Un automne noir pour l'enseignement ? "Depuis que ces mesures ont été annoncées, les téléphones n'ont pas arrêté de chauffer"
La contestation des enseignants à la rentrée semble inévitable.
- Publié le 17-07-2024 à 06h38
- Mis à jour le 17-07-2024 à 06h45

La fin de la nomination à vie des enseignants prévue dans la Déclaration de politique communautaire fait couler beaucoup d'encre et pourrait bien ramener les syndicats dans les rues. " Depuis que ces mesures ont été annoncées, les téléphones n'ont pas arrêté de chauffer dans nos secrétariats. Les jeunes sont inquiets. Aujourd'hui, la question qu'on leur pose quand ils veulent contracter un prêt est : avez-vous une nomination ? Ça permet aussi de bénéficier d'une pension du secteur public, et c'est un des derniers avantages du métier", commente Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement, au diapason avec la CGSP.
L'objectif de la mesure – qui permettra d'offrir des CDI plus rapidement – est de lutter contre la pénurie d'enseignants en stabilisant les plus jeunes qui cumulent aujourd'hui les petits contrats de remplacement. Cet argument ne convint pas les deux syndicats. "Quand un jeune enseignant de la communauté germanophone reçoit un CDI, cela ne l'empêche pas d'accéder à une nomination à titre définitif. De plus, un contrat CDI est un contrat du privé. Or, l'enseignement relève du public", martèle Roland Lahaye. "Ce qui court les rues pour l'instant, c'est de dire que quand on est nommé, on est indéboulonnable, qu'on a le droit de tout faire. Mais chaque année, je vois des enseignants nommés à qui on montre la porte parce qu'ils ont mis un pied de travers."
Cette problématique des professeurs indéboulonnables semble pourtant persister, comme le constate Marie Conter, institutrice primaire. "Bien sûr que j'aimerais être nommée un jour. Ce qui pose problème, ce sont ces profs nommés qui gardent leur place pendant des années. Dans mon école, il y en a une qui n'est jamais là, et qui garde cette place en enchaînant des congés. Si elle décide de revenir, elle fait sauter la dernière personne arrivée. Théoriquement, j'ai une classe l'année prochaine, mais je ne peux pas signer de contrat avant le 26 août au cas où une collègue nommée décide de revenir", regrette-t-elle.
Un master n'est pas synonyme d'une meilleure rémunération
Un autre dossier qui inquiète les syndicats est celui des barèmes salariaux. Selon la nouvelle majorité, un enseignant qui serait détenteur d'un master, mais qui travaillerait dans le primaire ou dans les trois premières années du secondaire ne percevrait plus automatiquement le barème 501 et sa rémunération avantageuse. Désormais, seuls les enseignants du secondaire supérieur le percevront automatiquement. Les autres devront s'acquitter de tâches supplémentaires.
Cette mesure révolte Marie Conter, détentrice d'un master en sciences de l'éducation et institutrice primaire. "Cela représente entre 350 et 400 euros net en plus par mois. Cette mesure revient à dénigrer la formation universitaire que j'ai faite, et les trois années que j'y ai consacrées. On n'arrête pas de nous pousser à faire plein de formations pour finalement nous dire que cette formation est inutile. Si je veux mériter mon salaire actuel, je dois faire des tâches en plus. Mais j'ai déjà l'impression d'avoir des journées qui n'en finissent plus", témoigne-t-elle.
Pour contrer cette surcharge de travail, le gouvernement prévoit d'évaluer les "différences de charge de travail entre les enseignants de disciplines différentes" pour les redistribuer si nécessaire. Une hérésie pour Luc Toussaint, secrétaire général de la CGSP-Enseignement. "Je pense que c'est vraiment mettre le doigt dans un engrenage qui opposera les gens les uns contre les autres." Une opinion partagée par la CSC et Marie Conter. "Ça ne colle pas à la réalité du terrain. Un bon prof de gym, est censé préparer ses cours", souligne-t-elle.
"Il y aura probablement un mouvement de contestation, mais on va en débattre d'abord", déclare Luc Toussaint. Le même son de cloche résonne chez la CSC. Valérie Glatigny, fraîchement nommée ministre de l'enseignement obligatoire, tient à rassurer syndicats et enseignants. "La première chose que je vais faire, c'est prendre contact avec eux pour une rencontre, si possible ce jeudi. J'aimerais les rassurer et leur rappeler qu'on doit absolument lutter contre la pénurie d'enseignants. On a annoncé toute une série de mesures intéressantes à ce sujet, dont la création d'un nouveau barème. Les mesures seront détaillées prochainement", précise-t-elle.
