"Toute question sur l'intégrité territoriale de l'Ukraine ne peut être résolue par un ou tous les présidents du monde, sans le peuple ukrainien"
Le gouvernement russe se dit "ouvert" à des négociations avec l'Ukraine pour mettre fin au conflit, mais le Kremlin exige toujours l'annexion des régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia, représentant 15 % du territoire ukrainien.
- Publié le 02-08-2024 à 06h33

Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, l'a encore assuré la semaine dernière : la Russie se dit "ouverte" à de potentielles négociations de paix avec l'Ukraine. Au terme de plus de deux ans et demi de guerre, après avoir causé la mort de centaines de milliers de personnes et la dévastation d'une grande partie du territoire ukrainien, Moscou serait donc prêt à négocier – mais il y a un hic : condition sine qua non à un cessez-le-feu et à l'ouverture de potentiels pourparlers de paix, la Russie demande le retrait des forces ukrainiennes des régions orientales de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia. Celles-ci avaient été annexées par Moscou en septembre 2022 à l'issue d'une série de référendums frauduleux, et non reconnus par l'ensemble de la communauté internationale, à l'exception de la Syrie et la Corée du Nord.
Le retrait de l'armée ukrainienne de ces quatre régions signifierait, de facto, l'abandon par Kiev de près de 15 % de son territoire. Ce, alors que la Russie n'occupe qu'une seule d'entre elles dans sa totalité, et que les capitales régionales de Zaporijjia et de Kherson, libérée en novembre 2022, sont toujours sous contrôle ukrainien.
Oblasts contre "paix juste"
En juin dernier, le président russe Vladimir Poutine a réitéré cette exigence à l'occasion d'un discours télévisé, au cours duquel il a également demandé à ce que l'Ukraine renonce à adhérer à l'OTAN. "Dès qu'ils déclareront à Kiev qu'ils […] commenceront à retirer réellement leurs troupes de ces régions, et qu'ils notifieront officiellement l'abandon de leurs projets d'adhésion à l'OTAN, notre camp suivra immédiatement […] l'ordre de cesser le feu et d'entamer des négociations", avait alors assuré le maître du Kremlin. Des propos alors critiqués avec véhémence par le gouvernement ukrainien, qui avait dénoncé une tentative de "saper les efforts diplomatiques visant à parvenir à une paix juste" à la veille de la conférence sur la paix s'étant tenu en Suisse, à laquelle la Russie n'avait pas été conviée.
Depuis, le gouvernement ukrainien a opéré, sinon un changement de position, un changement de rhétorique : le 15 juillet dernier, Volodymyr Zelensky s'est dit favorable à la présence d'une délégation russe à un prochain sommet "pour la paix", évoquant pour la première fois l'idée de discuter avec Moscou sans retrait préalable des forces russes du territoire ukrainien. Dans une interview accordée mercredi à plusieurs médias français dont nos confrères du "Monde", le président ukrainien a toutefois insisté sur le fait que la question territoriale reste "un sujet difficile". "Vous devez comprendre que toute question portant sur l'intégrité territoriale de l'Ukraine ne peut être résolue par un président, par une seule personne, ou par tous les présidents du monde, sans le peuple ukrainien" a-t-il rappelé. C'est impossible. Cela va à l'encontre de la Constitution de l'Ukraine. Et c'est pourquoi cette question nous concerne exclusivement, nous".
Selon lui "l'Ukraine ne renoncera jamais à ses territoires". Mais, après l'échec de la contre-offensive ukrainienne de l'été 2023, et alors que la Russie continue sa progression laborieuse et sanglante dans l'Est du pays, l'idée de concessions territoriales en échange d'un accord de paix fait son chemin au sein de la société ukrainienne, épuisée par deux ans et demi de guerre : selon un récent sondage de l'Institut International de Sociologie de Kiev, un tiers de la population ukrainienne se dit désormais favorable à la cession de territoires à la Russie, contre seulement 19 % à la fin de l'année 2023.