Alexandre De Croo plaide pour "unifier" la famille européenne au-delà des Vingt-sept
Le Premier ministre belge était à Berlin où il a prononcé un discours sur le futur de l'Europe. Il identifie trois chantiers prioritaires : la défense, l'énergie et le rapprochement avec les pays candidats à l'adhésion ou qui souhaitent le devenir
- Publié le 09-05-2022 à 21h24
- Mis à jour le 09-05-2022 à 23h36

Il n'y a pas qu'à Strasbourg, lors de la cérémonie de clôture de la Conférence sur l'avenir de l'Europe, que l'on a discuté des priorités et du futur de l'Union européenne. Le Premier ministre belge Alexander De Croo était lui en déplacement à Berlin, à l'occasion de la Journée de l'Europe.
Après s'être entretenu en milieu d'après-midi avec le président allemand Frank-Walter Steinmeier, il a prononcé un discours sur la poursuite du projet de construction européenne, à l'invitation de la Fondation Friedrich-Naumann pour la Liberté (liée au parti libéral FDP).
Un projet, souligne le titre de l'allocution du Premier ministre, que l'agression russe de l'Ukraine contraint à s'adapter et à évoluer.
Haro sur Poutine
Alors qu'à Moscou, Vladimir Poutine faisait parader ses troupes, Alexander De Croo s'est livré à une critique virulente du président du russe Vladimir Poutine "qui assassine brutalement des Ukrainiens, victimes de ses fantasmes impérialistes délirants". Le Belge pose le constat par ailleurs largement partagé, est que la guerre en Ukraine "marque un tournant historique pour les Européens. Le choix qui se pose à nous est simple. Soit nous nous en tenons aux vieilles recettes et aux vieilles structures, et l'Europe déraillera, soit nous renouvelons l'Europe et devenons plus fort et résilient en tant que bloc".
Ce qui se produit actuellement, estime-t-il, est "un choc de deux systèmes : "l'autocratie contre la démocratie". D'où la nécessité d'équiper et de renforcer l'Union européenne pour qu'elle puisse faire face. "C'est l'essence de la démocratie : le travail n'est jamais fini", a insisté M. De Croo.
Trois chantiers prioritaires pour l'Europe
Ces propos sur le renforcement de l'Union font écho à ceux prononcés plus tôt en début de journée à Strasbourg par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, celle du Parlement européen Roberta Metsola et par le président français Emmanuel Macron (dont le pays préside actuellement le Conseil). Ils ne sont pas non plus sans rapport avec le discours prononcé la semaine dernière par le Premier ministre italien Draghi devant le Parlement européen.
Contrairement à d'autres aujourd'hui et la semaine dernière, le Premier ministre n'a rien dit d'éventuelles réformes institutionnelles européennes - la position belge est d'identifier d'aborrd ce que l'on veut faire avant de réfléchir aux outils dont on a besoin pour le faire - mais a établi une liste de trois chantiers prioritaires pour l'Europe.
En premier vient l'Europe de la défense, qui n'entre pas en compétition, mais complète l'Otan. Atlantiste, Alexander De Croo a salué le président américain Joe Biden comme "capitaine du navire transatlantique", mais n'en a pas moins rappelé que cinq ans plus tôt, son prédécesseur, Donald Trump, questionnait ouvertement la défense collective. Conclusion : "Nous ne pouvons pas rester dépendants de qui sera le prochain occupant de la Maison-Blanche".
Le Premier convient que les Etats membres de l'Otan doivent porter à 2% la part de leur produit intérieur brut consacrée à la défense, mais n'importe comment. L'Union doit, selon Alexander De Croo, éviter la fragmentation de ses dépenses, qui rendent celles-ci redondantes et peu efficaces - "Les États-Unis ont quatre types de bateaux de guerre, l'Europe 30", a-t-il pointé.
Il appelle aussi les Européens à construire leur industrie de la défense, et à développer leurs propres technologies militaires, pour assurer un "retour sur investissement des dépenses militaires".
De Croo propose un plan européen pour investir dans les projets énergétiques
Le deuxième sujet d'importance est l'énergie et la nécessité pour l'Europe de gagner son indépendance du reste du monde dans ce domaine. En commençant par se passer des hydrocarbures que lui vend son belliqueux voisin. "Soyons honnêtes. Pendant trop longtemps, l'Europe a cajolé la Russie pour avoir du gaz et du pétrole russe à bon marché", admet M. De Croo. Il affirme que, comme l'Allemagne, il a cru que le changement de la Russie viendrait avec les relations commerciales. "Nous nous trompions. Quand vous dansez avec le diable, c'est lui qui vous transforme et pas l'inverse".
Importe donc de finaliser sans délai un marché européen de l'énergie mieux interconnecté et plus concentré sur les énergies renouvelables maison. "Plutôt que d'acheter des carburants fossiles aux autocrates, nous devrions nous acheter et nous vendre de l'énergie les uns aux autres", a-t-il déclaré.
Pour ce faire, Alexander De Croo avance l'idée de lancer place un nouveau plan ambitieux, financé au niveau européen, pour investir dans les grands projets énergétiques, dont le développement de technologies d'avenir, comme "l'hydrogène propre", domaine dans lequel "l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique" ont pris les devants.
Plaidoyer en faveur de l' "unification" européenne
Le troisième point a trait à "cet éléphant dans la pièce", que les Vingt-sept avaient tendance à ignorer : l'élargissement, devenu un sujet "toxique". La demande pressante de l'Ukraine de se voir attribuer un statut de candidat à l'adhésion les oblige à le regarder en face.
Si l'Union européenne néglige l'Ukraine, la Moldavie et les pays des Balkans qui n'en sont pas encore membres, ils deviendront un jour où l'autre "des États vassaux", que ce soit par le force (comme l'utilise la Russie) ou par "une politique d'investissement agressive" - non citée, la Chine est clairement visée.
Il n'est pas question de créer des raccourcis pour les pays candidats, ou candidats à la candidature. Si le processus d'élargissement est tel qu'il est, c'est pour de bonnes raisons. Alexander De Croo n'en insiste pas moins sur la nécessité d'œuvrer à "rapprocher" ces pays de l'Union européenne, en leur permettant de bénéficier d'avantages du marché intérieur et de l'espace démocratique européen et en les associant, d'une manière ou d'une autre, au travail de certaines institutions européennes. L'idée est d'ancrer ces pays à l'Union et à ses valeurs, "partie intégrante de notre démocratie libérale et de notre mode de vie européen, c'est pourquoi elles ne sont pas négociables".
Cette proposition fait écho à celle émise récemment par l'ancien Premier ministre italien Enrico Letta de créer une "confédération européenne" de 36 Etats membres – les Vingt-sept plus les pays candidats ou qui souhaitent le devenir – et à celle lancée plus tôt dans la journée par le président Macron de mettre en place une "nouvelle communauté politique européenne".
"Ce n'est pas un défi administratif ou logistique", sous-entendu, comme l'est le processus d'élargissement, "c'est un défi géostratégique. C'est un projet d'intégration des valeurs, et c'est le principal défi de notre génération européenne".