Fin de la guerre entre la Russie et l'Ukraine? "Le pire des scénarios serait de geler le conflit et de s'en désintéresser"
Malgré la supériorité militaire russe et quelques coups d'éclat ukrainiens, le front est pratiquement figé. Malgré d'inévitables tensions, de plus en plus de signes témoignent d'une possible volonté mutuelle d'entamer des négociations.
- Publié le 12-08-2024 à 07h08
- Mis à jour le 12-08-2024 à 08h47

Plus de deux ans et demi après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, dix ans après l'annexion de la Crimée et la déstabilisation du Donbass, tout indique que Kiev et Moscou sont prêts à discuter… Et rien n'indique qu'ils puissent tomber d'accord. Vladimir Poutine ne pourra sans doute pas obtenir les quatre oblasts exigés (Louhansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson) et Volodymyr Zelensky ne pourra vraisemblablement pas revenir aux frontières initiales de l'Ukraine. Entretien avec Thibault Fouillet, Directeur scientifique de l'institut d'études de stratégie et de défense.
La Russie est-elle en position de force pour négocier ?
Difficile à dire. Si vous prenez la tendance opérationnelle actuelle, oui, elle est dans une position plus favorable. Mais de quels gains majeurs peut-elle se targuer ? Moscou ne contrôle pas complètement les quatre oblasts revendiqués. Même si les troupes russes parvenaient à prendre Donetsk (ce qui est loin d'être le cas, NdlR), les zones de Zaporijjia et Kherson sont très sérieusement contestées par Kiev. Faute de gains suffisamment nets, la seule solution est d'arriver à trouver un compromis.
Les termes proposés de part et d'autre semblent toutefois inconciliables…
Effectivement, céder les quatre Oblasts exigés à Moscou me paraît délicat. C'est une portion importante du territoire ukrainien et une perte quasi-totale de la façade maritime ukrainienne. Il faudrait, quoi qu'il arrive, une importante contrepartie pour Kiev, comme autoriser une entrée de l'Ukraine dans l'Otan. Renoncer à cela aussi reviendrait à accepter de facto une défaite et une forme de neutralisation de l'Ukraine. Ce serait par ailleurs très peu acceptable en termes de droit international, car cela légitimerait une guerre d'agression au XXIe siècle.
Qui aurait le plus à perdre d'une poursuite de la guerre ?
À l'échelle locale, l'Ukraine, car ses problèmes de mobilisation et sa dépendance au soutien occidental font que la Russie ressortirait plus favorablement d'une guerre d'usure à terme. Au niveau géopolitique international, en revanche, où la Russie entend jouer un rôle majeur, une guerre qui dure, sans avancée majeure, et qui renforce sa dépendance à la Chine, est plutôt défavorable à Moscou.
Faut-il craindre une temporisation russe pour mieux revenir à l'offensive et "finir le travail" ?
Oui, le pire des scénarios serait de convenir d'une sorte de statu quo, un conflit gelé dont le monde se désintéresserait qui évoluerait progressivement vers un affrontement de basse intensité. Cela permettrait à la Russie de remonter en puissance tout en revenant dans le concert des nations. C'est précisément pour cela que les négociations sont compliquées. Toute la problématique occidentale est d'obtenir des garanties suffisantes pour qu'un accord de paix ne conduise pas à une simple pause opérationnelle russe de 1,5,10 ou 15 ans, qui laisserait le temps aux troupes russes de reconstituer. Il faut obtenir des garanties : une adhésion de l'Ukraine à l'Otan ou la mise en place d'une zone démilitarisée avec casques bleus, par exemple
