Faut-il continuer à miser sur les "7 Magnifiques" ?
La bulle technologique et de l'intelligence artificielle (IA) ne risque-t-elle pas d'exploser, comme l'a fait la bulle Internet en 2007 ?

- Publié le 22-12-2024 à 10h33
- Mis à jour le 24-02-2025 à 17h03

Question à 1 milliard de dollars : les Magnificent Seven (Alphabet/Google, Amazon, Meta/Facebook, Apple, Microsoft, Tesla et Nvidia), ces actions américaines qui ont porté le Nasdaq au sommet en 2025, ne sont-elles pas devenues trop chères, ayant atteint des valorisations qui seraient excessives – autour de 60 fois les bénéfices en ce qui concerne Nvidia ?
La bulle technologique et de l'intelligence artificielle (IA) ne risque-t-elle pas d'exploser, comme l'a fait la bulle Internet en 2007 ? "Cette question est au cœur de nos réflexions, évidemment, dit Jérôme van der Bruggen, Chief Investment Officer Private Banking chez Degroof Petercam. Mais ce sont des entreprises qui font grimper leurs bénéfices à des niveaux sans comparaison". "Prenez Nvidia, par exemple, qui, de trimestre en trimestre, bat les attentes de bénéfices. Si on prend en compte l'évolution attendue de ses bénéfices dans les 12 prochains mois, sa valeur représente actuellement plus ou moins 30 fois ses bénéfices", renchérit Nicolas Heusicom, Client Investment Specialist chez Puilaetco/Quintet Private Bank.

Un coup de barre ? Quelques jours et cela redémarre…
Et si un accident arrive, avec des résultats en dessous des attentes ? "On constate déjà une certaine volatilité sur les Magnificent Seven, répond Nicolas Heusicom. Il n'est pas rare de voir des corrections de 6-7 % à la suite de résultats pour des sociétés comme Microsoft ou Alphabet notamment. Mais ces sociétés ont tendance, assez vite, à rattraper ce qu'elles ont perdu, tout simplement parce qu'elles ont des croissances de bénéfices à deux chiffres, qu'elles sont résilientes et parce que les thématiques qu'elles portent, dont l'IA, vont durer pendant des décennies. Pour nous, cela reste des actions incontournables à avoir en portefeuille, même si on voit aussi que depuis deux trimestres, l'amplitude de la surprise des analystes par rapport aux résultats publiés est un peu moins forte qu'auparavant".
Les titres des Magnificent Seven ont tendance, assez vite, à rattraper ce qu'ils ont perdu précédemment. Pour nous, cela reste des actions incontournables à avoir en portefeuille."
Et pour l'avenir, faut-il encore augmenter la part de ces actions "magnifiques" dans les portefeuilles ? "Nous pensons qu'il faut les garder en portefeuille mais ce n'est pas dans ces entreprises que nous allons davantage investir car une grande partie de la hausse a déjà été anticipée, répond Jérôme van der Bruggen. Nous cherchons davantage des valeurs de la prochaine vague de l'IA, les entreprises qui vont réussir à implémenter des outils d'IA de manière efficace et à améliorer leur productivité".
Un point de vue qui semble partagé du côté de Puilaetco : "Pour 2025, nous avons augmenté notre exposition aux États-Unis via un indice équipondéré sur le S&P 500 (qui assigne le même poids à chaque action de l'indice) et donc réduit la dominance des 'méga-capitalisations américaines' et la concentration dans le secteur technologique", souligne Nicolas Heusicom.
Hors des technologies, quels sont secteurs à suivre ?
La part des actions est donc largement majoritaire dans les portefeuilles actuels. Mais, à côté des actions technologiques, dans quelle direction regarder pour trouver celles qui ont le meilleur potentiel ? Principalement, manifestement, vers les secteurs qui vont réussir à intégrer le plus efficacement les outils d'IA.
Et parmi eux, il y a le secteur médical, souligne Nicolas Heusicom. "On parle, par exemple, de tout ce qui est lié aux diagnostics médicaux, dans lesquels on utilise de plus en plus d'intelligence artificielle. Les chaînes d'approvisionnement efficaces, qui réutilisent les ressources et réduisent les déchets dans une "économie circulaire", et les infrastructures telles que les centres de données et les réseaux électriques de nouvelle génération sont des autres domaines dans lesquels l'IA sera probablement le moteur de l'innovation D'autres secteurs, comme l'industrie ou les sociétés financières, peuvent également tirer leur épingle du jeu et profiter des promesses de dérégulation formulées par Donald Trump pendant la campagne électorale", estime le gestionnaire de chez Puilaetco, ajoutant : "Investir aux États-Unis dans ce genre de secteurs pourrait être intéressant en 2025, cela permettrait de voir un peu plus large que les Sept Magnifiques dans un environnement où la croissance est quand même supérieure à la normale. Une répartition de la performance plus large est en soi un signe de force pour l'économie."
Réindustrialisation de Donald Trump
Jérôme van der Bruggen (Degroof Petercam) est relativement d'accord avec son collègue de Puilaetco. Notamment pour les technologies médicales qui possèdent une belle marge d'amélioration. "Un certain nombre de technologies vont permettre de stocker et transmettre énormément de données venant du corps et fournir des solutions de traitement ou d'amélioration de la qualité de vie, pour les diabétiques ou les enfants confrontés à des soins d'orthodontie, par exemple."
Dans les secteurs de l'électrification et des infrastructures, aussi, les outils d'IA peuvent être efficaces, "notamment pour gérer les réseaux électriques et les réseaux télécoms", signale le responsable de Degroof Petercam. "Et puis, il y a tout le secteur, toujours aux États-Unis, des petites et moyennes capitalisations, des entreprises plus locales, qui pourraient aussi bénéficier de l'agenda de réindustrialisation de Donald Trump. Elles n'ont pas du tout progressé de la même manière que les grandes capitalisations et il y a sans doute là de belles et prometteuses valeurs."
Des sociétés européennes très internationales
Enfin, les deux stratégistes en investissement n'oublient pas l'Europe, même si Puilaetco, par exemple, a récemment réduit son exposition sur cette région. "Mais il y a quand même de nombreuses valeurs européennes qui réalisent la très grande partie de leur chiffre d'affaires à l'international, rappelle Nicolas Heusicom. Leurs fondamentaux sont bons sur le long terme et ne dépendent pas de la situation en Europe mais elles sont pénalisées actuellement par le sentiment qui n'est pas bon sur les valeurs européennes d'un point de vue politique et à cause des tensions commerciales".