L'Ukraine et l'Otan, une promesse de mariage qui déplaît à l'oncle Poutine
Cet article s'inscrit dans notre couverture spéciale "Ukraine : le spectre d'un conflit majeur".
- Publié le 28-01-2022 à 19h51
- Mis à jour le 29-01-2022 à 21h40

Pour la Russie, la question de l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan est centrale. Elle reste depuis des années fondamentalement ambiguë.
D'une part, les alliés ont clairement promis à l'Ukraine et à la Géorgie, lors de leur sommet de Bucarest de 2008, qu'" elles deviendraient membres de l'Otan", dans le cadre "d'une Europe entière et libre, unie dans la paix " ; de l'autre, la candidature est mise au frigo depuis cette date, notamment parce que plusieurs pays, dont la France et l'Allemagne, ont craint que cette adhésion devienne un casus bell i avec la Russie. Or, pour aller au bout d'une adhésion - le secrétaire général Jens Stoltenberg l'a rappelé à la presse le 26 janvier -, la décision doit être prise par consensus parmi les trente alliés.
Le gel de facto de la candidature de l'Ukraine n'a cependant pas empêché l'Otan d'entretenir une relation très étroite avec l'armée ukrainienne. Cette dernière participe à des dizaines de programmes de rapprochement aux standards de l'Otan, notamment pour intégrer les forces ukrainiennes dans les exercices et opérations de l'Alliance.
Des représentants de l'Otan sont présents au sein de l'état-major ukrainien. L'Otan aide également l'armée ukrainienne à contrer les cyberattaques. Kiev le rend bien, en ayant participé à de nombreuses opérations en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak et, entre 2007 et 2010, en déployant six navires en mer Méditerranée en soutien à l'opération Active Endeavour.
Partenaire, pas membre
L'Ukraine est donc, depuis la fin des années 1990, un partenaire de premier plan de l'Otan. Elle l'était déjà avant l'annexion de la Crimée en 2014.
Le fait qu'elle n'est pas membre de l'Alliance la prive toutefois du soutien collectif des alliés, en vertu de l'article 5 du traité de Washington. Si l'Ukraine est davantage envahie par l'armée russe, les alliés ne sont pas tenus d'intervenir militairement. Ils peuvent toutefois livrer des armes et munitions à Kiev (ce que les États-Unis font, mais pas l'Allemagne) et soutenir des groupes de résistants ukrainiens en cas d'invasion terrestre (ce que les États-Unis menacent de faire).
Voilà pourquoi, dans une optique de défense de l'Alliance, les alliés dispatchent pour le moment des navires et des avions de combat en Europe de l'Est, pour renforcer la défense de la partie orientale de l'Otan. Ils s'ajoutent à quatre battlegroups multinationaux basés en Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne et menés par le Royaume-Uni, le Canada, l'Allemagne et les États-Unis. Ces unités sont déployées depuis l'annexion de la Crimée.
La raison de cette nervosité est le déploiement de 100 000 soldats russes à la frontière ukrainienne mais aussi la perspective d'exercices communs avec l'armée biélorusse, du 10 au 20 février, où selon M. Stoltenberg seront déployés des "milliers de troupes de combat, des douzaines d'avions, des systèmes de défense aérienne S-400 et d'autres capacités très avancées". Le moment choisi " est notable et fait craindre que la Russie puisse stationner des troupes en Biélorussie en prétextant des exercices militaires dans le but, potentiellement, d'attaquer l'Ukraine ", a mis en garde le 18 janvier une haute responsable du département d'État américain.
Le Poutine de 2002
La Russie a beau avoir déployé des troupes en Moldavie, en Géorgie et en Ukraine sans le consentement de leurs gouvernements, pour elle, la principale faute revient à l'Otan dont l'élargissement vers l'Est de l'Europe n'a pas cessé depuis 1997. Moscou se sent menacé. Et parle de stratégie d'encerclement.
Pourtant, la Russie partage depuis 70 ans une frontière avec l'Otan, plus précisément avec la Norvège, membre depuis 1949, sans que cela pose un problème particulier. L'attitude actuelle du Kremlin a plutôt créé un effet inverse en réveillant le débat sur l'adhésion à l'Otan de deux pays restés neutres jusqu'ici, la Suède et la Finlande.
Le temps est loin du sommet de Madrid, en 2002, lorsque Vladimir Poutine avait signé avec les alliés une déclaration soulignant "une relation d'une qualité nouvelle" entre les deux puissances militaires.