Une juge guidée par le bon sens
La présidente du tribunal de commerce de Bruxelles va rendre une ordonnance très attendue.La pression n'a pas l'air de troubler sa tranquillité.
- Publié le 18-11-2008 à 00h00
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Ce mardi, une bonne partie de la Belgique sera, avec curiosité, espoir, anxiété, c'est selon, suspendue aux lèvres de Francine De Tandt, la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles.
L'intéressée est-elle gagnée par un stress incontrôlable à quelques heures de la lecture de son ordonnance? Ce serait mal la connaître. Femme discrète, qui ne se fait guère mousser, Mme De Tandt échappe à la pression qui entoure ce dossier en ne se distrayant pas de ses habitudes.
Vendredi soir, elle a accompagné son mari au chapitre de la Commanderie des vins de Bordeaux, dont elle est friande, avec la modération qui s'impose et une prédilection pour les Margaux. Et, au cours du week-end, elle a profité des plaisirs de la vie familiale, elle qui voue un amour sans limites à ses deux filles et à ses trois petits-enfants.
Sa placidité lui vient aussi de son expérience. En succédant, en avril2007, à l'expansive Anne Spiritus-Dassesse, Mme De Tandt couronne une carrière de juriste entamée en 1972, lorsque, licences en droit et en droit économique en poche, elle entre au cabinet d'avocats d'affaires bruxellois Antoine Baetens. Le "patron" l'avait repérée avant même la fin de ses études.
Bilinguisme et éclectisme
L'itinéraire de cette mère de famille tranquille est celui d'une parfaite bilingue, née du côté de Brakel ("chez Herman De Croo"), dans une maison dont le jardin était sis en Hainaut et le corps de logis en Flandre orientale.
Dans la famille, on manie aussi bien le néerlandais que le français, entretenu, entre autres lectures, grâce à un abonnement à "La Libre Belgique".
Etudes primaires à Audenarde et secondaires chez les sœurs, à Mons. Francine De Tandt choisit l'option latin-grec, ce qui contrariera quelque peu sa vocation. Elle rêve, en effet, de faire médecine, "pour aider et soigner les hommes", mais avec deux heures de maths par semaine au programme, c'est un peu juste.
Elle opte donc pour le droit et ne l'a jamais regretté, elle qui considère que sauver des entreprises en difficulté, c'est, en quelque sorte, guérir leurs travailleurs. Elle entre à l'ULB, ce qui prouve que, dans la famille, on n'est pas sectaire. Elle passera ensuite à la VUB et termine son parcours comme on le sait.
Elle fera ses griffes au barreau de Bruxelles pendant six ans avant d'embrasser la carrière de magistrat par hasard. Un cousin de ses parents, vice-président du tribunal de commerce de Bruxelles, cherche deux juges bilingues issus du droit des affaires et le lui fait savoir.
Roses, lecture et voyages
C'est le début d'une aventure qui verra Francine De Tandt être nommée vice-présidente du tribunal en 1994 et présidente en 2007, pour un mandat au terme duquel elle prendra une retraite vouée aux voyages, à la lecture et à l'entretien de son jardin de Schepdaal, dans le Payottenland.
Un coin de nature qu'elle quitte chaque matin à six heures, car elle aime disposer de tout son temps avant l'audience pour régler les choses qui incombent à un chef de corps.
En trente ans, elle a vu les compétences des tribunaux de commerce s'élargir considérablement. Elle a eu, aussi, tout le loisir d'apprendre à connaître par cœur le monde des affaires de la capitale.
Réputée pour son sens de l'écoute et son pragmatisme, Francine De Tandt ne passe pas pour une hussarde. Pour certains, c'est signe de bon sens et de sérénité. Pour d'autres, cela pourrait traduire un léger manque d'audace. Mais personne n'a jamais pu dire d'elle qu'elle manquait d'indépendance.
