En attendant l'arrivée de Trump, les Européens promettent de tout faire pour placer l'Ukraine "en position de force"
Le message a été répété lors d'une réunion en petit comité de membres européens de l'Otan et le sera encore lors du sommet européen de ce jeudi. Mais les Vingt-sept ne veulent pas encore se projeter sur l'après-conflit, tant que la guerre est toujours en cours.
- Publié le 18-12-2024 à 21h02
- Mis à jour le 19-12-2024 à 11h42

Le message reste le même, mais le contexte est différent. Lors du sommet européen qui se tiendra ce jeudi à Bruxelles, les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-sept manifesteront, comme ils le font depuis le 24 février 2022, le soutien ferme de l'Union européenne à l'Ukraine, victime d'une guerre d'agression lancée par la Russie. Ils le feront néanmoins avec, en tête, les développements qui pourraient se produire en 2025. L'hypothèse de l'ouverture prochaine de négociations entre Kiev et Moscou pour mettre en fin au conflit gagne en consistance.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, conscient que les forces de son pays s'amenuisent, a, en tout cas, a entrouvert cette porte. Le scénario de futurs pourparlers est d'autant plus crédible que le 20 janvier prochain, Donald Trump endossera à nouveau le costume de président des États-Unis. Or, les déclarations tenues par le Républicain et son entourage, dont son vice-président JD Vance, durant la campagne électorale laissent planer un sérieux doute sur le maintien du soutien des États-Unis à l'Ukraine.
Une réunion des membres européens importants de l'Otan
"Nous arrivons à un moment critique", souligne une source européenne de haut rang. En témoignent le fait que la matinée du sommet sera consacrée à l'Ukraine, mais aussi le fait que cette discussion ait été précédée mercredi soir par un dîner organisé par le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte. Étaient conviés, outre le président Zelensky (qui s'adressera aussi aux Vingt-sept, jeudi), le chancelier allemand Scholz, la présidente du Conseil italien Meloni, le président polonais Duda, ainsi que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, Antonio Costa et le chef de la diplomatie britannique, David Lammy. En partance pour Mayotte, le président français Macron a été remplacé par le ministre des Affaires étrangères Barrot, mais il s'était entretenu plus tôt dans la journée avec son homologue ukrainien. À noter : aucune présence américaine n'était annoncée.
La réunion visait à ouvrir la réflexion sur ce que les alliés peuvent faire de plus pour Kiev, mais aussi de discuter des possibles conséquences de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump. "Une très bonne opportunité pour parler des garanties de sécurité pour l'Ukraine, pour aujourd'hui et pour demain", a déclaré M. Zelensky, aux côtés de Mark Rutte.
Le débat lors du sommet européen de jeudi doit lui aussi porter sur ce que les Vingt-sept peuvent "faire de plus, de manière autonome, pour aider l'Ukraine", poursuit le premier diplomate cité. Avec un objectif : "Placer l'Ukraine dans la position la plus favorable possible, quel que soit le scénario : la négociation et la poursuite de la guerre", précise la même source. Le chancelier Scholz a de son côté, défendu que la priorité est que l'Ukraine "ne soit pas forcée à accepter une paix qui lui serait dictée".
Soutenir l'Ukraine en ce moment n'est pas seulement un impératif moral. C'est aussi un impératif stratégique
Cette discussion à Vingt-sept doit se mener "sans spéculer sur ce que fera ou ne fera pas l'administration Trump", défendent plusieurs diplomates, même s'il est difficile d'envisager que les leaders européens ne réfléchissent pas à tous les cas de figure. "Dans les semaines qui ont suivi l'élection de Donald Trump, il n'y a pas eu d'indications claires d'un désengagement rapide des États-Unis", constate une source proche des discussions, non sans ajouter qu'il "faut être prêt à tout". En précisant que "la Russie ne peut pas l'emporter", les conclusions de la réunion ont aussi pour objet d'envoyer un message au président Trump "que ses futures actions ne devraient pas avoir pour conséquence de renforcer la Russie, ni l'Iran, ni la Chine", glisse un autre diplomate européen.
