Pour traverser le détroit d'Ormuz, il faudra 2 millions de dollars et une "vérification géopolitique" de son navire
Plusieurs navires ont réussi à traverser le détroit d'Ormuz discrètement depuis le 13 mars, passant par un nouveau corridor et en éteignant leur signal GPS. Mais l'addition est salée pour les compagnies maritimes.

- Publié le 27-03-2026 à 18h33
- Mis à jour le 28-03-2026 à 12h07

Les médias le surnomment déjà "le péage de Téhéran". Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, un lieu stratégique est au centre de l'attention : le détroit d'Ormuz. Ce passage maritime de facto contrôlé et bloqué par l'Iran fait en effet transiter près de 20 % du pétrole et du gaz mondial. Avant le conflit, près de 110 navires y circulaient chaque jour. Ce chiffre est désormais retombé à moins de 10 par jour, selon le service d'intelligence maritime basé à Londres, Lloyd's List. Une chute brutale qui contribue notamment à la crise énergétique que nous connaissons aujourd'hui. Désormais, davantage de bateaux pourront donc maintenant le traverser, moyennant une taxe salée.
Un nouveau corridor, l'île de Larak
Dans les faits, l'accès au détroit est strictement encadré et la situation s'est d'ailleurs aggravée ces deux dernières semaines, passant d'une centaine de navires traversant le détroit début du mois à seulement 26 bateaux depuis le 13 mars, selon Lloyd's List. Ces derniers empruntent désormais un nouveau corridor passant par l'île de Larak, dans les eaux contrôlées par l'Iran. En contrepartie, le régime iranien a donc instauré une taxe que les navires doivent payer pour garantir leur passage en toute sécurité.

La majorité des bateaux appartiendraient à des armateurs grecs mais des navires chinois, indiens, pakistanais, syriens et, évidemment, iraniens figurent également parmi ceux ayant effectué la traversée. Plusieurs analystes estiment par ailleurs que la plupart des cargaisons qui ont eu l'autorisation de traverser ont pour destination la Chine, partenaire économique clé de l'Iran.
Un procédé bien strict
Pour traverser le détroit d'Ormuz en période de guerre, mieux vaut avoir ses papiers en règle. En effet, selon les informations obtenues par Lloyd's List, les navires doivent soumettre aux autorités iraniennes un dossier complet comprenant la liste de leur cargaison, la destination, les informations sur la société propriétaire des navires et la liste complète de l'équipage. Ces données sont ensuite transmises aux Gardiens de la Révolution qui effectuent une "vérification géopolitique" du navire. Sans cette autorisation, pas de traversée.
Mais si l'examen est validé par le gouvernement iranien, les Gardiens de la Révolution délivrent un code d'autorisation et communiquent aux navires des instructions très précises sur la route à suivre. Les navires sont alors contactés par radio pour une vérification des codes et des bateaux iraniens sont déployés pour escorter le navire tout au long du passage autour de l'île de Larak.
Lors de ce passage, aucun navire n'a le droit d'activer son système d'identification automatique (AIS), conçu pour détecter et enregistrer toutes les informations telles que l'identité, la position, leur vitesse et leur cap des bateaux.
À quel prix ?
Ce péage n'est évidemment pas donné. Selon les médias iraniens, qui citent les propos d'Alaeddin Boroujerdi, membre de la commission parlementaire de la Sécurité nationale iranienne, le tarif imposé à certains navires atteindrait 2 millions de dollars. Une somme qui pourrait représenter une rentrée d'argent spectaculaire pour le régime iranien. En effet, le secrétaire général de l'Organisation maritime internationale, Arsenio Dominguez, a déclaré au média qatari Al Jazeera que près de 2 000 navires attendaient de part et d'autre du détroit pour le traverser.

Par ailleurs, alors que l'Iran avait annoncé la possibilité de faire payer en yuan les navires voulant naviguer dans les eaux du détroit, il apparaît que deux des 26 navires ayant déjà traversé le détroit ont effectivement réglé leur péage en monnaie chinoise. À ce stade, il reste incertain si ce sont réellement ou uniquement des navires chinois qui ont payé en yuan.
Les compagnies maritimes ont peur des représailles
Selon LLoyd's List, de nombreuses compagnies maritimes restent toutefois très nerveuses face aux conséquences judiciaires et politiques qu'impliquerait le paiement de cette taxe. Les compagnies ont en effet peur d'être accusées de collaborer avec les Gardiens de la Révolution iraniens, considérés comme une organisation terroriste par plusieurs pays occidentaux.
Mais la situation reste particulièrement tendue pour les navires bloqués autour du détroit. Depuis le début de la guerre, une vingtaine de navires ont en effet été pris pour cible lors d'attaques, causant plusieurs morts parmi les équipages.
