David Sacks, le "tsar des cryptomonnaies" de Donald Trump, un vieux compagnon de route d'Elon Musk, aux nombreux intérêts
L'investisseur de capital-risque, qui sera également en charge de veiller à la liberté d'expression, est un tenant du dégraissage de l'État fédéral et un opposant affiché aux Démocrates.

- Publié le 26-12-2024 à 07h58
- Mis à jour le 27-12-2024 à 11h59

Le 6 décembre, Donald Trump a annoncé la nomination de David O. Sacks, 52 ans, au poste inédit de conseiller en intelligence artificielle (IA) et cryptomonnaies. L'intéressé œuvrera afin que la cryptomonnaie "puisse prospérer aux États-Unis", a précisé le Président élu. David Sacks sera aussi en charge de "nous éloigner des préjugés et de la censure des grandes entreprises technologiques". Mission ironique quand on sait que David Sacks est non seulement le produit mais, aussi, l'un des architectes de cette Big Tech. Derrière l'entrepreneur qui ne répondrait qu'aux lois du marché ou aux désirs innés des consommateurs se cache un redoutable idéologue de la droite radicale américaine.
Le poste qui lui est dévolu est taillé sur mesure pour ce milliardaire qui a fait fortune grâce à la société de paiements en ligne PayPal, tout comme Elon Musk et Peter Thiel. Le statut de "tsar" ou d'"employé spécial" du gouvernement le dispensera de toute obligation de transparence et de divulgation financière. Cela lui permettra – comme Elon Musk – de continuer à diriger ses affaires, tout en prenant des décisions qui pourraient bénéficier à ses entreprises ou gêner ses concurrents. David Sacks est l'homme qui murmure à l'oreille d'Elon Musk, dit-on. Le premier aurait suggéré au second le rachat de Twitter, selon le journaliste Walter Isaacson (Elon Musk, Fayard, 2023). On le sait : Elon Musk a fait du réseau social, rebaptisé X, une formidable caisse de résonance pour ses affaires et la campagne électorale de Donald Trump.
Polémiste avec Thiel
Né à Cape Town, en Afrique du Sud, en 1972, élevé au Tennessee, David Sacks est, d'abord, un vieux compagnon de route de Peter Thiel, rencontré à l'université Stanford. Les deux étudiants en droit ont en commun un rejet de ce qu'ils considèrent comme le politiquement correct, ciblé dans la Stanford Review créée par Thiel. Après avoir obtenu leur diplôme, Sacks et Thiel signent en 1995 le pamphlet The Diversity Myth (Le mythe de la diversité) où ils s'en prennent à ce que Sacks appelait encore, en 2021, "la tyrannie du progressisme branché".
Leur thèse est développée, à nouveau, en 1996 dans un article où ils affirment que la politique de discrimination positive aux États-Unis, et au sein de Stanford, aurait accru au contraire les inégalités. Les deux jeunes polémistes décrochent, un temps, une tribune périodique dans le Wall Street Journal, où ils dénoncent la culture "anti-occidentale" qui sévirait sur les campus. Dans une lettre au quotidien, le président de Stanford, Gerhard Casper, et la doyenne, Condoleezza Rice (conseillère à la sécurité nationale puis secrétaire d'État de George W. Bush) fustigent leur "démagogie". Le duo dénonce, aussi, dès ces années-là, sous la présidence de Bill Clinton, la "gabegie" budgétaire des Démocrates.
Ce qui aurait pu se convertir en engagement politique au sein de la mouvance la plus conservatrice du Parti républicain cède le pas devant la création de la start-up Confinity par Peter Thiel et Max Levchin. Sacks en devient le directeur des opérations, en 1999. Il préside à sa fusion avec X.com d'Elon Musk, pour former PayPal en 2000. La plateforme pionnière des paiements en ligne est revendue deux ans plus tard à eBay pour un milliard et demi de dollars, faisant la fortune des associés. Leurs intérêts n'ont cessé de se recouper depuis. Les trois sont des tenants de l'idéologie libertarienne dans leur volonté de réduire le rôle de l'État et les régulations à leur strict minimum.
Start-up et cinéma
Les commentateurs de la Tech se sont régulièrement fait l'écho de rancœurs entre Thiel et Musk : le premier aurait ourdi un complot pour évincer le second de PayPal. Thiel considérerait Musk comme "fou", tandis que Musk verrait en Thiel un "sociopathe". Quoi qu'il en soit, David Sacks est resté le trait d'union entre l'un et l'autre, partenaire en affaires ou en lobbying. Voire en cinéma : en 2006, Sacks investit une partie du pactole gagné avec PayPal dans la production du film Thank You for Smoking – y associant ses deux amis. Cette satire politique de Jason Reitman avec Aaron Eckhart met en scène un lobbyiste cynique de l'industrie du tabac.
