"Dans l'usine, l'ambiance est mortuaire": Audi Brussels fermera ses portes le 28 février prochain
Si un nouveau repreneur s'est manifesté, la direction de l'usine a confirmé que la dernière Audi Q8 E-tron sortira d'usine le 28 février.
- Publié le 30-10-2024 à 11h49
La date du 28 février 2025 sera-t-elle à marquer d'une pierre noire pour Audi Brussels ? La question ne semble désormais plus faire aucun doute : la direction de la marque aux anneaux a annoncé, mardi en conseil d'entreprise extraordinaire, son intention de ne plus produire aucune voiture sur le site forestois à compter de cette date. Comprenez : l'usine fermera ses portes une fois la dernière Audi Q8 E-tron sortie d'usine.
Une issue implacable qui ne surprend en réalité plus personne. Il y a un peu moins de quatre mois, la maison-mère Volkswagen avait signifié son intention ne plus attribuer de nouveau modèle à produire sur le site bruxellois. Et comme l'Audi Q8 E-tron, qui n'a jamais su trouver son public, allait mourir de sa belle mort, la décision semblait sonner le glas de plusieurs décennies de production automobile sur le site. Confirmation hier matin, donc. À terme, près de 3.000 emplois directs et 1.500 emplois indirects sont menacés par la fermeture. La direction aurait toutefois assuré aux représentations syndicales que la "production se poursuivrait en deux équipes" et que, jusqu'à cette date, "personne ne serait licencié."
Un mince espoir existe toutefois pour le maintien, même partiellement, d'une activité industrielle sur le site : un repreneur éventuel se serait en effet manifesté pour la reprise d'une partie du site et du personnel. "Un investisseur potentiel s'est effectivement présenté, commente Peter D'Hoore, porte-parole d'Audi Brussels. C'est un premier contact."
Sur son identité, rien ne filtre. Ou presque. Tout juste sait-on que le repreneur serait actif dans les véhicules utilitaires, à savoir les camions et autobus. "Il sera présenté aux syndicats lors du prochain conseil d'entreprise extraordinaire."
Celui-ci aura lieu le mardi 12 novembre mais, pour l'heure, rien n'indique que ce repreneur éventuel soit plus fiable que ceux qui s'étaient manifestés ces dernières semaines.
Hier, la direction d'Audi a également fait part aux syndicats de sa volonté de boucler la Phase 1 de la procédure Renault, lors du prochain CEE. "Notre position est que nous clôuturerons la phase 1 au même moment que la phase 2, notamment lorsque toutes les questions auront trouvé une réponse", indiquent les syndicats, qui précisent avoir émis le souhait de mettre en place un groupe de travail pour "explorer plus en profondeur un certain nombre de projets qui, selon nous, pourraient coexister, en matière d'économie circulaire."
"Dans l'usine, l'ambiance est mortuaire"
Au sein des travailleurs d'Audi, on ne se faisait plus guère d'illusion quant à l'avenir du site. Mais si l'annonce d'un arrêt de la production de la Q8 E-tron était attendue, voir la date du 28 février 2025 inscrite noir sur blanc est vécue comme "un coup de massue".
Logan, 36 ans, fait partie de ceux-là. Après 15 années entièrement consacrées à Audi, il devra quitter l'usine dans les prochains moins. "Il y a toujours un mince espoir avec un nouveau repreneur, commente-il. Mais je n'y crois personnellement pas beaucoup."
Pour Logan, l'annone de mardi est l'aboutissement d'une annus horribilis dont l'issue était prévisible. "En octobre 2023, on nous avait dit que, pour compenser la baisse de production de la Q8, on produirait la Q4. Mais pour construire un nouveau modèle, il faut minimum un an. On a très vite compris, vu l'absence de plans, que cela ne se ferait pas. Les annonces de juillet puis d'hier ne font que confirmer une chose qu'au fond de nous, nous savions déjà : il n'y a plus d'avenir pour nous sur le site."
Selon Logan, "l'ambiance est mortuaire" depuis plusieurs semaines. "De temps en temps, on rigole comme avant. Puis on se dit que c'est une dernière fois. C'est vraiment triste. Il n'y a presque plus de travail. On est censé sortir 12 voitures par heure, on n'en produit qu'une ou deux par jour. Les collègues n'ont plus la tête à ça. Tout le monde se demande ce qu'il va faire après."
