Guerre entre Trump et la Fed : "Si on ne s'inquiète pas maintenant, on ne s'inquiétera jamais..."
La volonté de Donald Trump de limoger Lisa Cook est une première brèche dans l'indépendance de la Réserve fédérale américaine.

- Publié le 26-08-2025 à 13h28
- Mis à jour le 26-08-2025 à 15h28

Le spectre d'une crise institutionnelle majeure et un coup sérieux porté à l'indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed). Tel était le sentiment mardi matin sur les marchés boursiers de la planète qui accusaient le coup après l'annonce du limogeage "immédiat" par Donald Trump de l'une des gouverneures, en l'occurrence Lisa Cook. Ces derniers jours, le président américain avait annoncé, à plusieurs reprises, son intention de démettre Lisa Cook, nommée en 2022 par le président démocrate Joe Biden et ancienne collaboratrice de Barack Obama. Pour justifier sa décision, Trump a mis en avant des soupçons de fraude pour un prêt immobilier personnel.
Première femme afro-américaine à un poste de gouverneure de la Fed, Lisa Cook a immédiatement contesté la légalité de cette décision et a assuré qu'elle resterait en poste. "Le président Trump a invoqué un 'motif valable' pour me renvoyer, quand il n'y en a pas au regard de la loi, et il n'a pas le pouvoir de le faire", a dénoncé Lisa Cook, dans un communiqué envoyé par son avocat à plusieurs médias américains. "Je ne démissionnerai pas. Je continuerai à exercer mes fonctions pour aider l'économie américaine comme je le fais depuis 2022", a-t-elle assuré.
Guerre larvée avec la Fed
La décision de limoger Lisa Cook s'inscrit dans un contexte de guerre larvée entre Trump et la Fed. Depuis son retour au pouvoir, le locataire de la Maison Blanche n'a cessé de s'en prendre à la politique monétaire de l'institution et en première ligne à son président Jerome Powell. En cause, une politique monétaire jugée beaucoup trop passive. Trump reproche en effet à Jerome Powell de ne pas avoir déjà enclenché un cycle de baisse des taux aux États-Unis, ce qui permettrait de redonner du souffle à l'économie américaine. Ces derniers mois, le patron de la Fed avait mis en avant les "incertitudes", notamment liées à l'instauration des droits de douane par Trump, pour justifier la prudence de son institution. Mais en fin de semaine dernière, le banquier central avait cependant ouvert la voie à ce mouvement de taux, probablement dès septembre.
"Sa décision est idéologique. Tout comme l'était celle de mettre en place des droits de douane."
Si Trump a déjà agité la menace de limoger Jerome Powell lui-même, dont le mandat se termine en mai 2026, il n'a jusqu'à présent pas (encore ?) franchi ce cap. Mais en s'en prenant à Lisa Cook, il envoie un signal clair sur sa volonté de mettre sous tutelle une institution qui est au cœur du système financier mondial. "Il n'y a pas d'autre explication possible à la décision de Trump que celle d'y voir une volonté d'essayer de prendre la main sur Fed et de contrôler sa politique monétaire", nous explique l'économiste Geert Noels (Econopolis). Et d'ajouter : "Sa décision est idéologique. Tout comme l'était celle de mettre en place des droits de douane. Tout cela s'inscrit dans le cadre des accords de Mar-a-Lago qui visent non seulement à avoir un dollar faible mais aussi à avoir un droit de confiscation sur les bons du trésor US détenus par des investisseurs étrangers".
Pour Geert Noels, la stratégie de Trump prend forme au niveau de la Fed avec la nomination, le mois dernier, de l'un de ses proches Stephen Miran (ex-conseiller économique de Trump) au collège des gouverneurs puis maintenant par la tentative de limogeage de Lisa Cook. "Ce n'est pas de la folie. Encore une fois, Trump a un agenda, une stratégie. Lisa Cook n'est pas qu'un simple pion dans un jeu d'échecs. Tous les signes démontrent que Trump exécute une idéologie. La prochaine étape pourrait être le remplacement de Jerome Powell lui-même par une marionnette de cette idéologie. Si on ne s'inquiète pas maintenant de la tournure des événements, on ne s'inquiétera jamais…", ajoute encore notre interlocuteur.
"Powell est pourtant un banquier central exemplaire qui a connu un parcours presque parfait."
Pour l'économiste, Jerome Powell, nommé pendant le premier mandat de Trump et prolongé par Biden, fait pourtant un très bon travail à la tête de la Fed. "En disant que Powell est toujours en retard sur le front de la baisse des taux, Trump veut nuire à son image et à son professionnalisme. Powell est pourtant un banquier central exemplaire qui a connu un parcours presque parfait dans une période marquée par de grands défis et cela sans chercher la lumière, comme cela a été le cas par exemple avec Alan Greenspan (NdlR : l'un de ses prédécesseurs)", ajoute Geert Noels.
Quelles pourraient être les conséquences sur les marchés financiers de cette volonté de Trump de mettre au pas la Fed ? "Cela va nuire à l'image de la Fed et à son indépendance. L'idéologie de Donald Trump peut déstabiliser les piliers sur lesquels le système financier américain repose. En mettant en cause le rôle du dollar comme monnaie de réserve et le statut des bons du trésor détenus par des investisseurs internationaux, c'est la confiance et la stabilité du système financier international qui est minée", conclut Geert Noels.