À Jérusalem-Est, le ministre d'extrême droite Itamar Ben Gvir transforme la destruction des locaux de l'UNRWA en spectacle : un "signal d'alarme"
Les forces de sécurité israéliennes ont détruit mardi les locaux de l'agence de l'Onu. Le gouvernement pourrait y implanter une colonie. Une nouvelle violation du droit international qui s'inscrit dans une escalade des violences des colons contre les Palestiniens.
- Publié le 20-01-2026 à 18h47

À Sheikh Jarrah, quartier de Jérusalem-Est occupée, seuls le froissement de la tôle et le "bip" des bulldozers résonnent en ce matin du mardi 20 janvier. Les bureaux de l'agence de l'Onu pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) sont en effet détruits par les forces israéliennes, sous les yeux médusés de la presse internationale. Parmi le voisinage, quelques-uns se risquent à s'approcher mais refusent de s'exprimer. Dans ce quartier arabe de cette partie de Jérusalem administrée par Israël, des habitants font régulièrement face à des menaces d'expropriation ou de démolition de leurs propres maisons.
Sur les réseaux sociaux, le directeur de l'UNRWA Philippe Lazzarini tire le "signal d'alarme" face à une œuvre destructrice "sans précédent" des forces israéliennes dans des locaux rendus en théorie inviolables par le droit international. "Ce qui arrive aujourd'hui à l'UNRWA arrivera demain à toute autre organisation internationale ou mission diplomatique, que ce soit en territoire occupé ou n'importe où dans le monde", prévient le diplomate.
La manœuvre israélienne intervient alors que l'UNWRA, dont les activités sont déjà perturbées en Cisjordanie en raison d'une interdiction israélienne, décrit "un système de santé en état d'effondrement" à Gaza. La santé de milliers de Palestiniens – 15 000 patients par jour, selon l'organisation – dépend toujours de l'offre humanitaire onusienne, a une nouvelle fois rappelé le Dr Akihiro Seita, directeur de la Santé de l'UNRWA.
Extrême droite victorieuse
Interdiction, violation, et finalement, destruction. Depuis l'intérieur du site onusien, inaccessible aux journalistes ce matin-là, le ministre de la Sécurité nationale, le suprémaciste Itamar Ben Gvir, publie sur son compte X une vidéo de quelques secondes. Derrière lui, un bulldozer éventre le mur d'un bâtiment où se trouvaient les bureaux de l'organisation. Tout sourire, l'élu d'extrême droite, la voix couverte par le fracas des démolitions, évoque "un jour historique, un jour férié, un jour capital pour la gouvernance de Jérusalem" et se félicite d'en voir définitivement "chassés" ceux qu'il considère comme "des soutiens au terrorisme".
"Un jour historique", c'est également la formule qu'avait choisie l'année passée Arieh King, maire adjoint de Jérusalem, pour qualifier la journée du 30 janvier 2025, date à laquelle l'UNRWA évacuait son personnel du site de Sheikh Jarrah. Installé devant les locaux avec une table de camping et quelques bouteilles d'alcool, cette figure de proue des colons israéliens à Jérusalem-Est avait alors fêté aux côtés d'activistes d'extrême droite la fin annoncée des activités de l'agence dans le pays.
Une colonie sur les ruines des bureaux de l'UNRWA
Un an plus tard, Arieh King a emboîté le pas d'Itamar Ben Gvir sur X et écrit : "J'ai promis que nous chasserions l'ennemi nazi de Jérusalem. […] Ça y est : l'UNRWA est expulsée de Jérusalem !" Sur le site de l'agence à Sheikh Jarrah pourrait dans le futur s'installer… une colonie israélienne, a confié dans le même temps Roland Friedrich, directeur de l'UNRWA en territoires palestiniens occupés, à l'Agence France-Presse. Soit le rêve ultime de cette extrême droite aux ambitions messianiques. "Il semble que l'intention de saisir des terres pour y construire une colonie a été partagée par de nombreux officiels israéliens depuis plusieurs années, dans les médias et ailleurs", a-t-il déclaré.
En octobre 2025, la Knesset a voté à une large majorité l'interdiction des activités de l'UNRWA dans le pays, ainsi qu'à Jérusalem-Est occupée. En cause, l'accusation par Israël à l'encontre d'une grosse centaine d'employés de l'agence d'avoir entretenu des liens avec le Hamas et le Jihad islamique à Gaza. Une enquête de l'Onu, rendue publique à l'été 2024, avait pour sa part conclu à la culpabilité d'une dizaine de travailleurs, depuis congédiés par l'agence. Malgré l'engagement de l'UNRWA à mettre en place des garanties de neutralité pour les membres de son personnel employés en zone de guerre, Israël considère aujourd'hui l'agence dans son ensemble comme une "organisation terroriste".
Une violence des colons sans précédent
La destruction des bureaux de l'UNRWA survient dans un contexte de violences accrues. Les attaques commises par des colons en Cisjordanie ont bondi de 25 % en 2025, selon des chiffres transmis par l'armée israélienne elle-même, qui disait s'inquiéter du phénomène. L'attribution de permis de port d'armes aux civils israéliens, encouragée de tout temps par Itamar Ben Gvir, a fait un bond après les crimes commis par le Hamas le 7 octobre 2023. Depuis cette date, Ben Gvir aidé de son allié Bezalel Smotrich, le ministre des Finances, a distribué plus de 200 000 licences aux Israéliens, décomptait récemment le quotidien israélien Haaretz. Pour la seule période d'octobre 2023 à février 2024, 8 000 armes avaient été transmises aux "escouades de défense des colonies" et aux "bataillons régionaux de défense", selon un rapport du Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme.
Ce "gouvernement rêvé des colons", tel que le décrit le professeur de criminologie américain Arie Perliger dans le média The Conversation, "favorise un climat où les colons se sentent encouragés à agir en toute impunité".
