Michael O'Leary (Ryanair) : "Des nuisances sonores ? Même les oiseaux dorment tranquillement à l'aéroport de Charleroi"
Le patron de la compagnie aérienne low-cost est "très optimiste" par rapport au futur de l'Europe. "Trump aboie beaucoup, mais sa morsure ne sera pas aussi terrible", juge-t-il.

- Publié le 29-01-2025 à 15h54
- Mis à jour le 29-01-2025 à 18h19
Comme à son habitude, Michael O'Leary, le patron du groupe Ryanair, a fait, mercredi, un passage express à Bruxelles. Avant de s'envoler vers Londres avec son jet privé, l'Irlandais a eu le temps de rencontrer le nouveau Commissaire européen aux transports, Apóstolos Tzitzikóstas. "Il est grec et connaît l'importance des liaisons aériennes à bas prix pour son pays et pour l'Europe. Je pense qu'il peut vraiment faire quelque chose pour les compagnies aériennes. En tout cas, cela ne peut pas être pire que l'ancienne Commissaire (la Roumaine Adina-Ioana Vălean, NdlR) qui était complètement inutile (sic)". Michael O'Leary a, aussi, répondu aux questions de "La Libre".
Que pensez-vous de l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis ? Pensez-vous que cela peut changer quelque chose en Europe ?
Oui, c'est un vrai signal d'alarme pour l'Europe. La moitié de ce que fait Trump est fou mais l'autre moitié est raisonnable. Il veut améliorer l'efficacité des États-Unis et cela oblige l'Europe à faire de même. L'Europe doit faire le ménage : on doit absolument mettre un terme à ces trente années de taxes et de régulation folles. Trump aboie beaucoup, mais sa morsure ne sera pas aussi terrible. En fait, je suis très optimiste car l'Europe, et l'Irlande en particulier, ont une très bonne histoire avec le nouveau président des États-Unis. Tous les nouveaux amis de la Tech de Trump ont d'énormes investissements en Europe, qui reste l'un des deux plus grands marchés du monde. Ils n'ont aucun intérêt à couper ces liens, tout comme des entreprises comme Boeing qui vendent à travers le monde. Ryanair a acheté pour 35 milliards de dollars d'avions fabriqués aux États-Unis. Nous sommes ainsi l'une des principales cartes de visite pour l'Europe dans les négociations commerciales de la Commission avec la Maison-Blanche.
"Nous sommes l'une des principales cartes de visite pour l'Europe dans les négociations commerciales avec la Maison-Blanche"
Voulez-vous la fin des taxes environnementales sur les avions ?
Non, mais nous avons besoin de taxes environnementales équitables et pas de payer davantage que nos concurrents non-européens ou les compagnies européennes qui font du long courrier, comme c'est le cas actuellement. C'est primordial d'améliorer notre empreinte environnementale et nous le faisons tous les jours en renouvelant note flotte avec des avions plus propres.
Depuis janvier, les compagnies européennes doivent ainsi voler avec au moins 2 % de carburant durable et cela va augmenter à 10 % en 2030. Mais honnêtement, je ne vois pas où nous allons trouver ce carburant vert, surtout avec l'arrivée du "Drill Baby Drill" de Trump. Plus aucune compagnie pétrolière n'a intérêt à investir dans le durable. On doit être plus lucide et le rapport Draghi voyait juste. Nous devons cesser de nous taxer nous-mêmes en permanence en Europe. Taxer injustement les citoyens européens ne sauvera pas la planète.
Vous accusez certains "riches" aéroports d'imposer des redevances trop élevées. Est-ce le cas de l'aéroport de Bruxelles ?
Oui et nous n'y grandirons plus tant que l'aéroport ne diminuera pas ses taxes. On voit où cela le mène : Zaventem n'a toujours pas retrouvé ses chiffes d'avant-Covid, là où Charleroi est en train de grandir de manière impressionnante. En Europe, on doit aussi avoir des règles communes de bon sens. Un stupide (sic) ministre espagnol vient d'interdire la limitation de bagages en cabine dans son pays (Il a, en fait, sanctionné cinq compagnies, dont Ryanair, car elle facturait les bagages à main des passagers, NdlR). Mais je vous invite à voir comment cela se passe aux États-Unis où les passagers mettent des heures à embarquer car ils sont surchargés de bagages.
