"Geen commentaar"
Quel est l'état d'esprit des deux principaux ministres intéressés, ceux qui ont mené les négociations pour le sauvetage de Fortis, Yves Leterme et Didier Reynders?
- Publié le 18-11-2008 à 00h00
Quel est l'état d'esprit des deux principaux ministres intéressés, ceux qui ont mené les négociations pour le sauvetage de Fortis, Yves Leterme et Didier Reynders?
Chez Didier Reynders, on se borne à préciser que l'on attend la décision avant de réagir. La sérénité prévaut.
Au cabinet du Premier ministre, on se montre aussi d'une prudence extrême. Officiellement, le commentaire, à la veille de la décision est: "Geen commentaar". Le cabinet connaît évidemment les différents scénarios possibles mais le Premier ministre, laisse-t-on sous-entendre, a la volonté de respecter scrupuleusement la séparation des pouvoirs et de n'influer en rien sur la décision qui sera rendue ce mardi. Mais il faut s'attendre à ce qu'il réagisse ce mardi, une fois la décision connue.
Evidemment, sans vouloir être trop cruel, on est tenté de relire ce que le même Premier ministre disait, il y a dix jours à peine, à propos des actions en justice intentées par les actionnaires.
Le 7novembre dernier, il avait en effet laissé entendre que l'Etat pourrait retirer ses billes si l'issue de la procédure intentée débouchait sur une annulation de l'opération. "Fortis était à deux millimètres de la banqueroute. Si les actionnaires veulent revenir à cette situation, ils devront eux-mêmes résoudre le problème", avait-il sèchement déclaré dans une interview à "Het Laatste Nieuws". Il s'était montré plus précis encore en déclarant: "Si le tribunal déclare la vente illégale, l'Etat retirera son apport financier et ce sera une bonne nouvelle pour le budget. Si nous n'avions rien fait, la valeur de l'action Fortis ne vaudrait plus un centime". Pour lui, les actionnaires oublient un peu vite qu'ils portent une part de responsabilités, notamment lorsqu'ils ont approuvé, à 98 pc, la reprise de la banque néerlandaise ABN Amro.
Comme cela, on sait au moins ce qu'il pense. Mais chuuut: ces propos, Yves Leterme ne veut surtout pas les réitérer, de peur de ramasser une nouvelle volée de bois vert. De la part des associations de magistrats, mais aussi des avocats des actionnaires engagés dans ce bras de fer.
Rarement, il est vrai, un Premier ministre aura ainsi donné autant de bâtons pour se faire battre. Rarement un Premier ministre aura été si loin dans les tentatives d'intimidation du pouvoir judiciaire.
Reste à voir, évidemment, si cette sortie aura une influence sur le pouvoir judiciaire qui, disent certaines sources, pourrait être tenté de prendre sa revanche en prenant une position très dure (rappelons quand même qu'on ne jugera pas au fond) ou si la présidente du tribunal, dans sa grande sagesse, se prononcera sans tenir compte de la très maladroite sortie du Premier ministre.
