En quittant l'accord de Paris, Donald Trump forcera-t-il d'autres pays à faire de même ?
Le nouveau président américain a signé dès son investiture un décret prévoyant la sortie du pays de l'Accord de Paris, qui vise à maintenir la hausse des températures sous les 1,5°C. Quels en sont les effets ?

- Publié le 21-01-2025 à 19h45
- Mis à jour le 21-01-2025 à 19h46

"Je me retire immédiatement de l'Accord de Paris sur le climat, une escroquerie injuste et unilatérale", a lancé Donald Trump lundi, dans la foulée de son investiture. Le Républicain, climatosceptique notoire, a signé dès son retour au pouvoir un décret présidentiel puis une lettre aux Nations unies en ce sens. Conclu sous l'égide de l'Onu il y a près de dix ans, l'Accord de Paris rassemble la quasi-totalité des États du monde et vise à maintenir le réchauffement climatique sous le seuil d' 1,5 °C en réduisant considérablement les émissions de gaz à effet de serre. Les États-Unis avaient momentanément quitté une première fois l'accord sous le premier mandat de Donald Trump, qui avait promis qu'il réenclencherait cette sortie s'il était réélu. La première puissance mondiale rejoint en cela seulement trois pays, au ban de la communauté internationale : l'Iran, le Yémen et la Libye.
À quel effet doit-on s'attendre sur la coopération internationale en matière climatique ? "Cette décision constitue une crise et son effet n'est pas du tout marginal, mais il faut un peu en nuancer l'impact, juge Romain Weikmans (ULB), spécialiste de la gouvernance climatique internationale. Même sans l'élection de Donald Trump, l'objectif des 1,5 °C était hors d'atteinte. Mais le cadre lui-même de l'Accord de Paris va rester car il n'est pas très contraignant. L'accord est assez résilient, flou et large pour que d'autres pays ne suivent pas les États-Unis. Cela leur coûterait plus que ce qu'ils n'y gagneraient car ils se mettraient la communauté internationale à dos. Par exemple, l'Union européenne, dans ses accords commerciaux ou autres, veille à ce que les pays soient signataires de l'Accord de Paris. Même si d'autres retraits ne sont pas impossibles – on a parlé de l'Argentine – car cela donnerait des gages à Donald Trump (de la part de ces pays, NdlR)."
Pression de la diplomatie américaine
D'autant que dans le même temps, le nouveau président américain s'est engagé, en gros, à booster les énergies fossiles et à freiner les énergies renouvelables, alors que la communauté internationale a promis à la Cop 28 une sortie de ces hydrocarbures. "Il faut voir à présent si chaque pays va utiliser les actions des États-Unis comme justificatif pour en faire moins – il est sûr que ce sera le cas pour une série, la décision fait plaisir aux autres pays producteurs, par exemple, poursuit l'expert de l'ULB. Et observer si, en plus, la diplomatie américaine va déployer des efforts pour inciter d'autres nations à stopper leurs ambitions climatiques. Les États-Unis pourraient en effet dire : 'Vous devez acheter davantage d'énergies fossiles, mettre de côté vos efforts de déploiement des énergies renouvelables, sinon nous mettons en place des tarifs douaniers', par exemple. S'ils rentrent dans ce genre de rhétorique, l'effet pourrait être beaucoup plus grave. Mais à ce stade, ce n'est pas ce qu'on voit arriver." Il faudra néanmoins prendre en compte l'arrêt par Donald Trump du financement américain de la transition climatique dans les pays du Sud (11 milliards en 2024), toutefois moindre que celui de l'Union européenne (28 milliards, en 2023).
Quel leadership ?
Concrètement, "il est certain que les émissions de gaz à effet de serre seront plus importantes qu'elles l'auraient été en l'absence de Trump", ajoute M. Weikmans. Tout en nuançant : "Des dynamiques, de marché et technologiques, sont en place, au niveau d'autres États, d'acteurs économiques, d'États américains. Des dynamiques, qu'au sein de son administration, Trump ne contrôle pas. Dans certains cas, les énergies renouvelables sont plus compétitives que les hydrocarbures. Les investisseurs privés pourraient également ne pas être aussi chauds pour l'exploitation des énergies fossiles que Donald Trump… Par ailleurs, dans le monde les émissions de GES sont très éclatées ; les États-Unis ne représentent que14 %."
Mardi, l'Union européenne et la Chine ont réagi à la décision américaine en soulignant l'importance de la lutte climatique et du multilatéralisme en la matière. De quoi prendre le leadership ? Pas vraiment : "On peut s'attendre à des déclarations symboliques – bienvenues d'ailleurs – de pays comme la Chine, de l'UE, mais aussi le Royaume-Uni, le Brésil… Mais ces pays vont-ils dire : nous allons faire ce que les États-Unis ne font pas ? Cela ne va pas se produire comme cela." Si aucun pays ne reprend ce leadership, les prochaines Cop pourraient se contenter "de limiter les dégâts et non de s'engager davantage", avertit le spécialiste.