Une proposition étonnante pour rouvrir le détroit d'Ormuz ? "C'est dans l'intérêt iranien mais cela ne va pas plaire à Trump"
L'Iran pourrait transformer le détroit d'Ormuz en un véritable levier économique avec une proposition étonnante qui profiterait à Téhéran et à Pékin.

- Publié le 17-03-2026 à 09h55
- Mis à jour le 17-03-2026 à 10h15

Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent de s'intensifier et que le prix du pétrole ne cesse de flamber, l'Iran pourrait avoir trouvé un nouveau levier économique pour déstabiliser les États-Unis : la monnaie chinoise.
En effet, selon un haut responsable iranien qui s'est confié à CNN, l'Iran envisagerait d'autoriser certains pétroliers à traverser le détroit, à condition que leur cargaison soit payée en yuan chinois. Cette proposition reste pour l'instant assez hypothétique et floue : il n'est pas précisé si elle concerne seulement le pétrole iranien ou l'ensemble des cargaisons traversant le détroit.
Toutefois, si elle se concrétise, l'adoption du yuan pourrait constituer un tournant stratégique pour la monnaie chinoise et pourrait remettre en question tout l'équilibre du "pétrodollar", la monnaie de référence pour la majorité des achats pétroliers. "C'est évidemment dans l'intérêt iranien mais cela ne va pas plaire à Trump", souligne Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management de Lille.
Pour rappel, la situation autour du détroit d'Ormuz reste particulièrement sensible depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Ce passage maritime stratégique voit en effet transiter près de 20 % du pétrole mondial et est actuellement de facto bloqué par l'Iran depuis le début du conflit.

Une manière pour l'Iran de récupérer des revenus
La proposition de l'Iran est simple : autoriser la navigation de pétroliers, mais à condition de payer en monnaie chinoise. Et pour cause, la Chine est le principal partenaire commercial de l'Iran. Une telle mesure pourrait donc favoriser les intérêts chinois. En effet, selon la Commission des relations économiques et de sécurité entre les États-Unis et la Chine, la Chine aide, dans les faits, l'Iran à contourner les sanctions américaines, notamment en se fournissant de pétrole à un coût relativement faible. Des transactions qui ont rapporté l'équivalent de plus de 30 milliards de dollars au régime iranien en 2025.

"Les Chinois appellent évidemment à la fin des hostilités et à la libération du détroit d'Ormuz. Mais c'est logique, ce sont eux qui achètent 80 % du pétrole iranien. Les Chinois en ont besoin et c'est l'occasion pour l'Iran de se faire de l'argent. La guerre est coûteuse et en bloquant le détroit, le pays s'est aussi fait du tort, puisque ses propres exportations passent par là", explique Eric Dor.
"Le danger pour les États-Unis est que la politique de Trump est très agressive vis-à-vis du reste du monde"
"En gros, l'Iran se dit : les Chinois sont ceux qui me soutiennent le plus, donc je demande à tout le monde de payer le pétrole en yuan puisque j'entretiens des bonnes relations avec la Chine, qui condamne l'agression dont je suis victime", continue l'économiste. Cette stratégie pourrait également permettre à l'Iran de réutiliser directement ces yuans pour acheter des produits chinois, voire des équipements militaires.
Un signal politique contre le dollar
Cette proposition iranienne envoie donc également un message politique clair contre la domination du dollar, qui est pourtant la monnaie de référence dans les transactions pétrolières, communément appelée "pétrodollar". Ce système remonte au choc pétrolier de 1973, lorsque les États-Unis concluent des accords avec les pays producteurs de pétrole, notamment l'Arabie saoudite, pour que le pétrole soit échangé presque exclusivement en dollars américains. Concrètement, un pays voulant se procurer du pétrole doit donc d'abord se procurer des dollars américains, payer les pays exportateurs comme l'Arabie saoudite en dollars, pour que les pays producteurs puissent réinjecter en partie ces dollars dans l'économie américaine. Un système qui stimule inévitablement le dollar.
Mais depuis plusieurs années, Pékin cherche désormais à concurrencer ce pétrodollar et tente de promouvoir sa monnaie, le yuan, comme une alternative crédible face à la devise américaine.
"C'est une situation assez explosive"
"Cela fait des années que les Chinois essaient de convaincre les pays du monde entier, hors sphère occidentale, de se détacher de la domination du dollar pour faire des transactions directement en yuan. Cette proposition s'inscrit donc dans ce mouvement de détachement du dollar", rappelle Eric Dor.

Par ailleurs, selon lui, les politiques menées par Donald Trump ont déjà fortement contribué à ce mouvement "anti-dollar" ces dernières années. "Le danger pour les États-Unis est que la politique de Trump est très agressive vis-à-vis du reste du monde. Trump instrumentalise systématiquement le dollar pour imposer ses règles, en menaçant de couper du système financier américain ceux qui ne suivent pas ces idées".
Des paiements européens en yuan ?
En Europe, deux scénarios se dessinent. Si toutes les livraisons passant par le détroit d'Ormuz doivent être payées en yuan, cela impliquerait, par exemple pour la Belgique ou la France qu'une toute petite partie de son pétrole importé du Moyen-Orient soit réglé en yuan. Une mesure qui pourrait fortement agacer le président américain Donald Trump et compliquer davantage des relations déjà tendues entre l'Europe et les États-Unis.
"Si l'Europe commence à commercer en yuan, Trump pourrait considérer cela comme une agression. Il menace déjà implicitement l'Europe de démanteler l'Otan si elle ne contribue pas à sécuriser le détroit d'Ormuz. Or, rappelons que les États-Unis ont agressé l'Iran sans se concerter avec les Européens, et que maintenant nous en subissons aujourd'hui les conséquences. Et maintenant il vient nous demander de l'aide pour rouvrir le détroit d'Ormuz. Pire, il vient nous menacer. C'est une situation assez explosive", souligne l'économiste.
En revanche, si la mesure ne concerne que le pétrole iranien, l'impact sur l'Europe serait limité, très peu de pays européens achètent actuellement du pétrole iranien.