La Belgique dispose de l'un des marchés de capital à risque les plus actifs en Europe
Notre pays affiche de bonnes performances par rapport à sa taille. C'est ce qui ressort d'une étude que vient de réaliser l'Office européen des brevets.
- Publié le 16-01-2025 à 07h05

Le retard technologique de l'Europe par rapport aux États-Unis et, dans une moindre mesure, par rapport à la Chine est un fait. Il y a quelques mois, Mario Draghi, ancien Premier ministre italien et ex-patron de la Banque centrale européenne, avait mis le doigt là ou cela fait mal dans son rapport sur la compétitivité de l'Union européenne, pointant ce retard technologique.
Les raisons sont évidemment multiples. L'une des explications tient dans la relative faiblesse, par rapport aux États-Unis, du capital à risque, notamment dans le financement des start-up.
Une étude que vient de réaliser l'Office européen des brevets (OEB) fournit un éclairage intéressant sur cette problématique. "Les start-up jouent un rôle crucial dans la commercialisation d'idées disruptives à fort potentiel. Cependant, comme le souligne le rapport de Mario Draghi, de nombreuses entreprises innovantes se heurtent à des obstacles financiers pour se développer en Europe", explique Antonio Campinos, président de l'OEB, cité dans le communiqué. "Ce déficit de financement entrave la transformation de l'innovation en start-up tournées vers la croissance, poussant les entrepreneurs à chercher des opportunités à l'étranger. Il est essentiel de combler ce fossé pour revitaliser la croissance durable en Europe".
De 2000 à 2023, la Belgique a comptabilisé à elle seule 559 investisseurs avec un portefeuille d'au moins 10 entreprises opérant dans trois pays, responsables de 3 127 transactions, pour un financement total d'environ 6,4 milliards d'euros."
Pour y voir plus clair, l'OEB a développé un nouvel indicateur intitulé le Technology Investor Score (TIS) : ce dernier mesure "le pourcentage d'entreprises du portefeuille d'un investisseur qui ont déposé une demande de brevet". Ce qui donne évidemment une idée de la volonté de ces investisseurs de pousser des projets innovants et d'un engagement fort à l'égard des start-up qui déposent des brevets.
Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne en tête
Qu'en ressort-il ? L'étude révèle que 88 % des investisseurs européens ont des portefeuilles comprenant des entreprises brevetées. Mieux: 8% d'entre eux ont des portefeuilles dont plus de la moitié des entreprises investies détiennent des brevets.
Et la Belgique ? "Juste derrière la Suisse, la Belgique affiche le deuxième TIS moyen le plus élevé, ce qui reflète un paysage de financement où les investisseurs ont une plus grande participation dans les entreprises technologiques. De 2000 à 2023, la Belgique a comptabilisé à elle seule 559 investisseurs avec un portefeuille d'au moins 10 entreprises opérant dans les trois pays, responsables de 3 127 transactions, pour un financement total d'environ 6,4 milliards d'euros. La Belgique se classe donc 10ᵉ en Europe en termes de nombre de transactions et d'investisseurs", souligne encore l'OEB. Ce tableau assez flatteur pour notre pays peut paraître assez surprenant au regard des constats plus sévères dressés par ailleurs par d'autres acteurs de l'écosytème tech de la Belgique. L'OEB ne précise, par ailleurs, pas les secteurs technologiques étudiés mais on sait que dans le domaine de la santé (biopharma, biotech, medtech, healthtech…), les dépôts de brevet sont légion.
Dans le top 5 des principaux investisseurs technologiques en Belgique par nombre de transactions sur la période 2000-2023, on trouve l'incubateur Start it@KBC, l'accélérateur de start-up Imec istart (spécialisé dans les métiers des nanotechnologies et des technologies numériques), Participatiemaatschappij Vlaanderen (PMV), suivis par des entités publiques spécialisées dans le financement des technologies comme le Conseil Européen de l'Innovation et le programme Eurostars pour les PME.
En chiffres absolus, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne sont en tête en termes de financement total et de nombre de transactions, avec une forte présence d'investisseurs dans le secteur technologique. "Ensemble, ces trois pays ont représenté environ 75 800 transactions, pour un financement total d'environ 392 milliards d'euros entre 2000 et 2023, soutenus par près de 6 100 investisseurs détenant un portefeuille d'au moins dix entreprises opérant dans les trois pays. Par ailleurs, les Pays-Bas, la Suisse, la Suède et la Norvège affichent également des niveaux élevés d'investissements soutenus par des brevets", souligne encore l'OEB.