Nous n'avons toujours pas de gouvernement fédéral en Belgique. Est-ce un problème pour le développement de Ryanair ?
Non. Au contraire. En général, l'économie belge se porte mieux lorsqu'il n'y a pas de gouvernement. Et c'est à nouveau le cas. Moins il y a de gouvernement chez vous, mieux c'est. Tant que les conditions seront favorables, et elles le sont à Charleroi mais pas à Bruxelles, Ryanair continuera d'investir en Belgique. On a déjà investi deux milliards dans votre pays, dont la majorité en Wallonie. Citez-moi une entreprise étrangère qui a investi autant que nous ces dernières années.
"Moins il y a de gouvernement chez vous, mieux c'est"
Tout n'est pas si rose à Charleroi : de plus en plus de riverains se plaignent des nuisances sonores, alors que l'aéroport demande un nouveau permis d'environnement.
Ces riverains ont tort de se plaindre. Nos nouveaux avions font sensiblement moins de bruits que les précédents. Cet été, 14 de nos 18 avions stationnés dans l'aéroport wallon seront d'ailleurs des Boeing 737 Max, des avions de dernière génération et, donc, beaucoup moins bruyants. En fait, l'aéroport de Charleroi n'a jamais été aussi calme. Même les oiseaux dorment tranquillement. Nous sommes de très bons voisins, nous respectons les couvre-feux, en ne partant jamais avant 6 h 30 le matin. Ryanair donne, aussi, de l'emploi à beaucoup de monde dans la région. L'aéroport de Charleroi est l'un des plus grands employeurs de Wallonie.
Vous avez récemment obligé l'un de vos passagers à payer des indemnités pour avoir forcé l'un de vos avions à faire une escale non prévue, suite à son comportement violent. C'est une première en Europe.
Oui et nous allons continuer. Nous avons eu beaucoup de problèmes, récemment, avec des passagers qui se comportent très mal dans nos avions car ils arrivent ivres ou drogués. Certains rentrent en titubant dans nos avions et nous n'avons aucun moyen de les empêcher de monter à bord. Nous avons demandé aux aéroports de limiter à deux le nombre de boissons alcoolisées par passagers mais ces derniers refusent. C'est ridicule. Les pubs ne peuvent pas ouvrir avant 11 heures du matin en Irlande, alors qu'ils sont déjà ouverts à 6 heures du matin dans les aéroports. Et croyez-moi, il y a déjà des gens qui boivent des pintes de Guinness à cette heure-là. Nous ne voulons pas être des rabat-joie mais deux verres d'alcool, c'est suffisant. Après, prenez une tasse de thé ou de café et tenez-vous bien.
Une compagnie, la hongroise Wizz Air, affirme avoir des coûts moindres que Ryanair en Europe. Est-ce une menace pour vous ?
Dans cinq ans, cette compagnie ne sera plus là. Du moins pas là où Ryanair se développe. Sur tous les marchés où nous sommes en concurrence avec eux, comme en Italie, ils disparaissent. Ils ont essayé de nous concurrencer en Europe centrale et de l'Est mais cela n'a pas marché. Ils se développent maintenant au Moyen-Orient, où nous ne sommes pas présents. Leur abonnement pour des vols soi-disant illimités était un beau coup de marketing mais une belle arnaque pour les passagers. Jamais nous ne proposerons une telle chose. Nous, on veut être encore davantage numérique en supprimant définitivement les billets en papier, ce qui fera économiser 300 tonnes de papier par an et gagner du temps aux passagers. Certains me diront : mais que feront les vieilles personnes qui n'ont pas de téléphone portable ? Je suis une vieille personne et j'ai mon portable. Les autres peuvent aller s'acheter un téléphone et entrer dans notre époque. Et pour ceux qui ne sont pas contents, il existe d'autres compagnies.
