Rik Daems (Open VLD) : "Nous voulons faire partie de la solution en Biélorussie"
Pour Rik Daems, l'institution peut amener son expertise dans cette crise.
- Publié le 13-09-2020 à 13h30
- Mis à jour le 13-09-2020 à 14h17

Contesté dans la rue depuis plus d'un mois, le président biélorusse Alexandre Loukachenko sera en Russie lundi pour rencontrer son homologue Vladimir Poutine, le Kremlin affirmant que "l'intégration" des deux pays sera au programme des discussions. Selon un communiqué du Kremlin, la rencontre de lundi à Sotchi (Sud) entre les deux présidents servira à évoquer "les perspectives du processus d'intégration" entre les deux capitales. "Le développement futur du partenariat stratégique et des relations d'alliance" entre les deux pays sera aussi discuté, selon un communiqué du Kremlin, même si le porte-parole de Vladimir Poutine a affirmé qu'aucun document ne serait signé.
Parallèlement à l'annonce de ce premier déplacement d'Alexandre Loukachenko à l'étranger depuis le début de la crise, Washington a de son côté affirmé vendredi préparer pour "d'ici quelques jours" des sanctions contre des personnalités biélorusses, ajoutant que Moscou prenait un gros risque en soutenant le chef d'État au pouvoir depuis 26 ans.
La situation à Minsk interpelle aussi le président de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le Belge Rik Daems (Open VLD), pour qui "la Biélorussie traverse une crise jamais vue". Pour le libéral flamand, l'enjeu ne doit pas être "géopolitique" mais s'ancrer dans la défense des droits fondamentaux. Un processus dans lequel le Conseil de l'Europe peut apporter une expertise incontestable.
Mardi matin, la commission des affaires politiques de l'assemblée parlementaire a organisé une audition avec Svetlana Tikhanovskaïa, ancienne candidate à l'élection présidentielle réfugiée en Lituanie et Andrei Savinykh, président de la commission des affaires internationales de la Biélorussie. Vous y avez déclaré que le Conseil de l'Europe souhaite "faire partie de la solution" pour "faire avancer ce pays vers une évolution et non une révolution". Comment ?
L'audition que vous évoquez est un premier exemple. Réunir ces deux personnes dans une même réunion représente une certaine avancée. Notre but n'est pas d'entrer dans un champ de bataille géopolitique mais de défendre les valeurs pour lesquelles le Conseil de l'Europe a été créé : la démocratie, l'État de droit, les droits humains et les libertés fondamentales.
Le peuple biélorusse est en train de créer une situation qui va vers cette évolution. Aidons-les pour éviter que ce pays bascule dans une révolution qui pourrait devenir incontrôlée voire incontrôlable. Un processus estampillé "Conseil de l'Europe" serait incontestable aux yeux de la communauté internationale, il faut que les autorités biélorusses nous autorisent à mettre toutes les parties concernées autour de la table.
Le Conseil de l'Europe compte 47 États membres dont la Russie, dont le poids est incontestable dans la crise, mais la Biélorussie elle-même n'appartient pas à l'Organisation. "Je vous parle à la fois de l'intérieur de l'Europe et de l'extérieur du Conseil de l'Europe", a résumé Svetlana Tikhanovskaïa lors de son intervention. Où en sont les relations avec ce pays ?
La Biélorussie a demandé l'adhésion en 1993 mais son statut d'invité spécial - première étape du processus - a été suspendu en 1997 à cause de l'absence d'avancées en matière de droits humains. Le dialogue n'a cependant jamais cessé. Le Conseil de l'Europe a un point d'information à Minsk et la Biélorussie a ratifié 12 de nos conventions. Elle est aussi État-parti à quatre de nos instruments dont la Commission de Venise, qui joue un peu le rôle d'un Conseil d'État dont le rôle est de vérifier si les lois sont conformes à la Convention européenne des droits de l'homme. La Commission de Venise peut, par exemple, aider à créer une nouvelle loi électorale en Biélorussie, préalable sans doute nécessaire à de nouvelles élections.
Nous avons donc une base qui, je l'espère, permettra d'entamer cette évolution de Biélorussie vers les valeurs défendues par le Conseil de l'Europe.
Avec, à terme, l'adhésion de la Biélorussie au Conseil de l'Europe ?
Effectivement. C'est un processus qui prendra du temps mais il est envisageable et je l'appelle de mes vœux. L'adhésion de la Biélorussie placerait de facto ses citoyens sous la protection de la Cour européenne des droits de l'homme, et c'est ce qui compte le plus à mes yeux. Il y a cependant une condition sine qua non aux négociations : l'abolition de la peine de mort ou à tout le moins un moratoire.