Le Boeing de Jeju Air a-t-il connu un black-out électrique total ? "Les pilotes ont tenté une manœuvre désespérée, cela a dû être la panique à bord"
Le mystère sur les causes du crash du Boeing de Jeju Air, le 29 décembre dernier, reste entier. Il sera d'autant plus difficile à résoudre que les deux boîtes noires ont cessé d'enregistrer quatre minutes avant l'accident. "Il y a une raison technique plausible", nous explique un expert aérien.

- Publié le 14-01-2025 à 07h02
- Mis à jour le 14-01-2025 à 11h54

La nouvelle a surpris plus d'un expert. Ce samedi, le ministère sud-coréen des Transports a révélé que les deux boîtes noires du Boeing de Jeju Air qui s'est écrasé le 29 décembre à l'aéroport de Muan, ont cessé d'enregistrer quatre minutes avant l'accident qui a tué 179 des 181 passagers. Les autorités ont prévu "d'enquêter sur la cause de la perte de données".
Ces données sont pourtant très précieuses pour les enquêteurs chargés d'expliquer l'origine des accidents d'avion. Les boîtes noires gardent en mémoire des paramètres tels que la vitesse et l'altitude de l'appareil, mais aussi quantité d'autres variables, comme les conversations des pilotes. "Sans ces données, l'enquête va prendre plus de temps que prévu, explique un expert aérien. Mais les enquêteurs peuvent encore trouver pas mal d'éléments qui pourront les aider sur le lieu du crash. Ils doivent essayer de reconstruire au maximum l'avion, recâbler ce qui n'a pas été fondu…"
Pour rappel, les pistes évoquées pour expliquer l'accident du vol Jeju Air 2216 sont une collision avec des oiseaux et un dysfonctionnement du train d'atterrissage. La présence en bout de piste de l'obstacle percuté par l'avion – un outil d'aide à la navigation installé sur une butte renforcée au béton – fait également l'objet d'une enquête.
Mais comment expliquer cet arrêt soudain des enregistrements ? Les autorités sud-coréennes ou Boeing voulaient-ils cacher certaines choses, comme l'ont affirmé certains ? Pour notre expert, une boîte noire qui stoppe d'enregistrer est "rarissime, voire inédit". "Parfois, les boîtes noires ne sont pas retrouvées, ou leurs données ne sont récupérables à cause de l'impact. Mais ce n'est pas le cas ici. Quand on récupère des boîtes noires en bon état, elles 'parlent' toujours".
Selon notre interlocuteur, il existe toutefois une raison technique plausible à cet arrêt. "Depuis 2010, les enregistrements de vol des Boeing 737 sont sur une batterie alimentée en permanence, qu'il est impossible de déconnecter et qui est extrêmement bien protégée. Mais l'avion date de 2009 et ce dispositif n'existait pas encore". Pour notre spécialiste, différents éléments (arrêt des enregistrements, dysfonctionnement du train d'atterrissage, "non sortie" des volets, "disparition du code transpondeur") plaident pour "une panne électrique totale" dans l'avion. "Un black-out total est rarissime. Il peut y avoir des courts-circuits dans un avion, mais il y a toujours des instruments de secours qui fonctionnent. Néanmoins, je ne vois pas d'autre explication".
Selon moi, un moteur endommagé, même en feu, ne peut pas provoquer un tel black-out. Il doit y avoir une autre raison"
Dans ces cas, les pilotes n'ont pas le choix. "La seule option, c'est d'atterrir coûte que coûte. On tente de poser l'avion comme si c'était un Cessna (un petit avion de plaisance, NdlR). Mais avec un Boeing 737, vingt fois plus lourd, beaucoup plus rapide et avec une quantité importante de kérosène inflammable à bord, un pilote ne sait pas comment cela va se terminer. Les pilotes ont tenté une manœuvre désespérée, cela a dû être la panique à bord". Reste à comprendre comment cette panne électrique a pu être causée. "Selon moi, un moteur endommagé, même en feu, ne peut pas provoquer un tel black-out. Il doit y avoir une autre raison".