Cinq à dix Belges dans le groupe islamiste HTS qui a renversé Bachar Al-Assad : "Nous ne devons être ni alarmistes ni Bisounours"

Cinq à dix Belges feraient partie du groupe islamiste syrien Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui a pris le pouvoir à Damas le week-end dernier en chassant le dictateur Bachar al-Assad, a confirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères, Bernard Quintin, sur les ondes de la Première (RTBF).

A masked opposition fighter carries a flag of Hayat Tahrir al-Sham (HTS) in the courtyard of the Umayyad Mosque in the old walled city of Damascus, Syria, on Tuesday, Dec. 10, 2024. HTS is the largest rebel faction within the opposition that toppled Bashar Assad's regime last Sunday. (AP Photo/Hussein Malla)
Conflit en Syrie : cinq à dix Belges dans le groupe HTS qui a pris le pouvoir à Damas ©Copyright 2023 The Associated Press. All rights reserved.

Le chef de la diplomatie belge a confirmé les chiffres de la RTBF, obtenus auprès de l'Ocam, l'organe de coordination pour l'analyse de la menace. "C'est quelque chose que nous suivons de près, en contact étroit avec les services d'autres pays. Je n'ai pas de boule de cristal pour savoir si ces personnes vont se re-radicaliser et revenir chez nous. Nous ne devons être ni alarmistes ni Bisounours, mais suivre cela pas à pas avec tout le sérieux que cela demande", selon M. Quintin.

L'Ocam a en outre identifié 89 Belges dans la région syro-irakienne, dont 26 dans les prisons des camps en zone kurde, précise la RTBF. Il s'agit de potentiels "combattants terroristes étrangers" (ou "foreign terrorist fighters", FTF). "Les services sont extrêmement vigilants, c'est une certitude. Nous avons vu ce qu'il s'est passé au 'collapse' de la Syrie en 2011...", a rappelé le ministre.

La Belgique compte parmi les pays européens ayant vu partir le plus grand nombre de combattants dans les rangs islamistes à la suite du déclenchement de la guerre civile en Syrie en 2011.

Mardi, le nouveau Premier ministre chargé de la transition en Syrie, Mohammad al-Bachir, désigné par HTS, a promis "stabilité" et "calme" au peuple syrien épuisé par plus de 13 ans de guerre.

Syrie : "Un mouvement hégémonique comme HTS peut difficilement envisager une vraie compétition politique"

"C'est la fin de plus de 50 ans d'une dictature horrible, et nous pouvons nous en réjouir avec les Syriennes et les Syriens", souligne Bernard Quintin. "Les expressions (des autorités transitoires) sont pour l'instant positives. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de ce qui est dit, il faut continuer d'observer et d'analyser l'évolution sur le terrain".

En fonction de cela, la Belgique marque sa volonté de soutenir une reconstruction de la Syrie, à partir des demandes qui seront formulées. Les conditions sont le respect de l'intégrité territoriale, du droit humanitaire international et des droits de l'homme, ou encore la protection des minorités nationales. L'Onu s'est également engagée à soutenir "une transition en douceur".

Pour le ministre de la Justice Paul Van Tigchelt, "HTS n'a pour le moment pas d'agenda international, mais un agenda régional. Son chef Abou Mohammad al-Jolani a en outre rompu avec Al Qaïda. Il suit un courant plus modéré et n'en appelle pas à des attentats contre l'Occident", a-t-il fait observer sur les ondes de la VRT.

Actuellement, HTS figure toujours sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne. Il est trop tôt pour dire si elle le restera. "Nous devons voir quelle sera l'orientation de HTS. Il n'est pas exclu que ce groupe devienne un jour un interlocuteur de l'Occident, dans le cadre d'une normalisation des relations. Il est temps que la situation se normalise quelque peu dans ce pays. Tout ce qui peut y contribuer, nous devons sans doute le soutenir", considère le ministre de la Justice du gouvernement démissionnaire.

"J'éprouve de la joie devant la chute du régime, mais je redoute le chaos et l'avènement d'une dictature islamiste"

En attendant, la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden a profité d'un Conseil de l'UE, programmé de longue date ce jeudi à Bruxelles, pour s'entretenir de la situation en Syrie avec plusieurs de ses homologues européens, réunis à son cabinet. L'évolution de HTS est surveillée de près, mais aussi celle d'autres organisations terroristes de la région, comme IS (État islamique), a-t-elle indiqué dans un communiqué.

"Les tensions entre les Kurdes et les Turcs dans la région frontalière doivent également être suivies de près. Il ne faut pas exclure que le conflit soit importé et crée ainsi des tensions entre les communautés en Belgique", met en garde la ministre. Elle fait observer que des Syriens liés à l'ancien régime pourraient aussi chercher refuge en Europe.

Les demandes d'asile en Belgique de ressortissants syriens ont été suspendues plus tôt dans la semaine, comme c'est le cas aussi dans d'autres pays d'Europe.

Auprès de ses homologues européens, Mme Verlinden a plaidé pour un renforcement de la coopération internationale, en particulier pour identifier les individus qui pourraient avoir des liens avec des groupes armés en Syrie.

D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...