Les tensions ukrainiennes, un prodigieux emmerdement pour Joe Biden
Cet article s'inscrit dans notre couverture spéciale "Ukraine : le spectre d'un conflit majeur".

- Publié le 28-01-2022 à 19h51
- Mis à jour le 31-01-2022 à 09h56

Affronter Moscou est une constante de la doctrine diplomatique américaine, en particulier pour les Républicains. Ceux-ci cultivent le paradoxe d'être davantage portés à l'isolationnisme que leurs adversaires démocrates, mais d'être également persuadés que les locataires du Kremlin sont la personnification du mal et ne peuvent qu'être hostiles à l'Amérique. C'est évidemment l'héritage de la guerre froide et du combat victorieux contre le "péril rouge" qui menaçait le "monde libre". Mais c'est aussi le produit d'une rivalité sans précédent, née de la possession de l'arme ultime - la bombe atomique - initialement par deux pays seulement, les États-Unis et l'URSS.
Dans ce contexte, un président américain, fût-il au plus bas dans les sondages, ne devrait avoir guère de difficultés à mobiliser les élus du Congrès, d'une aile à l'autre, pour contrecarrer les ambitions de la Russie. Au grand dam de Joe Biden, il n'en va plus nécessairement ainsi aujourd'hui. Certes, nombre de Républicains soutiennent la montée en puissance de l'engagement américain en Ukraine, mais d'autres s'inquiètent d'ores et déjà d'une escalade dangereuse ou d'un possible enlisement. Les États-Unis ont eu beaucoup de mal à sortir de vingt années de guerre en Irak et en Afghanistan. L'évacuation de Kaboul a été humiliante, en réveillant le douloureux souvenir du Vietnam. Nul n'a envie d'engager l'Amérique dans un nouveau conflit, et face à un ennemi autrement plus redoutable.
Une image de Poutine brouillée par Donald Trump
Des considérations de politique intérieure compliquent la donne. En louant les vertus de Vladimir Poutine, Donald Trump a brouillé l'image du dirigeant russe aux yeux, sinon des ténors du Parti républicain, du moins d'une partie de l'électorat et des médias conservateurs ; à neuf mois des législatives, adopter une posture trop agressive pourrait donc être néfaste. À plus forte raison que, pour beaucoup d'Américains, l'Ukraine, minée par la corruption, ne vaut pas beaucoup mieux que la Russie. Elle reste, de toute façon, un pays lointain dont l'intérêt stratégique pour Washington n'est pas marqué du sceau de l'évidence.
Enfin, s'il est un allié embarrassant à défendre pour Joe Biden, c'est bien l'Ukraine. Donald Trump l'accusa jadis d'avoir abusé de sa position de vice-président, quand il secondait Barack Obama, pour favoriser les affaires de son fils Hunter ou le mettre à l'abri de poursuites dans l'ex-république soviétique (il siégeait au conseil d'administration de Burisma, l'une des plus grosses sociétés pétrolières et gazières d'Ukraine). Le Démocrate s'est défendu de toute malversation et rien n'a jamais été prouvé contre lui, mais ses détracteurs jugeront inévitablement avec suspicion un trop grand empressement à voler au secours de Kiev.
Quoi qu'il en soit, déjà empêtré dans un conflit politique et commercial avec la Chine, Joe Biden aurait volontiers fait l'économie d'un bras de fer avec la Russie - laquelle a, sans surprise, reçu le soutien résolu de Pékin.