Le glyphosate augmente les cancers chez le rat, peu importe le niveau d'exposition : un danger pour l'être humain ?
Une étude confirme que l'exposition au glyphosate augmente les chances de cancer chez le rat. Des résultats préoccupants pour la population humaine ? Le débat n'est toujours pas tranché mais le faisceau de présomptions se resserre un peu plus.
- Publié le 13-06-2025 à 14h23

Le glyphosate continue de faire parler de lui : cet herbicide est au cœur d'une nouvelle étude, qui vient d'être publiée dans la revue Environmental Health. Et pas n'importe quelle recherche, puisqu'il s'agit de la plus vaste étude animale conduite à ce jour en ce qui concerne le glyphosate. L'équipe de chercheurs italiens, américains et britanniques a voulu tester les effets cancérigènes de l'herbicide sur plus d'un millier de rats de laboratoire, à qui ils ont administré différents dosages – tous inférieurs au seuil de tolérance défini par l'Union européenne – in utero (avant leur naissance).
Les résultats de leur expérimentation sont sans appel : peu importe les doses administrées, les rats ont développé des tumeurs, bénignes ou malignes, de façon significative. "Ces tumeurs sont apparues dans les tissus hémo-lymphoréticulaires (leucémie), la peau, le foie, la thyroïde, le système nerveux, les ovaires, la glande mammaire, les glandes surrénales, les reins, la vessie, les os, le pancréas, l'utérus et la rate (hémangiosarcome)", décrivent les auteurs.
Une étude décisive pour les effets cancérigènes du glyphosate ?
"Cette étude ne fait que confirmer la dangerosité du glyphosate, qui avait déjà été établie par le CIRC (Centre international de Recherche sur le Cancer, NdlR)", commente Bruno Schiffers, professeur au sein de la Gembloux Agro-Bio Tech. À ce jour, le CIRC est la seule instance internationale ayant classé le glyphosate comme "probablement cancérogène". En 2023, la Commission européenne a pourtant décidé de réautoriser l'usage de cette substance pour dix ans, s'appuyant sur les évluations de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). "Cette étude pourrait faire bouger la législation en vigueur, si les instances décident d'abaisser le seuil de tolérance", estime Bruno Schiffers.
Le toxicologue Alfred Bernard (UCLouvain) n'a pas la même lecture des résultats de cette étude. "On n'apprend pas grand-chose, il y avait déjà suffisamment de données sur l'apparition de cancers chez les animaux après une exposition au glyphosate. Et on ne peut pas extrapoler les résultats à l'être humain, car des différences, notamment au niveau du métabolisme, subsistent". Le chercheur regrette le manque d'études confirmant des conséquences cancérogènes pour la population humaine. Alfred Bernard ne voit donc aucune raison de paniquer : "Nous avons 40 ans de recul par rapport au glyphosate, qui a remplacé un herbicide qui était bien plus toxique".
Actuellement, rappelle le toxicologue rattaché à l'UCLouvain, les données concernant l'être humain ne s'appliquent qu'au milieu agricole. Les données concernant les particuliers, qui peuvent être contaminés via les résidus de glyphosate présents dans l'eau potable et l'alimentation, manquent. Alfred Bernard pense donc que cette étude ne poussera pas la Commission européenne à interdire le glyphosate.
Des résultats "très préoccupants" pour PAN Europe
L'organisation Pesticide Action Network Europe (PAN Europe) juge pour sa part que l'exécutif européen devrait revoir ses standards sanitaires en la matière, au vu de ces résultats "très préoccupants". L'organisation pointe le fait que les auteurs de l'étude ont partagé leurs données avec l'Union européenne avant la nouvelle autorisation de commercialisation du glyphosate.
"Les résultats récemment publiés confirment maintenant que ces faibles niveaux d'exposition peuvent conduire à un spectre plus large de cancers, ce qui accroît encore le niveau d'inquiétude, lance Angeliki Lysimachou, responsable Science et Politique à PAN Europe. Cette publication évaluée par des pairs supprime toute excuse à l'inaction", conclut-elle.
