Violences sexuelles à Bétharram : François Bayrou était-il au courant ?
Le Premier ministre a été interrogé sur sa connaissance des faits commis dans un établissement scolaire catholique de sa région, et où plusieurs de ses enfants ont été scolarisés.
- Publié le 13-02-2025 à 07h13

Le Premier ministre François Bayrou est bousculé par un scandale qui ébranle son Béarn natal. Depuis un an, le parquet de Pau enquête, après le dépôt d'une centaine de plaintes pour violences, agressions sexuelles et viols, à l'institut catholique Notre-Dame-de-Bétharram, situé à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), entre les années 1970 et 1990.
Cette affaire a éclaté au grand jour en février 2024 après qu'Alain Esquerre, pensionnaire entre 1980 et 1985, a recueilli de nombreux témoignages. Au micro de France Bleu Béarn-Bigorre, il a évoqué les abus sexuels "commis par des laïcs et des religieux, mais également par des élèves". Il a ajouté qu'il avait "essayé, en 1997, en 2000, de constituer une petite association de victimes" ; en vain. Il a relancé cette idée après avoir croisé, fin 2023, un surveillant qui l'aurait frappé, et qui travaillait toujours au collège-lycée.
L'affaire remonte à 1996
Le pensionnat avait déjà fait parler de lui, négativement, il y a plus de 20 ans. En 1996, un père de famille a déposé plainte pour coups et blessures volontaires contre un surveillant pour avoir violemment giflé son garçon ; garçon qui se trouvait dans la même classe qu'un des fils de François Bayrou. Résultat : le plaignant a dû s'excuser et démissionner de l'association de parents. Deux ans plus tard, le père Silviet-Carricart, alors responsable de l'établissement, a été mis en examen pour viol sur mineur par le juge d'instruction Christian Mirande. Remis en liberté, le prêtre s'est suicidé début 2000.
Pendant cette période, François Bayrou, qui a scolarisé plusieurs de ses enfants à Notre-Dame-de-Bétharram, a occupé différents postes. Il a été élu député à six reprises, entre 1986 et 2007, de la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques qui couvre la commune de Lestelle-Bétharram, et il a présidé le conseil général du département entre 1992 et 2001. Il a surtout été ministre de l'Éducation nationale entre mars 1993 et juin 1997. Était-il alors au courant de ce qui se passait dans l'établissement scolaire privé ?
Les autorités avaient été alertées
En mars 2024, François Bayrou a déclaré au Parisien que "la rumeur, il y a 25 ans, laissait entendre qu'il y avait eu des claques à l'internat" mais il a assuré n'avoir "jamais entendu parler […] de risques sexuels".
Le même mois, il a démenti au Monde avoir discuté en 1998 du cas du père Silviet-Carricart avec le juge Mirande. Le magistrat a toujours affirmé le contraire.
Mediapart a relancé le sujet ce 5 février, avec notamment le témoignage de Françoise Gullung, professeure à Bétharram entre 1994 et 1996. Elle a certifié avoir plusieurs fois alerté les autorités pour "dénoncer une atmosphère d'agressivité et de tensions anormales". "J'en ai notamment parlé de vive voix à François Bayrou pour lui dire qu'il fallait être vigilant […]. Il a évacué mollement ce que je lui disais", a-t-elle assuré, avant d'ajouter avoir aussi "adressé un courrier au conseil général", qu'il présidait à l'époque.
Interpellation à l'Assemblée nationale
Ce mardi, le député de La France insoumise (LFI) Paul Vannier a porté cette affaire à l'Assemblée nationale. "Pourquoi n'avez-vous pas protégé les enfants de l'école de Notre-Dame de Bétharram ?", a-t-il lâché. "Je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit, de violences, ou de violences a fortiori sexuelles ; jamais", a rétorqué François Bayrou. "Est-ce que vous croyez que nous aurions scolarisé nos enfants dans des établissements dont il aurait été soupçonné ou affirmé qu'il se passe des choses de cet ordre ?"
Ce mercredi, le Premier ministre, de nouveau interpellé, a dénoncé des "polémiques artificielles". Pas convaincus par le démenti, des députés insoumis et écologistes réclament sa démission. Le PS exige quant à lui que "toute la lumière soit faite".