Comment diminuer le coût d'utilisation d'une pompe à chaleur ?
Clément Hannequart, cofondateur de Reno.energy, donne quelques pistes pour réduire le coût de l'électricité alimentant sa pompe à chaleur.
- Publié le 10-06-2025 à 10h28

La pompe à chaleur est un système de chauffage nettement plus écologique que la chaudière au mazout ou au gaz. Néanmoins, le déploiement de cette technologie bas carbone est relativement lent en Belgique.
L'un des freins à son adoption est le fait que l'électricité est aujourd'hui environ quatre fois plus chère que le gaz ou le mazout. Si la pompe à chaleur consomme environ quatre fois moins d'énergie qu'une chaudière fossile, cet avantage est donc annihilé par le coût plus élevé de l'électricité. Sans compter le fait qu'une pompe à chaleur coûte 5000 à 8000 euros plus cher qu'une chaudière au mazout et au gaz.
Une solution pour rendre la pompe à chaleur plus compétitive serait donc de réduire le coût de l'électricité. Mais comment faire ? Tentative de réponse avec Clément Hannequart, cofondateur de Reno. energy, une entreprise liégeoise active dans la transition énergétique.
Tirer profit des tarifs dynamiques
Dès le 1er janvier 2026, il sera possible d'opter pour des tarifs incitatifs de distribution d'électricité en Wallonie. Ces tarifs pèsent sur environ 25 % de la facture globale d'électricité. Or, via cette formule incitative, les frais de distribution seront cinq fois moins chers, à certains moments de la journée. À Bruxelles, de tels tarifs incitatifs sont à l'étude.
Le principe de base est que la pompe à chaleur chauffe l'eau du ballon tampon quand les prix de l'électricité sont bas
En outre, les fournisseurs ont commencé à proposer des tarifs dynamiques d'électricité, en Wallonie et à Bruxelles. En Flandre, ils sont déjà disponibles depuis un certain temps. Via ces tarifs dynamiques, l'électricité est aussi beaucoup moins chère, à certains moments de la journée.
Selon Clément Hannequart, il est possible de tirer profit des tarifs dynamiques et des frais de distribution incitatifs (en Wallonie), pour réduire le coût de l'électricité alimentant sa pompe à chaleur. Une autre solution est d'investir dans une installation photovoltaïque, couplée à une batterie domestique. Les calculs ci-dessous se basent sur une consommation d'électricité de 7 000 KWh (3 500 KWh pour le chauffage et 3 500 KWh pour le reste).
Première solution : le ballon tampon
"Une solution est de coupler un ballon d'eau tampon à sa pompe à chaleur, explique Clément Hannequart. Le principe de base est que la pompe à chaleur chauffe l'eau du ballon tampon quand les prix de l'électricité sont bas. La chaleur, stockée sous forme d'eau chaude, est utilisée progressivement en fonction des besoins de chauffage de l'habitation".
Selon cet expert, cette solution peut faire baisser le prix de l'électricité. À condition d'opter pour un contrat d'électricité dynamique et de choisir des tarifs de distribution incitatifs. Il faut aussi piloter sa pompe à chaleur, afin qu'elle fonctionne quand les prix de l'électricité sont bas.
"Grâce au ballon tampon, la pompe à chaleur devient plus compétitive, poursuit l'expert. Pour une maison bien isolée, les économies de chauffage sont de l'ordre de 400 euros par an, par rapport à la chaudière au gaz." Avec la chute du prix du pétrole, le gain est minime, par rapport à la chaudière au mazout. Mais, lorsque le prix du mazout est de 1 euro par litre, l'économie annuelle est de l'ordre de 500 euros.
Mais combien ça coûte ? Selon le cofondateur de Reno. energy, le prix d'une telle pompe à chaleur est d'environ 15000 euros (dont 3000 euros pour le ballon tampon), contre 9000 euros pour une chaudière au mazout et 5000 euros pour celle au gaz. Comptez donc 12 à 25 ans pour rentabiliser le surcoût de l'investissement initial. Voire bien davantage si le mazout devait se maintenir au prix bas actuel. Après ce laps de temps, l'investissement commence donc à rapporter de l'argent.
"Pour favoriser la transition énergétique, les prix du gaz et du mazout vont augmenter par rapport à l'électricité", ajoute Clément Hannequart. Les gains précités pourraient donc s'accroître dans les années à venir. Rappelons qu'une taxe carbone européenne va entrer en vigueur en 2027. L'électricité sera immunisée, tandis que le mazout et le gaz seront davantage taxés.
Deuxième solution : le combo batterie + panneaux
"Aujourd'hui, il est possible d'avoir une installation photovoltaïque et une batterie domestique pour 12000 euros, déclare Clément Hannequart. En amortissant cet investissement sur vingt ans, le coût de production de l'électricité autoconsommée n'est que de 0,1 euro par KWh."
Notons que la pompe à chaleur (sans ballon tampon) ne pourra fonctionner qu'environ 30 % du temps avec l'électricité des panneaux ou venant de la batterie. Elle ne fait donc économiser que 300 euros par an sur sa facture de chauffage.
Mais la production photovoltaïque permet également de faire des économies d'environ 600 euros par an sur sa facture d'électricité (pour les autres usages que le chauffage). L'un dans l'autre, le gain est annuel donc de 900 euros.
Pour quel coût ? Environ 12000 euros pour la pompe à chaleur (sans ballon tampon), et 12000 euros pour le combo batterie + panneaux photovoltaïques.
Avec cette solution, il n'est pas nécessaire d'opter pour un tarif d'électricité dynamique et un tarif de distribution incitatif.
Troisième solution : la totale
C'est la solution qui offrirait la plus grande autonomie énergétique et le plus faible coût d'utilisation. Selon Clément Hannequart, il s'agit d'investir dans une pompe à chaleur avec ballon tampon (15000 euros), ainsi que dans une batterie domestique (6000 euros) et des panneaux photovoltaïques (6000 euros). Moyennant cet investissement total de 27000 euros, il serait possible de faire des économies annuelles de 700 euros sur sa facture de chauffage et de 800 euros sur sa facture d'électricité. De quoi justifier le surcoût initial ?
Selon Clément Hannequart, sur 25 ans, il est possible de faire des économies substantielles, par rapport à la situation où on se chauffe au gaz et où la totalité de la consommation d'électricité est prélevée sur le réseau.
"En finançant cet investissement via un emprunt de 25 ans, on ne débourse rien de plus par mois, précise-t-il. Cette solution a aussi l'avantage de rendre votre maison quasiment indépendante des fluctuations des marchés puisqu'elle bénéficie d'une autonomie énergétique de 66%". Sans oublier les économies énormes au niveau des émissions de CO2…