Un appui protéiforme
Le soutien européen à l'Ukraine continue de se déployer sous différentes formes. L'Union déposera en 2025 un peu plus de 30 milliards d'euros dans les caisses de Kiev, pour assurer la stabilité financière de l'État ukrainien, mais aussi pour que le pays puisse acheter des équipements militaires. Quelque 13 milliards d'euros proviendront de la Facilité européenne pour l'Ukraine et 18 milliards d'euros de la contribution de l'Union à l'initiative du G7, financée par les revenus provenant des avoirs russes immobilisés (dont la majorité se trouve en Belgique, sur les comptes de la société Euroclear).
L'Europe veut maintenir les finances de l'Ukraine à flots, et dans le même temps, travaille à réduire la capacité de Moscou de financer sa guerre. Le 15e paquet de sanctions vient à peine d'être adopté que les Européens travaillent déjà à l'élaboration du 16e. Pointant que le rouble est à son plus bas niveau et que certains secteurs de l'économie russe sont frappés par une inflation allant jusqu'à 70 %, la présidente de la Commission juge que l'UE envoie "un message clair au Kremlin : plus la guerre se prolonge, plus le prix à payer sera élevé pour l'économie russe".
Par ailleurs, la même Ursula von der Leyen a plaidé mercredi matin à Strasbourg que les dirigeants européens en fassent davantage pour assurer les réparations et la stabilisation du système énergétique ukrainien, méthodiquement ciblé par les bombardements russes.
Sur le plan militaire, les Européens vont continuer à équiper l'Ukraine - en défense aérienne, munitions et missiles - et à former ses forces armées. "Au moment où des négociations vont commencer, les parties tentent d'augmenter leurs gains. C'est ce qui se passe actuellement sur le front, c'est dans cette logique qu'il faut soutenir l'Ukraine pour qu'elle puisse résister", expose une des diplomates cités.
Pas encore de plan pour l'après-conflit
Au niveau politico-diplomatique, le soutien européen se base sur plusieurs principes. "Pas de discussion sur l'Ukraine sans l'Ukraine, ni de discussion sur la sécurité du continent sans l'Europe", avertit une source européenne de haut rang. "Toutes les diplomaties européennes s'agitent" par crainte "que les termes de la paix soient imposés" par les États-Unis, la Russie et le Chine, "au détriment des intérêts des Ukrainiens et des Européens", fait observer Thibault Fouillet, directeur scientifique de l'Institut d'études de stratégie et de défense basé à Lyon.
On n'en est pas encore là, veulent croire de nombreux interlocuteurs européens. "Les Européens ne vont pas parler eux-mêmes de cessez-le-feu. Nous avons toujours évité de dire à Zelensky ce qu'il doit faire", rappelle une diplomate. L'heure n'est pas encore d'établir qui participerait aux négociations, du côté européen. "C'est un peu tôt pour définir le format", tempère une source diplomatique.
Le moment n'est pas non plus venu de discuter des "garanties de sécurité" à apporter à l'Ukraine, une fois que les armes se seraient tues. M. Zelensky réclame l'adhésion rapide de son pays à l'Otan mais cela ne semble pas envisageable à court terme. La semaine dernière à Varsovie, Emmanuel Macron et le Premier ministre polonais Tusk ont discuté de la possibilité d'envoyer, en Ukraine, des forces européennes pour maintenir une trêve ou une paix durable. Le sujet n'est pas à l'ordre du jour du sommet. "On n'en est pas du tout à se poser la question : quelles troupes, de quel pays", ajoute le même diplomate. L'Union devra peut-être se pencher sur ce dossier plus rapidement qu'elle ne le pense. "Les chances sont élevées qu'on doive faire quelque chose si le conflit est gelé", prévient toutefois un insider.

