Bart De Wever ridiculise Tom Van Grieken autour d'un spaghetti, le PS retourne sa veste
Chaque vendredi, La Libre vous propose un résumé de l'actualité pré-électorale en Belgique en revenant sur les faits marquants de ces sept derniers jours.

- Publié le 17-05-2024 à 12h42
- Mis à jour le 17-05-2024 à 17h35

J-23. À trois semaines des élections fédérales, régionales et européennes, la sphère politique belge s'agite. Les annonces s'enchaînent. Les partis resserrent leurs rangs en vue du mégascrutin du mois de juin. Pour y voir plus clair, La Libre revient chaque vendredi sur les actualités qui ont marqué la semaine politique. Nouvelles recrues, tensions, programmes... découvrez tout ce que vous auriez pu rater ces derniers jours.
1. Le PS retourne sa veste sur le plan Good Move
En campagne, beaucoup de politiques souffrent d'une même maladie. Son principal symptôme ? L'oubli. En particulier, concernant leur présence au pouvoir lors de la législature écoulée. Si Georges-Louis Bouchez (MR) fait partie des personnes les plus touchées par ce mystérieux virus (dans son cas, depuis la mise en place de la Vivaldi), le président du PS bruxellois Ahmed Laaouej a visiblement été contaminé à son tour. Sur LN24, le socialiste a dégommé le plan Good Move, que son parti - membre de la majorité bruxelloise - a longtemps soutenu. "Good Move s'est planté", a-t-il lancé au micro de Maxime Binet. "Ne pas reconnaître cet échec, c'est vraiment manquer de lucidité. Et surtout manquer d'un devoir élémentaire vis-à-vis des Bruxellois et Bruxelloises, qui est celui de travailler dans leur intérêt. (...) Il y a des choses à revoir dans ce plan Good Move. Tout s'est fait sans concertation, sans implication des riverains."
Entretemps, du côté du PS, certains ont tenu à recadrer le propos. Parmi eux, le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close. S'il a estimé que "le mot Good Move était cramé", il n'en a pas moins soutenu son "fondement, qui est la sécurité routière et l'apaisement des quartiers", au micro de BX1. Il est toutefois resté vague sur les possibles modifications à adopter.
Face à ce malaise dans les rangs du PS, le MR jubile. "Grosse panique au PS officiel", a réagi Georges-Louis Bouchez. "Le parti essaie de faire croire en trois semaines à l'inverse de ce qu'il a fait pendant 20 ans. Mais qu'en pense le partenaire Ecolo ? Comment croire encore ces gens ?"
Du côté des Verts, on a en effet regretté cette volte-face d'Ahmed Laaouej. "Les écologistes sont les seuls à assumer Good Move, le PS est incapable d'assumer son bilan bruxellois", a commenté la coprésidente d'Ecolo, Rajae Maouane, auprès de nos confrères de la DH.
2. Un spaghetti pour Bart, Conner et Tom
Sept ténors politiques - Alexander De Croo (Open Vld), Conner Rousseau (Vooruit), Petra De Sutter (Groen), Sammy Mahdi (CD&V), Bart De Wever (N-VA), Raoul Hedebouw (PTB/PVDA) et Tom Van Grieken (Vlaams Belang) - enfermés dans un château pendant trois jours. Leur moindre mouvement capté par plusieurs caméras. Le format peut surprendre au sud du pays. Mais de l'autre côté de la frontière linguistique, l'on est davantage friand de ces émissions de divertissement impliquant des politiques. C'est d'ailleurs en partie grâce à sa participation à "De Slimste Mens Ter Wereld" que le président de la N-VA, Bart De Wever, a vu sa popularité monter en flèche en Flandre. Et après avoir vu le premier épisode de "Het Conclaaf", on ne peut que se dire qu'encore une fois c'est le leader des nationalistes flamands qui va en ressortir gagnant.
Entouré de Conner Rousseau (Vooruit) et de Tom Van Grieken (Vlaams Belang), le bourgmestre d'Anvers n'hésite pas à taper là où ça fait mal, avec sa gouaille inégalable. Et c'est surtout face au leader d'extrême droite que Bart De Wever se montre le plus intransigeant, jouant sur les connexions de Filip Dewinter avec la Chine et démontant la volonté "sécessionniste" du parti. Mais, malgré ses propos durs à l'égard de la formation de Van Grieken, jamais le président de la N-VA n'a réussi à prononcer les mots que beaucoup veulent entendre: "Nooit met het Vlaams Belang". Il a fait comprendre qu'il ferait tout pour l'éviter, mais n'a pas été capable d'écarter tout à fait cette éventualité.
Tout au long du show, l'ambiance entre les trois hommes est loin d'être conviviale. Même autour d'un spaghetti bolognaise, le ton reste ferme. Peut-être un peu moins entre Conner Rousseau et Bart De Wever. Le socialiste flamand semble toutefois dans ses petits souliers. On est loin de la grande époque de "Kingconnah." L'homme n'échappe forcément pas à des explications sur l'affaire qui l'a poussé à la démission et sur son retour surprise. Evoquant également son coming-out, l'ancien président de Vooruit reste prudent. Le visage fatigué (l'émission a été tournée au lendemain de son grand retour), il mesure chacun de ses mots. Il ne s'agirait pas de plonger dans une nouvelle polémique pour celui qui a vu son parti chuter dans les sondages ces derniers mois.

