZTP 101, qui sert de base à l'indexation de nombreux contrats de gaz, était monté à 202 euros par MWh en septembre 2022, contre 29 euros par MWh aujourd'hui. Une sacrée différence…
Après leur envol, les prix des billets d'avion devraient se stabiliser
Voyager par les airs devient de plus en plus cher depuis la Belgique. Par rapport à juillet 2022, les prix des billets d'avion ont ainsi augmenté de 18 %, si l'on se réfère à l'indice des prix à la consommation de Statbel, l'office belge de statistique. Les prix des tickets se sont même envolés de 44 % entre juin et juillet 2023. Cette dernière flambée n'étant toutefois pas si exceptionnelle : les compagnies aériennes gonflent chaque année leurs prix lors des deux mois de vacances scolaires estivales. Voyager dans notre pays revient aussi plus cher, avec des hausses qu'on retrouve dans les tarifs des chambres d'hôtel (+13,5 %) ou le prix des vacances organisées (+12,5 %).
Qu'en sera-t-il à l'avenir ? Tout porte à croire que la hausse des prix des billets d'avion devrait être moins spectaculaire dans les prochains mois. Frappée par une forte inflation comme tous les autres secteurs, l'industrie aérienne a, en outre, fait face à un effet de rattrapage post-Covid très marqué. La demande des passagers, en manque de voyages suite aux restrictions sanitaires, a ainsi été supérieure cette dernière année à l'offre des compagnies aériennes. Ce qui a permis à ces dernières de monter leurs prix en flèche. Ce déséquilibre devrait s'atténuer prochainement : plusieurs spécialistes remarquent ainsi déjà une stabilisation tarifaire, voir une légère baisse des prix des billets d'avion sur certaines destinations.
Téléphones et matériaux de construction : ces coûts qui baissent
Outre l'électricité, le gaz et le carburant (voir en page 2), deux produits sont moins chers que lors de la rentrée 2022, selon les statistiques de Statbel. Il s'agit des téléphones mobiles et du matériel audiovisuel. Dans cette dernière catégorie, le "matériel vidéo" a même enregistré une baisse spectaculaire de 14 % de ses prix par rapport à l'année dernière.
Notons aussi que certains produits, comme les habits, les chaussures, les linges de lit, les petits appareils ménagers, les médicaments ou les meubles de jardin ont vu leurs tarifs assez faiblement augmenter depuis juillet 2022. Les frais de services dentaires sont, eux, restés identiques.
D'autres produits semblent aussi entamer une chute de leurs prix ces dernières semaines, comme les boissons alcoolisées dont le tarif est en baisse de près de 2 % par rapport à juin 2023. Si l'on prend l'évolution sur l'année, vins, spiritueux et bières restent toutefois près de 7 % plus chers que lors de la rentrée 2022.
Beaucoup d'incertitudes
Autre constat : les fortes hausses des prix des matériaux de construction ne sont plus d'actualité et certains coûts ont même tendance à baisser, a expliqué récemment la fédération de la construction Embuild.
Les prix restent toutefois 35 % plus importants qu'en mars 2020, avant le début de la pandémie de coronavirus.
Selon l'analyse de la fédération, les hausses de prix se stabilisent pour de nombreux matériaux de construction (brique, ciment, béton) tandis que d'autres ont tendance à diminuer, notamment les produits de plastique (-7,2 % le mois dernier), l'acier (-3 %) et les métaux non ferreux comme le cuivre, l'aluminium et le zinc (-2,7 %). Ces baisses de prix s'expliquent par la diminution des coûts de transport et de logistique, l'affaiblissement du dollar et la baisse de la demande en Chine, explique Embuild. "Pourtant, construire et rénover ne sera pas forcément moins coûteux", prévient Niko Demeester, CEO d'Embuild. "L'augmentation du coût salarial y est pour beaucoup, mais aussi l'augmentation des prix des terrains à bâtir et l'accent mis sur l'efficacité énergétique."
La fédération n'est par ailleurs pas en mesure de prédire si la baisse de certains prix se poursuivra dans les prochains mois. La tendance reste difficile à prévoir et une nouvelle hausse des prix de l'énergie ou un autre événement important peuvent avoir un impact direct sur les matériaux de construction.
