Du gouffre budgétaire du MR à l'omission de l'écologie… Ce qu'il faut retenir du chiffrage des promesses électorales des partis politiques
Le Bureau fédéral du Plan a dévoilé mardi les résultats de son travail. On y découvre l'importance accordée par les partis au pouvoir d'achat, nettement moins à l'environnement.

- Publié le 07-05-2024 à 18h54
- Mis à jour le 07-05-2024 à 19h43

On les sentait soulagés, les experts du Bureau fédéral du Plan, mardi matin. Soulagés d'en avoir fini avec le chiffrage des priorités électorales des partis politiques, qui a exigé d'eux un investissement de tous les instants durant des semaines. Les résultats de ce travail sont en ligne depuis ce mardi, sur le site www.dc2024.be, à un mois des élections du 9 juin. On y découvre le coût des mesures soumises par les partis, leur impact au cours de la prochaine législature (2024-2029) sur l'emploi, le pouvoir d'achat, l'environnement, la croissance économique…
1. Le chiffrage n'est pas un bulletin, juste un outil pédagogique
Le chiffrage n'est en rien un bulletin que dresserait le Bureau du Plan (BFP) aux partis. D'abord parce que ces derniers ont pu soumettre une trentaine de priorités, pas l'ensemble de leur programme, et donc seules ces mesures-là ont été chiffrées. Et puis, surtout, parce que remettre un tel bulletin n'est pas le rôle de l'institution. "Cette mission [du chiffrage], qui est au cœur du rôle du Bureau du Plan, est de fournir des chiffres neutres, objectifs et indépendants, a commenté mardi Baudouin Regout, le commissaire au Plan. Nous ne portons aucun jugement sur les partis."
En outre, le BFP est soumis à des contraintes méthodologiques, scientifiques et de faisabilité qui impliquent qu'il n'a pu chiffrer l'ensemble des mesures. L'intérêt de l'outil réside dans son approche pédagogique et sa contribution au débat démocratique. Il permet d'avoir une idée précise de l'impact des mesures des partis sur une série d'indicateurs, de les comparer, et d'éviter que les politiques racontent n'importe quoi à propos de leur programme ou celui des autres…
2. Comparaison n'est pas raison. Le MR en est l'exemple.
Le site conçu par le BFP permet de comparer l'impact de l'ensemble des mesures proposées par les partis sur le déficit public, la dette de l'État, les créations d'emplois, les émissions de CO2, etc. Mais ces comparaisons doivent être prises avec prudence. Comme les partis n'ont soumis tout au plus qu'une trentaine de propositions, ils auront beau jeu de dire qu'un effet négatif engendré par l'une d'elles pourra être compensé par une autre se trouvant dans leur programme électoral mais non soumise au BFP.
De même, les partis ont pu soumettre les mesures qui parlaient le plus à leur électorat, sans trop se soucier de l'impact global. Le cas du MR est exemplatif.
Le parti propose le relèvement de la quotité exemptée d'impôt à plus de 15 000 euros d'ici 2029. Dont coût : plus de 10,2 milliards d'euros. Au global, le bilan budgétaire du MR est catastrophique. Avec ses mesures, le déficit public plongerait à 7,6 % du PIB en 2029 (contre 5,6 % selon le scénario de référence, à politique inchangée, retenu par le BFP) et la dette grimperait à 121,5 %.
À l'inverse, le MR a le meilleur bilan en matière d'emploi (un taux d'emploi porté à 75,9 %, contre 74,3 selon le scénario de référence), en matière de croissance économique (+1,7 % du PIB, contre +1,3 % selon le scénario de référence) et de pouvoir d'achat (+11,9 %, au lieu +7 %).
À noter qu'aucun parti ne parvient à réduire le déficit public sous les 3 %, la limite autorisée par l'Europe. Seule la N-VA s'en approche, à 3,6 %.
3. Des effets très variables sur le pouvoir d'achat
Les partis augmentent tous le pouvoir d'achat des ménages (le revenu disponible, pour être précis). Mais de manière inégale. Pour le PS, le MR et Défi, certes avec des nuances entre eux, plus un ménage possède déjà des revenus élevés (sauf pour les plus riches), plus il profitera des mesures que ces partis proposent (entre 28 euros et 224 euros en plus par mois pour le PS ; entre 8 et 384 euros pour le MR ; entre 80 et 407 euros pour Défi). Pour Les Engagés, les gains sont équitablement répartis entre les tranches de revenus, mais très faibles (maximum 36 euros par mois).
Côté flamand, les mesures proposées par la N-VA et par l'Open VLD, qui prévoient de couper dans une série d'allocations, vont faire perdre de l'argent aux bas revenus (jusqu'à 122 euros en moins par mois pour la N-VA et 118 euros pour l'Open VLD). Enfin, les mesures proposées par Groen sont celles – et de loin – qui favorisent le plus les plus bas revenus (+777 euros).
4. L'environnement, le grand absent des priorités
Il avait été demandé aux partis de soumettre leurs mesures prioritaires. Ils en ont remis un paquet en matière de fiscalité (24 % des mesures soumises), de fonctionnement de l'administration (16 %) ou de marché du travail (14 %). Nettement moins sur le package "énergie, mobilité, environnement" (à peine 9 % des mesures). Si l'écologie avait été un marqueur de la campagne électorale de 2019, à l'époque des marches pour le climat, ce n'est plus le cas aujourd'hui.
Sur la base des propositions remises, on constate que seuls six partis sur douze améliorent la trajectoire actuelle de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la Belgique. En tête, sans grande surprise, les verts de Groen et Écolo, suivis de peu par le PTB, puis Les Engagés et, plus loin, le PS et la N-VA. Par contre, Vooruit, Défi, et, surtout, l'Open VLD, le CD&V, le Vlaams Belang et le MR ont proposé des mesures qui, au global, dégradent la trajectoire de réduction des GES.
5. La foire à l'impôt sur la fortune
Quatre partis ont proposé un impôt sur la fortune, chacun avec ses propres critères. Selon les estimations retenues par le BFP, la proposition d'Écolo rapporterait plus de 3,6 milliards d'euros par an à l'État ; celle de Groen, 2 milliards ; celle du PTB, 3,9 milliards ; enfin celle PS, qui bat tous les records, plus de 7,5 milliards…
"Au-delà de la taxation du patrimoine même, celle des revenus du patrimoine mériterait tout un débat car elle a un impact visible", a relevé Baudouin Regout, mardi. L'idée n'est donc plus de taxer directement la possession d'un patrimoine, certes élevé, mais les revenus que celui-ci génère. Ainsi, la taxe sur les plus-values sur actions des Engagés et du PS rapporterait près de 2,9 milliards par an ; celle d'Écolo, portant sur les plus-values générées par la revente d'actions, plus d'1,7 milliard. Peut-être une piste pour le prochain gouvernement.