Mariani : "Trop obéissant"

Lundi 10 octobre, 9 heures, au 33e étage de la tour Dexia à Bruxelles. Le moment est historique. Le président du conseil d'administration du groupe franco-belge, Jean-Luc Dehaene, et le CEO Pierre Mariani sont devant une meute de journalistes. Ils sont tous les deux livides.

AvC
Mariani : "Trop obéissant"
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Lundi 10 octobre, 9 heures, au 33e étage de la tour Dexia à Bruxelles. Le moment est historique. Le président du conseil d'administration du groupe franco-belge, Jean-Luc Dehaene, et le CEO Pierre Mariani sont devant une meute de journalistes. Ils sont tous les deux livides. C'est que le conseil d'administration a duré toute la nuit et que les décisions prises, aux termes de discussions tendues, confirment la fin d'un groupe né en 1996 de la fusion entre le Crédit communal de Belgique et le Crédit local de France. Une page s'est tournée, mais il subsiste beaucoup d'incertitudes.

1 Quels ont été les arguments face aux critiques ? Interrogés sur leur gestion, MM. Dehaene et Mariani se sont défendus bec et ongles. Pierre Mariani rappellera qu'il a fortement réduit le bilan en trois ans. "Quelle serait la situation des Etats si nous n'avions pas vendu un portefeuille garanti de 10 milliards de dollars ?" , a-t-il dit. A ceux qui lui reprochent de n'avoir pas réduit la forte exposition du groupe à la dette souveraine, il a rappelé que les Etats, et en particulier Christine Lagarde du temps où elle était ministre française des Finances, avaient demandé aux banques de conserver les obligations souveraines des pays périphériques. "C'est peut-être notre naïveté d'avoir été trop obéissant aux recommandations" , a commenté le CEO. Ce dernier avait fait remarquer, quand il est arrivé aux commandes en 2008, que Dexia était devenu un "hedge fund". "Ceux qui ont créé cette situation n'ont qu'à faire un examen de conscience" , a souligné Jean-Luc Dehaene.

2 Les deux hommes vont-ils rester en place ? Tous les deux ont fait comprendre qu'ils étaient dans leurs intentions d'assumer leurs responsabilités. Mais, selon certaines sources, ils ont quand même été discrédités aux yeux d'un certain nombre d'actionnaires et du gouvernement belge. On reproche à Pierre Mariani d'avoir trop joué le jeu des Français, en particulier au cours de ces dernières semaines. Tout comme d'ailleurs Jean-Luc Dehaene. Qui a très logiquement démissionné de la présidence de Dexia Banque Belgique rachetée par l'Etat belge. Mais aucun nom ne circule sur son successeur.

3 Quoi de neuf sur la vente de Dexia Banque Belgique à l'Etat ? Les termes de la transaction ont été confirmés. Le conseil a accepté l'offre de l'Etat d'acheter Dexia Banque Belgique (hors Dexia Asset Management) pour 4 milliards d'euros. Des intéressements en faveur des actionnaires actuels de Dexia sont prévus en cas de revente avec plus-value de la banque dans un certain délai.

Par ailleurs, des négociations sont toujours en cours pour donner la possibilité aux actionnaires de Dexia d'entrer dans le capital de la banque belge. "Plusieurs problèmes doivent encore être résolus et on s'en charge actuellement" , a expliqué hier à l'agence Belga le ministre-président de la Région flamande, Kris Peeters (CD&V).

Pour ce qui est du holding communal, les tractations vont aussi bon train pour trouver le moyen d'éviter la faillite (lire aussi par ailleurs). Car du côté du gouvernement fédéral, on a compris que personne n'a intérêt à se mettre à dos les communes qui font partie des clients principaux de Dexia Banque.

4 Comment va se passer le démantèlement ? Le conseil d'administration a donné mandat au management du groupe pour une négociation exclusive pour les actifs à vendre. Il reste plusieurs points clés à régler. La BIL à Luxembourg devrait être cédée à un groupe d'investisseurs liés à la famille royale du Qatar. Pierre Mariani a par ailleurs été mandaté pour conclure "rapidement" avec la Caisse des Dépôts et Consignations (le véhicule de l'Etat français) et La Banque Postale un accord sur l'adossement de Dexia Municipal Agency à la CDC. Une transaction qui n'est pas facile car les Français veulent payer le prix le plus bas possible.

Autre point délicat à régler : les prêts abondants de la filiale belge vers l'entité française. "Une période de transition va s'ouvrir. L'objectif est de réduire les flux existants dans le temps. Aucun délai n'a été fixé aujourd'hui" , a expliqué Pierre Mariani.

Il restera dans Dexia SA, cotée en Bourse, les actifs difficiles à financer. C'est ce qu'on appelle la banque résiduelle (lire ci-contre). Certains s'inquiètent du niveau des garanties apportées par la Belgique (60,5 %). Toutefois, l'impact sur les taux belges a été faible lundi.


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