L'eau bientôt gratuite dans les restaurants wallons ? Le débat (très animé) est relancé au Parlement

- Publié le 21-01-2020 à 17h07
- Mis à jour le 06-02-2020 à 17h07

Arriver dans un restaurant et se voir proposer gratuitement une carafe d'eau, la pratique est courante dans les établissements du monde entier mais pas encore généralisée en Belgique. La gratuité de l'eau fait d'ailleurs couler beaucoup d'encre chez nous, opposant pro et anti depuis quelques années déjà. Alors que la question reste en suspens en Flandre et à Bruxelles, le gouvernement wallon songe imposer cette gratuité par décret. Une nouvelle qui inquiète le secteur Horeca mais qui ravit les partisans de l'eau gratuite pour tous, en particulier l'initiative citoyenne Free Tap Water in Belgium (FTWB) qui milite pour la gratuité pour des raisons économiques mais aussi et surtout écologiques. L'eau sera-t-elle bientôt gratuite dans les restos wallons ? Les discussions sont en cours et un débat très animé avait lieu ce mardi au Parlement wallon.
Proposer de l'eau gratuitement dans les restaurants, l'idée n'est pas neuve et émane de la Déclaration de politique régionale proposée par majorité PS-MR-Ecolo. Certains établissements ont décidé, d'eux-mêmes, de mettre en place la gratuité mais aucune obligation n'existe pour l'heure en Belgique. Selon le collectif citoyen Free Tap Water in Belgium (FWTB), près de 800 restaurants proposent aux clients de l'eau du robinet gratuitement, sans que cela impacte économiquement les enseignes en question. "80% des clients commandent une autre boisson s'ils reçoivent de l'eau gratuite, ce qui nous laisse penser que l'impact négatif est discutable et que le manque à gagner dénoncé par le secteur devrait être reconsidéré", précise Sarah Ehrich de FTWB.
Des éléments synonymes de première victoire pour l'organisation dont le lobbying connaît un certain succès sur les réseaux sociaux et qui a permis à FWTB d'être auditionné en Commission Economie au Parlement wallon ce mardi puisque le gouvernement wallon songe imposer cette gratuité par décret. "Nous ne jugeons pas les consommateurs ou les restaurants qui continuent à servir de l'eau en bouteille. Nous estimons simplement que nous devons changer nos habitudes de consommation et réduire notre empreinte écologique. Consommer de l'eau en bouteille en verre n'est pas non plus une solution puisque l'impact carbone est le même, à cause du transport et du lavage du verre qui induisent une consommation d'énergie".
La Belgique, championne d'exportation de déchets plastiques
Les chiffres développés par FTWB sont assez édifiants : la Belgique serait un exportateur de plastique, le 4e pays au monde, derrière le Japon, les Etats-Unis et l'Allemagne. Des chiffres que tient toutefois à recontextualiser la députée Sabine Laruelle (MR), en rappelant que la présence du port d'Anvers fait grimper ces données, sans pour autant que ces produits soient consommés par des Belges. "Un biais à prendre en considération", précise la libérale.
Du côté de la Fédération de l'Horeca, on estime que la gratuité, dans les faits, n'existe pas puisque "la gratuité, dans tous les cas, elle a un coût. Nous sommes évidemment concernés par les enjeux climatiques mais l'impact de cette gratuité serait catastrophique d'un point de vue économique et sur l'emploi".
La Fédération s'interroge également sur le fondement juridique d'une possible législation et se demande sur quelle compétence régionale on entend légiférer en la matière. "Ce type de législation qui vise les seuls restaurateurs respecterait-il le principe d'égalité et de proportionnalité ?" demande, Thierry Neyens, président de la Fédération wallonne de l'Horeca, face aux députés réunis en commission.

"L'imposition, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase"
En Belgique, l'eau n'est pas inaccessible et personne n'est obligé de se présenter dans un établissement privé pour un accès à cette ressource. C'est l'un des nombreux arguments présentés par Thierry Neyens qui dit comprendre que le débat puisse avoir lieu pour une gratuité dans les espaces publics mais qui se demande "si l'obligation est aussi claire pour des endroits comme les écoles ou les transports en commun". Sarah Ehrich de FTWB rappelle, pour sa part, que des fontaines d'eau dans et autour des stations de transports est une pratique déjà existante et qui porte ses fruits notamment à Londres. "Si c'est possible au Royaume-Uni, c'est tout aussi envisageable ici", précise le collectif.
FTWB propose également un changement au niveau de la TVA dans un pays où "les boissons alcoolisées sont parfois moins chères que l'eau". Thierry Neyens prône plutôt une meilleure promotion du local et notamment des eaux locales, plutôt que de proposer une gratuité pure et simple et éviter un "bain de sang au niveau socio-économique".
Pour la Fédération Horeca, les objectifs visant le secteur, déjà la cible de diverses obligations, ne feront qu'alourdir le travail déjà compliqué dans un secteur qui représente près de 25% des faillites en Belgique. Dans la pratique, Thierry Neyens se demande si la liberté de choix n'empiète pas, dans ce débat, sur la liberté d'entreprendre. "Nous sommes favorables à la liberté de choix, bien évidemment, mais imposer la gratuité, c'est, pardonnez-moi l'expression, la goutte d'eau qui fait déborder le vase".
Le secteur s'oppose donc à une législation contraignante et rappelle que l'impact n'est pas à considérer que pour les restaurateurs mais pour l'ensemble de l'Horeca. Un débat loin d'être clos, même si l'idéal de FTWB, à savoir un accès à l'eau gratuitement dans les rues, les parcs et les lieux publics, semble faire consensus. Mais les discussions sont loin d'être terminées, nos habitudes de consommation étant difficiles à changer. Le rapporteur de la commission, le bien nommé Eddy Fontaine, n'a d'ailleurs pas manqué de souligner que "nous débattons sur l'accès à l'eau gratuitement alors que je constate, qu'en ces lieux, les bouteilles en plastique sont présentes sur de nombreuses tables".