Le "cahier Atoma" de l'Arizona: les accords secrets du futur gouvernement fédéral
Bart De Wever et ses partenaires ne peuvent pas tout écrire dans le projet d'accord de majorité. Certains points doivent rester dans l'ombre pour diverses raisons. Il s'agit parfois de détails, parfois d'engagements nettement plus politiques.

- Publié le 08-01-2025 à 07h04

Pour qu'une majorité gouvernementale soit viable, tout ne peut pas être dit dans l'accord de gouvernement, qui est censé être un document public. Mais il faut tout de même mettre par écrit les décisions informelles négociées par les partenaires de la coalition afin d'en garder une trace. Une question de confiance.
En Belgique, il existe une expression savoureuse illustrant cette méthode de travail : on dit que l'on note ces accords de l'ombre dans le "cahier Atoma". Pourquoi évoquer cette marque réputée ? Car elle est connue pour ses carnets composés de feuillets détachables. Dans son cahier Atoma, un formateur délicat peut ainsi faire disparaître du document final des arrangements à la marge ou stratégiques mais ne pouvant être révélés.
Un exemple. Lorsqu'il s'est agi de mettre en place la majorité "suédoise" en 2014, le "cahier Atoma" de l'équipe de Charles Michel précisait que le remboursement des coopérateurs d'Arco – le bras financier du mouvement ouvrier chrétien – devait commencer au cours du premier semestre 2015. Après la faillite de Dexia, dont Arco était l'un des actionnaires, cette question était très sensible pour le CD&V, l'un des partis de la coalition fédérale.
Changement de méthode
Et l'Arizona ? Le gouvernement en préparation, réunissant la N-VA, Les Engagés, le MR, Vooruit et le CD&V, ne fait pas exception. Selon nos informations, Bart De Wever recourt lui aussi à la technique du cahier Atoma. Toutefois, le fait de noter certains compromis en dehors du texte officiel n'est arrivé qu'assez tard dans les palabres fédérales actuelles.
Pourquoi ce changement de méthode ? "Parce que, au départ, la N-VA estimait que ses notes ne devaient pas faire l'objet d'amendements. Après, elle a bien dû accepter les demandes de modifications des autres partis. Et cela a fait que certaines précisions ont été inscrites dans le cahier Atoma." Contactés ce mardi à ce sujet, fidèles à la discrétion qu'ils s'imposent depuis le début des négociations, les nationalistes flamands ne font aucun commentaire.
Attention, quand on parle de "cahier Atoma", cette expression est purement symbolique à l'heure du traitement de texte. Les points sensibles ne devant pas être diffusés sont simplement repris dans un fichier informatique. Comme c'était d'ailleurs le cas dans la Vivaldi, confie un mandataire de premier plan : "Sous De Croo, le cahier Atoma, c'était un document Word géré par Ruben Lecok (chef de cabinet du Premier ministre). Je n'ai jamais vu de cahier Atoma stricto sensu durant les négociations."
L'exégèse de l'accord officiel
Dans le "cahier Atoma" de l'Arizona, selon une autre source, on trouve notamment des éclaircissements, l'exégèse du texte en cours de discussion." Le cahier Atoma actuel ne reprend parfois que de simples précisions à propos d'une décision pour éviter que l'on utilise une phrase dans un sens plutôt qu'un autre lors de la mise en œuvre de l'accord." Il s'agit ici d'assurer la confiance entre les formations de la future majorité, que tout soit clair pour que personne ne se sente trahi durant la législature. Le cahier Atoma a donc aussi pour objectif de conforter la stabilité politique de l'équipe fédérale.
Le cahier Atoma actuel ne reprend parfois que de simples précisions à propos d'une décision pour éviter que l'on utilise une phrase dans un sens plutôt qu'un autre lors de la mise en oeuvre de l'accord."
Les équilibres linguistiques
Certains ajouts non-officiels dépassent parfois le stade de la compréhension juste d'une ligne ou d'un paragraphe. Entre autres, des assurances ont été données aux négociateurs sur le rôle linguistique des directeurs de l'Autorité belge de la concurrence (ABC). La législature passée, le dossier avait empoisonné l'air au sein du gouvernement De Croo. Pour rappel, après plusieurs procédures de recrutement, Axel Desmedt avait été sélectionné pour prendre la tête du gendarme de la concurrence. Un problème se posait toutefois quant à son rôle linguistique. Parfait bilingue, il était considéré comme néerlandophone en raison de son diplôme obtenu à la VUB. Or, le poste devait en principe revenir à un francophone… Le MR avait fortement contesté cette nomination.
En verrouillant les rapports de force linguistiques au niveau de la direction, les "arizoniens" souhaitent sans doute éviter de vivre la même galère politique. Outre ce point, d'autres garanties sur les équilibres communautaires et linguistiques figurent également dans le cahier Atoma.
Défense, diplomatie…
Enfin, le document "secret" de Bart De Wever évoquerait certaines questions sensibles qui ne peuvent être diffusées publiquement pour des raisons évidentes. Par exemple, en matière de Défense ou à l'égard de la ligne à suivre dans les relations diplomatiques avec certaines puissances étrangères.