Serge Litvine : "Ecolo et Groen ont de bonnes mais aussi de très mauvaises idées. Les 259 voix de préférences d'Elke Van den Brandt le prouvent"
L'homme derrière La Villa Lorraine, entre autres, n'est pas avare en critique envers les politiques. Mobilité, business et Horeca, Serge Litvine livre son regard sur Bruxelles et son évolution ces dernières années. Il est l'Invité du Mag Eco.

- Publié le 23-10-2024 à 08h02
- Mis à jour le 25-10-2024 à 17h33

Ça lui colle à la peau. Même s'il a cédé officiellement tous ses restaurants à ses enfants, Serge Litvine reste la figure de la restauration gastronomique à Bruxelles. Quitte à agacer certains de ses concurrents. Mais l'ex-propriétaire de multiples restaurants, dont la célèbre Villa Lorraine (cuisine dirigée par le chef étoilé Yves Mattagne), et la haute perchée Villa in The Sky (dirigée par le chef étoilé Alexandre Dionisio), reste dans les parages. Et défend ses intérêts, ainsi que ceux des enseignes de la Litvine society. Quitte à mettre les pieds dans le plat et à être très critique vis-à-vis des personnalités politiques. En particulier Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles (PS), et Elke Van den Brandt, ministre bruxelloise de la mobilité (Groen) sous la législature sortante. Retrouvez l'entièreté de l'entretien dans la vidéo ci-dessus.
"C'est vrai que c'est plus difficile qu'il y a quinze ans pour ouvrir un restaurant", entame Serge Litvine sur le plateau de LN24. "C'est plus difficile de trouver des gens motivés et compétents", poursuit-il, reconnaissant que c'est un métier difficile qui a évolué "dans le bon sens". Néanmoins, selon lui et de nombreux restaurateurs, "la donne a changé depuis le Covid-19".
"Il y a une incompétence politique et, certainement, une forme d'inconscience."
Le secteur connaît un nombre important de faillites – 208 à Bruxelles en un mois. La fin du gel des faillites – gel qui avait été décidé durant la période "post-Covid" – explique en partie cette situation. Mais, pour Serge Litvine, la situation critique est aussi due à "une incompétence politique", taclant au passage le plan Good Move, qui a restreint l'accessibilité de la capitale aux automobiles et dès lors impacté en partie la fréquentation de ses établissements. "Il y a là, certainement, une forme d'inconscience", affirme-t-il, car ces restaurateurs, sans emploi, "vont être un coût pour la société".
"Ce n'est pas ma marotte, c'est celle de beaucoup de citoyens. Il y a des bonnes choses mais aussi des mauvaises, comme la fermeture du bois de la Cambre au trois-quarts. Ce qui l'a transformé en dépotoir et a créé des embouteillages ailleurs. Donc beaucoup moins de gens viennent à Bruxelles", affirme-t-il, tout en précisant que des villes comme Anvers connaissent le même sort. "Quand vous représentez la gastronomie, il est normal qu'il y ait des gens qui viennent de l'extérieur. Bruxelles est la capitale de l'Europe", justifie-t-il.
"Philippe Close est charismatique, intelligent et sympathique, mais je lui fais pas mal de griefs par rapport au plan de mobilité."
"J'aime la ville, le côté citadin. Pas que la ville soit hyper polluée, il faut être idiot pour dire ça, mais il faut un juste équilibre. Il existe plein de villages aux alentours de Bruxelles ou en province où il fait bon vivre, pour ceux qui le veulent", renchérit-il. "Les partis Écolo et Groen ont de bonnes idées, mais aussi des très mauvaises. Et ce qui est mauvais, c'est leur dogmatisme qui s'est répercuté dans les décisions d'Elke Van den Brandt, pour ne citer qu'elle", assène-t-il. "Elle a d'ailleurs fait un score magnifique de 259 voix de préférence à Ganshoren", tacle-t-il encore.
Écolo/Goen, uniques responsables ?
S'il reconnaît qu'il est peut-être facile de taper sur Écolo et Groen, qui n'étaient d'ailleurs pas à la base du plan Good Move mais en ont payé les pots cassés, il enchaîne. "On peut parler de Pascal Smet (ex-ministre bruxellois de la Mobilité à la base du plan Good Move, Vooruit, NdlR) , qui a fait certaines bonnes choses, mais les politiques doivent trouver les meilleures solutions pour les citoyens et non être au service de leur dogmatisme", maintient-il.
"Quand vous représentez la gastronomie, il est normal qu'il y ait des gens qui viennent de l'extérieur. Bruxelles est la capitale de l'Europe"
"Philippe Close est charismatique, intelligent et sympathique, mais je lui fais pas mal de griefs par rapport au plan de mobilité", avance-t-il, regrettant fortement la fermeture du bois de la Cambre, une option défendue par le bourgmestre socialiste de la ville de Bruxelles. Ce dernier doit d'ailleurs jouer avec une nouvelle coalition depuis les élections communales de début octobre, qui ont éjecté Écolo. "Est-ce que le bois va être ouvert sous pression des partenaires Engagés et MR, je le souhaite, mais on va voir", poursuit-il, tout en espérant également voir des changements du côté des différentes fédérations Horeca en Belgique, dont celle de Bruxelles, présidée par Matthieu Léonard.
Serge Litvine estime qu'il faudra nationaliser les trois fédérations régionales en trois fédérations nationales mais distinctes : une pour la restauration, une pour l'hôtellerie et une pour les cafés. "Son idée de trois fédérations distinctes par métier est belle… mais hélas infaisable en pratique", répond néanmoins Matthieu Léonard. "C'est bien beau de vouloir scinder les fédérations par métier, mais c'est bien mal connaître les structures de fonctionnement qui sont actives et qui réalisent un boulot colossal plutôt efficace", avance-t-il. "Je le rejoins toutefois sur une coupole officielle fédérale", expose-t-il tout de même, précisant que c'est le souhait des trois fédérations. Mais pas sûr que les autorités politiques régionales veuillent laisser la main sur ces questions.
Retrouvez l'intégralité de l'interview en vidéo ci-dessus ainsi que l'émission complète Le Mag Eco ci-dessous ou sur LN24, tous les jeudis.