3. Faut-il croire les dernières déclarations de Raoul Hedebouw ?
"On veut entrer dans un gouvernement", a affirmé Raoul Hedebouw, ce mercredi 15 mai sur LN24. Le président du PTB a même été jusqu'à estimé que son parti avait "6 ou 7 chances sur 10" de monter au pouvoir. Ce discours n'est pas anodin. En effet, depuis la parade du PTB de 2019, les adversaires du parti d'extrême gauche n'ont de cesse de rappeler que l'objectif de cette formation n'est pas de gouverner. "Le PTB, c'est le supporter assis sur le banc et qui dit aux joueurs comment faire. Quand tu veux marquer, tu montes sur le terrain coco…", taclait encore Paul Magnette (PS), dans une interview à La Libre.
Cet argument du vote inutile, également utilisé par la N-VA à l'égard du Vlaams Belang, deviendrait bancal si jamais le PTB était à présent prêt à prendre ses responsabilités. Il est donc logique que son président se positionne de la sorte. Mais faut-il réellement le croire ? Si les observateurs n'écartent pas la possibilité de voir le PTB rejoindre un gouvernement, ils restent tout de même sceptiques. "Jusqu'ici, il n'a montré aucun signe d'une quelconque volonté de gouverner", a détaillé Dave Sinardet, dans notre rendez-vous "Regard de Flandre". "C'est comme si le PTB voulait ériger un cordon sanitaire autour de lui. A l'inverse du Vlaams Belang, qui lui veut s'en débarrasser et monter au pouvoir. C'est assez ironique parce que le PTB aurait davantage de possibilités d'entrer dans un gouvernement que le Vlaams Belang."
Pour le politologue de la VUB, le PS et Ecolo ne s'opposent pas forcément à une alliance avec l'extrême gauche. "Ils ont même essayé en 2019. Ils pourraient recommencer", a postulé M. Sinardet. "Peut-être pour les forcer à quitter l'opposition et à montrer que les discours simplistes ne fonctionnent pas une fois au pouvoir. Mais il faut noter aussi que sur le fond, pas mal de socialistes et d'écologistes préféreraient s'allier à l'extrême gauche, s'ils devaient choisir entre MR et PTB."
4. Voici les partis politiques qui misent le plus sur les réseaux sociaux
Certains l'ont compris depuis bien longtemps, d'autres plus récemment: les réseaux sociaux occupent un rôle prépondérant dans la communication politique. D'autant plus en campagne. Mais combien les partis sont-ils prêts à dépenser pour maximiser leur présence sur la Toile ?
Xavier Degraux, spécialiste en réseaux sociaux, a étudié le comportement des différentes formations politiques ces trois derniers mois, marqués par la période de prudence (les quatre mois qui précèdent le scrutin) qui limite le budget digital de chaque parti à un million d'euros. Il a été en mesure d'affirmer que "les formations politiques ont dépensé, ensemble, 1,428 million d'euros en publicités ciblées sur Facebook et Instagram". Et ceux qui ont mis le plus d'argent en jeu sont sans conteste le Vlaams Belang et le PVDA, à savoir respectivement 299.446 euros et 176.637 euros. Derrière eux, à la troisième place du classement, Les Engagés ont dépensé plus de 120.000 euros ces trois derniers mois pour leur communication sur les réseaux sociaux."Les réseaux sociaux entrent donc en concurrence avec d'autres techniques comme les appels téléphoniques, les affiches, les flyers etc. Je constate malgré tout que le Vlaams Belang et le PTB/PVDA posent des choix beaucoup plus digitaux, tandis que les autres partis restent plus traditionnels", a estimé Xavier Degraux, dans nos colonnes.
En ce qui concerne les présidents, Georges-Louis Bouchez (MR) est de loin celui pour lequel le parti dépense proportionnellement le plus d'argent sur Meta. Les libéraux francophones consacrent aux pages personnelles du président l'équivalent de 65% des dépenses totales de la page officielle du parti. Le suivent, dans des proportions bien plus faibles, Raoul Hedebouw (31%), Tom Van Grieken (25%) et Paul Magnette (20%).