Le Pape est-il infaillible ?
Les catholiques doivent-ils absolument acquiescer aux paroles du Pape lorsqu'il s'exprime sur l'écologie ou l'avortement, par exemple ?

- Publié le 27-04-2025 à 13h07

S'il fallait prouver l'infaillibilité des papes, on n'irait pas bien loin. Le premier d'entre eux, l'apôtre Pierre lui-même, a trahi le Christ par trois fois. Pourtant, l'infaillibilité pontificale a bien été proclamée par le concile Vatican I le 18 juillet 1870 après des débats épiques et houleux. Et si ce dogme fut défini cette année-là dans un contexte historique qui menaçait le pouvoir pontifical (et qui imposait au Pape de redorer son autorité doctrinale), il fut invoqué dès les premiers siècles et prend appui, aux yeux de l'Église, dans les Évangiles de Matthieu et de Jean.
Pour autant, si on relit les textes de Vatican I, un pape n'est que très rarement "infaillible" : pour qu'il puisse exercer son "infaillibilité", les conditions sont nombreuses. Il doit s'exprimer ex cathedra, c'est-à-dire en tant que pasteur universel, solennellement, du haut de sa chaire, à propos de sujets liés à la foi et aux mœurs, en engageant définitivement et explicitement l'Église. De plus, sans que ce soit une condition en tant que telle, le Pape ne peut exercer son infaillibilité si sa parole n'est pas en accord avec ce que considère l'ensemble de l'Église.
Le Pape n'est donc pas "infaillible" lorsqu'il évoque des questions politiques ou circonstancielles. Lorsque François s'exprima sur l'avortement, la migration ou l'écologie, il n'engageait pas son infaillibilité. Même ses encycliques (documents qui ont pourtant une autorité certaine) ne sont pas considérées comme "infaillibles". Les fidèles sont amenés à les recevoir avec humilité, mais ils peuvent les critiquer sans être excommuniés.
En définitive, depuis 1871, les papes n'ont exercé leur infaillibilité qu'une seule fois : c'était en 1950 pour proclamer le dogme de l'Assomption (la montée au ciel de la Vierge Marie).
Ajoutons que certains experts affirment que le pape Jean-Paul II l'aurait exercé en 1994 pour affirmer que l'ordination sacerdotale était exclusivement réservée aux hommes. Mais ce point ne fait pas consensus, car le fait qu'un Pape déclare qu'il juge que l'Église a infailliblement tranché une question, ne signifie pas qu'il engage son infaillibilité en le disant, d'autant plus que la forme solennelle n'y était pas. Cette hésitation rappelle combien l'infaillibilité reste un sujet sensible au sein de l'Église. D'où la prudence des papes à son égard.