Avec ses droits de douane, Donald Trump ébranle de nombreux pays africains
Le "dealmaker" Donald Trump avait laissé planer la menace de surtaxes plus importantes que celles qu'il a généralement infligées. Mais le réveil est quand même pénible pour de nombreux pays africains.

- Publié le 05-08-2025 à 06h44
- Mis à jour le 05-08-2025 à 06h47

C'est une évidence encore plus… évidente sous la présidence de Donald Trump. Le continent africain ne pèse pas bien lourd dans les échanges économiques avec les États-Unis. Il ne compte que pour 1,6 % des importations américaines, mais représente tout de même 6 % des exportations africaines.
Au début du mois d'avril dernier, avant d'ouvrir la porte aux négociations bilatérales, le président Trump avait fait trembler de nombreux États du continent en promettant des hausses des droits de douane, qui pouvaient atteindre 50 %, comme dans le cas du Lesotho.
Finalement, dans la plupart des cas, les hausses se révèlent moins violentes qu'annoncé, mais les dégâts sont parfois déjà perceptibles. Certains pays, comme l'Afrique du Sud, ont déjà juré qu'on ne les y reprendrait plus et claironnent à qui veut les entendre qu'ils travaillent d'arrache-pied pour trouver de nouveaux débouchés pour leurs exportations, afin de ne plus dépendre des éventuels coups de colère ou des sautes d'humeur imprévisibles du président américain.
De manière générale, si les hausses des droits de douane sont moins violentes qu'annoncé, leur impact sur certains secteurs, comme l'agriculture ou l'industrie automobile, est jugé très dangereux pour plusieurs pays.
La fin de l'Agoa
Avec sa politique centrée sur les droits de douane, le président Trump est parvenu à enterrer définitivement un accord vieux d'un quart de siècle et signé sous la présidence du démocrate Bill Clinton : l'Agoa (l'African Growth and Opportunity Act). Cet accord prévoyait des préférences tarifaires (accès au marché américain sans droits de douane) aux pays africains pour autant qu'ils remplissent certaines conditions, notamment en matière de respect des droits de l'homme, de normes du travail et d'État de droit.
Une initiative louable qui dépendait du bon vouloir du pouvoir américain et qui se heurtait totalement à la volonté de Donald Trump de redistribuer les cartes et de se lancer dans une nouvelle diplomatie économique basée sur la loi du plus fort.
Pressions politiques
Dans ce contexte, c'est l'Afrique du Sud qui est la principale victime de cette pratique, avec une hausse des droits de douane de 30 %. Les États-Unis sont leur deuxième partenaire économique. Selon la Banque centrale sud-africaine, 100 000 emplois sont menacés, en particulier dans l'agriculture et l'industrie automobile. L'exportation des minerais, le business le plus important entre les deux pays, n'est pas concernée par cette hausse.
S'il jure chercher de nouveaux marchés, le président sud-africain Cyril Ramaphosa n'exclut pas de parvenir à trouver un accord commercial avec Washington. Mais l'annonce de Donald Trump marque l'échec des négociations en cours et affaiblit le chef de l'État, par ailleurs président d'un African National Congress, le parti de Nelson Mandela, déjà au plus bas lors des dernières législatives.
Le parti, qui avait géré seul les destinées du pays depuis la fin de l'apartheid, a été contraint de partager le pouvoir avec l'Alliance démocratique (DA). Un partenaire politique avec lequel les relations sont souvent conflictuelles et qui n'a pas hésité à pointer la responsabilité personnelle de Cyril Ramaphosa dans l'échec des négociations avec Washington, pointant notamment les négligences des négociateurs sud-africains étiquetés ANC.
Règlement de compte
Pour de nombreux observateurs des relations entre les deux États, il ne fait guère de doute qu'avec cette hausse de 30 %, l'administration Trump cherche à punir l'Afrique du Sud pour des politiques peu au goût des nouveaux tenants du pouvoir à Washington, comme la procédure en justice contre Israël, les politiques de discrimination positive ou les prétendues chasses aux fermiers blancs. Un véritable règlement de comptes qui ne pouvait se satisfaire d'aucune négociation. La marge de manœuvre du pouvoir sud-africain semblait nulle dans ce dossier.
L'Algérie et la Libye sont aussi confrontées à des taux de 30 % mais dans une enveloppe d'échanges bien moindre que l'Afrique du Sud. La Tunisie les suit avec une hausse de 25 %.
La surprise congolaise
Une quinzaine de pays figurent sur la liste de Donald Trump, taxés à 15 %. Parmi eux figurent l'Angola, le Cameroun, l'Ouganda ou la République démocratique du Congo. Pour cette dernière, les droits de douane passent de 11 % en avril dernier à 15 %, alors que Washington est en pleine négociation pour intensifier les investissements américains dans le secteur minier congolais à travers des pourparlers de paix entre le Rwanda et la RDC. Une décision difficilement lisible à l'égard de Kinshasa. Une de plus...