DiabHealth, l'appli qui simplifie la vie des diabétiques
Avec une photo de son repas, le diabétique peut connaître sa teneur en glucides, grâce à cette appli belge.

- Publié le 21-06-2024 à 08h00
- Mis à jour le 21-06-2024 à 09h16

Voilà une mauvaise nouvelle qui sera finalement à l'origine d'un beau projet et de la création d'une start-up : à l'âge de 18 ans, Gauthier Bohyn apprend qu'il est diabétique de type 1 et qu'il devra donc régulièrement se faire des injections d'insuline, notamment à chaque repas. Mais devenu informaticien, quelques années plus tard, il décide de créer une application destinée à simplifier la vie des patients diabétiques, comme il le raconte aujourd'hui : "Dans un premier temps, mon endocrinologue m'a donné des listes d'aliments et des tableaux sur des feuilles de papier pour calculer le plus correctement possible le nombre de glucides que je prenais chaque fois que je mangeais, et donc les doses d'insuline à m'injecter pour conserver le meilleur taux de glycémie (taux de sucre dans le sang, NdlR). Je me suis rendu compte qu'il était assez compliqué de calculer les glucides d'un repas et je me suis dit : il faut automatiser tout cela. Avec trois amis – Thibaut Hermant, François Temmerman et Nicolas Descamps –, nous avons planché sur une application qui permettrait de faire ce calcul et d'éviter au diabétique de se poser mille questions à ce sujet."
Aussi utile pour les diabétiques de type 2
Cette appli, DiabHealth, est née il y a environ un an. Disponible dans l'Apple Store et Google Play, elle propose surtout une fonctionnalité "unique", selon Gauthier Bohyn : lorsque le diabétique envoie une photo de son assiette à l'application, celle-ci identifie les aliments présents et évalue leur teneur en glucides. Ce qui permet ensuite au patient de calculer les doses d'insuline nécessaires. Et cette fonction (payante : 9,99 euros par mois, alors que l'accès à l'appli est gratuit) est particulièrement utile pour ceux qui portent une pompe à insuline, celle-ci injectant automatiquement des doses en fonction des informations (sur la quantité de glucides) qui sont fournies par le patient.

Mais l'application ne s'arrête pas là : reliée à une plateforme web, elle permet, aussi, de collecter et conserver une série de données sur le patient (ses taux de glycémie, les repas pris sur une longue période, les activités sportives qu'il a pratiquées…). Des données auxquelles pourront avoir accès des hôpitaux et des professionnels de la santé (diabétologues) pour améliorer le traitement de leur patient.
Et DiabHealth n'a pas vocation à aider les seuls diabétiques de type 1 (insulino-dépendants) : "Cette application est aussi très utile pour les diabétiques de type 2 qui doivent être attentifs à ce qu'ils mangent mais aussi pour les personnes qui souffrent d'un diabète 'gestationnel'(5 % des femmes enceintes souffrent d'un diabète de grossesse qui disparaît le plus souvent après l'accouchement, NdlR)", précise Gauthier Bohyn.
Mille utilisateurs, plusieurs hôpitaux
Aujourd'hui, l'application DiabHealth est utilisée par un millier de personnes en Belgique et en France. Mais développer un tel projet dans le domaine de la santé n'est pas des plus simples et prend beaucoup de temps, selon le cofondateur de la société. "Pour augmenter l'automatisation des processus, nous essayons de nous lier à d'autres applications, comme Strava (sport) ou Apple Santé. Mais aussi à des firmes spécialisées dans le diabète, comme Abbott (qui propose des capteurs de glycémie, NdlR) ou Novo Nordisk. Mais le retour de ces firmes prend des mois, parfois même des années", souligne Gauthier Bohyn.
Si, grâce à cela, je peux réussir à faire quelque chose de mon diabète, j'en serai très heureux."
Et en Belgique ? DiabHealth, située à Wavre, a été soutenue par l'incubateur CEI de Louvain-la-Neuve et l'est maintenant par Wallonie Entreprendre et l'Awex pour ses développements à l'étranger (au Canada, notamment) mais n'a pas reçu d'aides de la Région wallonne à ce jour. "Décrocher des aides financières directes, ce n'est pas évident : en Flandre, cela dure cinq mois ; en Wallonie, il faut souvent trois ans avant d'avoir une réponse."
Pour Gauthier Bohyn (27 ans aujourd'hui, et également cofondateur de la société Wecodx), le projet DiabHealth (qui n'a pas encore atteint l'équilibre financier) a évidemment une saveur particulière. "Le but de notre appli est d'alléger la charge mentale des patients diabétiques. Et si, grâce à cela, je peux réussir à faire quelque chose de mon diabète, j'en serai très heureux."