Cette expérience hollywoodienne échaude rapidement sa patience : "J'aurais pu créer une start-up chaque fois que j'ai attendu qu'on me rappelle à Hollywood", plaisante-t-il par la suite. Quand il revient comme investisseur dans la Silicon Valley, il le prouve : en 2008, David Sacks lance Yammer, réseau social d'entreprise revendu quatre ans plus tard à Microsoft pour 1,2 milliard de dollars. Suivent d'autres investissements dans des start-up à succès, dans le sillage de Peter Thiel (Airbnb, Facebook,…) ou d'Elon Musk (SpaceX). En 2017, Sacks cofonde Craft Ventures, un fonds de capital-risque, toujours spécialisé dans la Tech, notamment les cryptomonnaies et l'intelligence artificielle.
Podcast et politique
En 2020, Sacks revient à ses velléités de peser sur le débat public avec All In, un podcast qu'il coanime avec trois autres investisseurs en capital-risque. De sujets sur l'industrie technologique, le contenu a dérivé vers la politique, reflétant les opinions de David Sacks. De longue date, il réclame une politique moins restrictive pour le développement des cryptomonnaies et de l'intelligence artificielle. Sacks a fait polémique pour son opposition au soutien à l'Ukraine, dans laquelle certains ont vu une attitude pro-russe.
À l'instar de certains commentateurs de la droite radicale, le milliardaire se positionne par antagonisme : contre les Démocrates, uniformément laxistes, contre le wokisme, contre le mouvement Black Lives Matter, constitué d'émeutiers… Il flirte avec les fantasmes complotistes quand il affirme que l'afflux de fentanyl, au cœur de la crise des opioïdes aux États-Unis, est une "vengeance" de la Chine, en rapport avec les guerres de l'opium du XIXe siècle.
Depuis 2021, le milliardaire a pesé à coups de millions de dollars sur plusieurs échéances électorales. Il a contribué à faire barrage à la réélection du procureur démocrate de San Francisco, Chesa Boudin. En 2022, il a été un donateur généreux de la campagne pour le Sénat du futur vice-président J.D. Vance, poulain de son ami Peter Thiel. À toutes fins utiles, il a financé successivement les campagnes des Républicains Ron DeSantis et Vivek Ramaswamy, ainsi que de l'indépendant Robert F. Kennedy Jr. Selon le New York Times, Sacks, qui dispose d'un accès direct au Président élu, a plaidé en faveur de l'attribution d'un poste au fils de Bobby Kennedy au sein de l'administration.
Promoteur de J.D. Vance
David Sacks a organisé en juin une soirée de levée de fonds en faveur de Donald Trump, dans sa luxueuse résidence de Pacific Heights, à San Francisco. C'est lors de cet événement que des investisseurs de la Silicon Valley auraient suggéré de choisir l'un des leurs comme colistier de Donald Trump : J.D. Vance, lui-même patron d'un fonds d'investissement et promoteur au Sénat de lois dérégulant le secteur de la Tech et l'intelligence artificielle. Sacks s'est prononcé en faveur de l'abrogation d'un décret de 2023 du président Biden sur l'intelligence artificielle, qui impose des obligations de sécurité aux développeurs d'IA.
David Sacks a contribué au revirement de Donald Trump sur les cryptomonnaies, que le candidat républicain avait qualifiées d'"arnaque" au cours de son premier mandat. Comme c'est celui qui paie qui a raison, durant sa dernière campagne, Donald Trump a révisé son jugement. À partir de l'été, il a affirmé son intention de faire du pays "la capitale mondiale du bitcoin et des cryptomonnaies". Le cours du bitcoin s'est envolé, aussitôt Trump élu (qui s'en attribue tout le mérite). David Sacks sera donc désormais le "tsar" en charge de faire "prospérer" les cryptomonnaies.
David Sacks sera également chargé des questions sensibles de "préservation de la liberté d'expression en ligne" et de contrer la "censure de la Big Tech" dont les conservateurs proclament être victimes – toutes les études démontrent, à l'inverse, une vindicte de plus en plus outrancière dans les podcasts ou sur les comptes de la droite radicale américaine. David Sacks dénonçait, en juillet, lors de la convention du Parti républicain "le règne des démocrates [qui] a transformé les rues [de San Francisco] en un cloaque de criminalité, de campements de sans-abri et d'usage de drogue en public". En cause, aussi, l'afflux de "milliers d'immigrants illégaux".
Notre série Les Milliardaires de Trump
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