Ce que contient le plan de paix qatari entre le gouvernement congolais et les rebelles
Le draft n° 0 est sur la table des négociations. Les discussions doivent reprendre à Doha dans les prochains jours.

- Publié le 20-08-2025 à 20h04
- Mis à jour le 20-08-2025 à 20h05

"Ils veulent aller vite. Trop vite", explique un spécialiste de la région des grands lacs en évoquant les négociations en cours à Doha, la capitale du Qatar, entre le gouvernement congolais et les rebelles de l'AFC/M23.
Les négociateurs qataris ont déjà dû revoir leur chronogramme initial qui prévoyait le début des négociations directes entre les deux parties pour le 8 août et la signature d'un accord de paix dix jours plus tard, le 18 août.
"Dix jours pour des négociations entre deux blocs qui refusent de se parler, c'était très ambitieux et cela démontre un manque de connaissance des acteurs au centre de ce processus", poursuit notre observateur.
À Goma, ce mardi, un membre de la rébellion expliquait qu'une "petite délégation allait reprendre les discussions à Doha". À Kinshasa, le ministre belge des Affaires étrangères, de retour dans la capitale congolaise 100 jours après son premier passage, a déclaré ce 19 août à la presse que le président Tshisekedi "semble juger le texte insatisfaisant".
"C'est le draft 0, cela veut dire qu'il y a encore pas mal de travail, explique un diplomate africain qui salue malgré tout l'initiative américano-qatarie dans une crise où les Africains n'ont pas pu amener les protagonistes à la table des négociations et où les Européens sont totalement absents".
Décrispation
Le premier point du texte prévoit un "cessez-le-feu permanent". Les parties doivent donc "s'abstenir de tout acte de sabotage, de toute tentative de prise de position par la force sur le terrain ou de toute autre action susceptible d'entraver le cessez-le-feu ou incompatible avec une cessation définitive des hostilités". Le texte appelle aussi à cesser "toute rhétorique hostile ou incendiaire".
Le plan prévoit aussi la mise en place des mesures de décrispation prévues dans la déclaration de principes. Il s'agit essentiellement de la libération de prisonniers à travers un mécanisme auquel serait associée la Croix-Rouge internationale.
Cette demande de libération des prisonniers est un des premiers points mis sur la table par la délégation de l'AFC/M23 qui répète qu'elle a déjà libéré plus de 1 500 hommes (des soldats de l'armée congolaise retranchés dans un bâtiment des Nations unies à Goma au moment de la prise de la ville à la fin du mois de janvier dernier, sans oublier les mercenaires roumains engagés par Kinshasa). Le gouvernement congolais avait expliqué au début du mois d'août que ce processus de libération de prisonniers connaissait "un certain retard". Trois semaines plus tard, ce retard ne semble toujours pas résorbé. "Notre délégation sera réduite et discutera de deux points. Le cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Nous n'irons pas plus loin. Cela n'aurait aucun sens si Kinshasa continue de refuser de respecter ces demandes", expliquait mardi un des responsables de la rébellion joint à Goma par La Libre.
Le draft prévoit encore la mise sur pied d'un "Mécanisme de monitoring multilatéral" qui doit veiller à l'application de l'accord de cessez-le-feu. Le mécanisme sera composé à nombre égal de représentants des deux camps. Le Qatar et le facilitateur de l'Union africaine les assisteront en tant qu'observateurs.
Partira, partira pas ?
Le projet envisage encore la mise sur pied d'une "force spéciale intérimaire", composée à 50 % de membres de la rébellion qui devraient collaborer avec des éléments de la police nationale sous l'autorité du ministère de l'Intérieur. Cette force ne pourra intervenir que dans les "zones affectées" des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. Au terme de la mission, ces éléments seront intégrés dans les rangs des forces nationales congolaises.
L'élément le plus sensible du texte concerne la "restauration de l'autorité de l'État". Pour Kinshasa, ce point est synonyme de retrait total de l'AFC/M23. Les rebelles, de leur côté, entendent demeurer sur place et jouer un rôle dans le futur de la région, voire du pays. Leurs représentants avaient suggéré la mise en place d'un fédéralisme dont refuse d'entendre parler Kinshasa qui l'assimile à une "balkanisation" de l'est du pays.
Le draft n'évoque pas cette piste du fédéralisme, ce qui a particulièrement courroucé les membres de la rébellion.
Il est aussi question de la nomination, par le gouvernement congolais, d'autorités intérimaires au niveau local. L'AFC/M23 doit pouvoir présenter ses candidats. Cette autorité intérimaire devrait prendre fin avec l'organisation d'élections envisagées pour 2027 dans cette zone.
"Un draft, c'est un point de départ", souligne, volontariste, notre diplomate africain qui concède malgré tout que "l'ampleur de la tâche qui reste à accomplir est immense dans un contexte de défiance absolue. Il est évident que sans la pression américaine, ce processus serait déjà mort et enterré depuis longtemps".
Les Qataris prônent aussi la tenue d'un dialogue national en 2026, de quoi intégrer l'opposition non armée dans les discussions sur l'avenir de la République démocratique du Congo.