Conservateurs, socialistes et libéraux s'entendent sur les top jobs européens, dont la présidence de la Commission pour Ursula von der Leyen
Les trois grandes familles politiques européennes soumetteront à l'approbation des Vingt-sept le nom de l'Allemande, du Portugais Costa pour la présidence du Conseil européenne et de l'Estonienne Kallas pour diriger la diplomatie européenne, lors du sommet, jeudi, à Bruxelles.
- Publié le 25-06-2024 à 19h30
- Mis à jour le 26-06-2024 à 10h33

Contrairement à ce qui s'était produit il y a cinq ans, le problème de l'attribution des hautes fonctions européennes a été résolu rapidement. Les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), les socialistes et les libéraux ont annoncé mardi avoir trouvé un accord pour présenter le trio pressenti aux dirigeants des Vingt-sept, ce jeudi, lors de la réunion du Conseil européen, à Bruxelles. Sauf extraordinaire retournement de situation, l'Allemande Ursula von der Leyen, candidate du PPE, sera désignée pour un second mandat à la présidence de la Commission européenne. L'ancien Premier ministre (socialiste) portugais Antonio Costa succédera au Belge Charles Michel à la présidence du Conseil européen en décembre. La cheffe (libérale) du gouvernement estonien Kaja Kallas prendra quant à elle la fonction de Haute représentante pour la politique étrangère et de sécurité de l'Union, actuellement occupée par l'Espagnol Josep Borrell.
L'attelage "UvdL-Costa-Kallas" respecte les équilibres politiques, à la suite des élections européennes (où le PPE est le seul parti favorable à l'intégration européenne à avoir gagné des sièges), géographiques et de genre. "Pré-cuit" lors du sommet informel du 17 juin dernier, l'accord a été confirmé ce mardi par négociateurs des trois familles : les Premiers ministres grec et polonais, Kyriakos Mitsotakis et Donald Tusk, pour le PPE; leur homologue espagnol Pedro Sanchez et le chancelier allemand Olaf représentants du Parti socialiste européen; le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre néerlandais sortant (et futur secrétaire général de l'Otan) Mark Rutte, pour les libéraux-centristes de Renew.
Tout le monde ne sera pas satisfait
L'accord ne fait pas que des heureux. Le Premier ministre national-conservateur Viktor Orban, trublion en chef du Conseil européen, n'a pas tardé à dire tout le mal qu'il en pensait sur le réseau social X. "L'accord que le PPE a passé avec les gauchistes et les libéraux va à l'encontre de tout ce sur quoi l'UE est basée. Plutôt que l'inclusion, il sème la division. Les personnes exerçant les hautes fonctions de l'UE devraient représenter tous les États membres, pas seulement les gauchistes et les libéraux". L'extrême droite est présente au pouvoir en Hongrie, en Italie, en Finlande, bientôt aux Pays-Bas et appuie le gouvernement depuis les bancs du Parlement en Suède. Mais au niveau européen, elle n'est pas encore indispensable, ni sur le plan numérique, ni au niveau politique.
Le Hongrois a exprimé son opinion depuis Rome, où il était reçu par la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni. Présidente du parti post-fasciste Fratelli d'Italia et du parti des conservateurs et réformistes européens (ECR), Mme Meloni n'avait elle-même pas masqué son exaspération de n'avoir pas été conviée aux négociations sur les top jobs, lors du sommet informel du 17 juin dernier.
Elle ne sera pas ravie d'avoir été maintenue à l'écart, d'autant qu'avec l'adjonction de quinze nouveaux membres, la semaine dernière, l'ECR est devenu, avec 83 élus, le troisième groupe en importance numérique au Parlement européen, devançant largement Renew, qui ne compte plus que 74 élus (contre 102 lors de la législature précédente).
Mais plutôt que de se lancer dans un combat perdu d'avance, on prête à l'Italienne l'intention de monnayer son appui contre un portefeuille important et une vice-présidence pour un des siens dans la prochaine Commission européenne. Elle, M. Orban, et peut-être d'autres, comme le Slovaque Fico, voudront aussi assurer que leurs priorités – l'immigration, la démographie – se reflètent dans l'agenda stratégique que les chefs des Vingt-sept devront adopter à l'unanimité, lors du même sommet.
Quoi qu'il en soit, la force du nombre plaide en faveur des trois personnes pressenties. Le Conseil européen cherche à procéder aux nominations par consensus, mais si cela s'avère impossible, il peut recourir au vote – le Britannique Cameron et le Hongrois Orban l'avaient exigé, en 2014, lors de la désignation du Luxembourgeois Juncker à la présidence de la Commission européenne. Ensemble, le PPE, les socialistes et les libéraux rassemblent vingt-deux des chefs d'État et de gouvernement des Vingt-sept et atteignent largement la majorité qualifiée (au moins quinze États membres, représentant 65 % de la population de l'Union). L'affaire est entendue.
L'obstacle du Parlement européen
Plus complexe s'annonce la confirmation du choix d'Ursula von der Leyen par le nouveau Parlement européen, lors de la séance plénière inaugurale de la mi-juillet, à Strasbourg. Pour être investie, l'Allemande devra recueillir les voix de 361 des 720 députés. Le PPE, les socialistes et démocrates (S&D) et les libéraux, qui forment à nouveau une "majorité von der Leyen" en rassemblent 399, mais des défections sont déjà annoncées.
Pour garantir son élection, la présidente-désignée, qui n'était passée que de neuf voix en 2019, devra aller chercher des suffrages ailleurs. Les Verts (55 députés) se disent disponibles et rappellent, par la voix de leur co-président, le Néerlandais Bas Eickhout, qu'ils répondent aux critères fixés pendant la campagne électorale par Ursula von der Leyen : "Pro-européen, pro-Ukraine, pro-état de droit". Mais l'Allemande n'a pas exclu de demander le soutien des eurodéputés melonistes. Choisir l'un ou l'autre lui coûtera des voix dans les trois grandes familles. Le plus dur est peut-être à venir.
